Electricité: l'Europe a pris le risque de la pénurie

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Dans un entretien au Parisien, Pierre Gadonneix a avoué l'impensable: la France risque désormais de connaître de grandes pannes d'électricité. Cette situation est le fruit de la politique non maîtrisée d'ouverture du marché de l'électricité imposée par Bruxelles. La Commission européenne voulait casser les monopoles nationaux ou régionaux. Elle n'a fait naître qu'un oligopole européen, défendant ses seuls intérêts, organisant la raréfaction de l'offre pour obtenir un prix élevé. L'Europe doit désormais investir massivement.

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Ainsi, Pierre Gadonneix en a finalement fait l'aveu. «Nous pourrions avoir une pénurie d'électricité locale ou nationale, si la consommation dépassait les capacités d'acheminement de notre réseau de lignes à haute tension», a reconnu le président d'EDF dans le Parisien de ce jeudi. Il avait déjà fait le constat à plusieurs reprises en petit comité, dernièrement encore lors de son audition en décembre devant les députés.

 

Le froid sibérien qui sévit en ce moment en France l'oblige à le reconnaître publiquement.
Chaque jour, la consommation électrique, très liée au chauffage électrique – la baisse d'un degré se traduit par une consommation supplémentaire de 2100 mégawatts – bat de nouveaux records. La dernière pointe a été de 92.500 mégawatts mercredi soir à 19 heures. La capacité installée de production d'EDF est de 98.000 mégawatts. Mais tous les sites ne sont pas opérationnels. Le réseau est sous haute tension et EDF est obligée d'importer massivement de l'électricité au coût le plus élevé – près de 100 euros le mégawatt heure en période de pointe ces derniers jours – pour faire face à la demande. Le groupe désormais n'exclut plus de connaître des ruptures locales ou régionales, faute de pouvoir répondre à la demande.

 

Quel aveu d'échec pour cette entreprise publique qui avait fait de la sécurité d'approvisionnement à bas prix la pierre angulaire de sa stratégie! Pour sa défense, EDF peut invoquer l'exemple de ses concurrents allemands, italiens ou britanniques. Tous en sont à peu près au même point, à la merci de la moindre défaillance du réseau. Le black-out fait désormais partie du monde électrique européen.

 

Tout cela était prévisible, à en croire de nombreux experts. A plusieurs reprises, nombre d'entre eux ont mis en garde la Commission européenne sur les risques d'une ouverture non maîtrisée, au nom d'une politique dogmatique des marchés de l'énergie. Insistant sur les particularités des marchés électriques – extrêmement techniques et volatils – , ils soulignaient que la concurrence risquait de se faire au détriment de la sécurité, sans apporter le moindre bénéfice économique. Bruxelles a décidé d'ignorer tous les avertissements. Au fil des années, alors que les preuves des avantages de l'ouverture tardaient à se manifester, elle a augmenté ses exigences. Son but? Casser les monopoles régionaux ou nationaux pour créer un marché unique européen de l'électricité.

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