La crise frappe de nouveau à la porte de l'Europe

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La dégradation de la dette grecque par Moody's mardi vient rappeler à l'ordre les pays européens. Rien n'est réglé dans la zone euro. Le sommet européen de vendredi, prévu pour discuter du pacte de stabilité économique et financière, voulu par l'Allemagne et la France, s'annonce à hauts risques.
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La crise financière frappe de nouveau à la porte de l'Europe. Pendant quelques semaines, les dirigeants européens ont feint de croire que la situation dans la zone euro était en voie de normalisation. Dans les faits, rien n'est réglé. Et les investisseurs et les créanciers s'inquiètent des atermoiements des pays européens.
Les pays de la zone euro doivent se retrouver vendredi 11 mars pour discuter du pacte de stabilité économique et financière, exigé par l'Allemagne, en contrepartie de l'augmentation du fonds de stabilité financière qu'elle est la première à financer. Loin de se rapprocher, les points de vue ne cessent de s'éloigner au fur et à mesure que la date de la réunion s'approche.

Pourtant, la Grèce, l'Irlande, le Portugal, sont plus que jamais en difficulté. Les taux de la dette grecque dépassent le seuil astronomique de 12%, ceux de l'Irlande sont toujours au-dessus de 8%. Mercredi, le gouvernement portugais doit trouver quelque 5 milliards d'euros sur les marchés pour se refinancer. Mais à quel taux? Le Portugal, qui n'a pas demandé à recourir au plan de sauvetage européen, a dû emprunter ces dernières semaines à 7,8%. Un niveau jugé insupportable pour une économie en récession et qui doit maintenant faire face à la flambée du pétrole.


Cette accumulation de tensions est revenue en pleine lumière mardi. En décidant de classer la dette de la Grèce comme «hautement spéculative», l'agence de notation Moody's a rappelé les Européens à l'ordre. Les réactions à cette nouvelle dégradation de la note grecque ont toutes été sur le même registre: les uns ont accusé Moody's d'être un pompier pyromane, les autres ont jugé les craintes et les critiques de l'agence de notation totalement injustifiées.


Tout en reconnaissant «les progrès très significatifs» réalisés par la Grèce en matière d'économies budgétaires et de réformes structurelles, Moody's estime que le programme de stabilisation de la dette grecque est «très ambitieux et fait face à d'importants défis». L'agence pointe notamment les faibles rentrées fiscales, en particulier les impôts sur le revenu, en raison d'une évasion fiscale massive que le gouvernement grec n'arrive pas à endiguer. Elle s'interroge aussi sur le soutien réel dont la Grèce pourra bénéficier à l'issue du plan de sauvetage prévu en 2013. «Si la Grèce est considérée comme insolvable à ce moment-là, il est possible que les créanciers privés soient appelés à subir des pertes», prévient-elle.


Comme à l'habitude, l'agence de notation ne fait qu'exprimer tout haut ce que les investisseurs pensent tout bas. Dans le cas présent, comme le souligne le Wall Street journal, elle reprend au mot près l'analyse faite dans le rapport d'étape sur la Grèce établi par la Commission européenne fin février. Comme Moody's, les experts européens y saluaient les efforts entrepris mais s'inquiétaient de l'évasion fiscale et surtout de l'avenir. En cas de faible reprise de l'activité, «la charge de la dette pourrait être insoutenable», prévenaient-ils.

George Papandreou © reuters George Papandreou © reuters
Ce sentiment est de plus en plus partagé. «Je vois un danger que nous surchargions les pays de la zone euro en difficulté par des conditions de crédit trop strictes», a répété Olli Rehn, commissaire européen pour les affaires économiques et monétaires dans le quotidien économique allemand Handelsblatt, lundi. Selon lui, il y a urgence à renégocier les conditions imposées à la Grèce, et faire passer l'échéancier de remboursement de 3 ans et demi à sept ans au moins.

Il plaide aussi pour un assouplissement des taux sur les crédits consentis par l'Europe et le FMI à la Grèce et à l'Irlande. Les autres pays de la zone euro, qui empruntent entre 2,5 et 4,5%, leur ont consenti des prêts à plus de 6%. De tels taux s'apparentent à de la prédation pour ces pays en péril. Le nouveau gouvernement irlandais, élu fin février, a fait d'ailleurs de la renégociation partielle du plan de sauvetage européen une question prioritaire.

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