Une étude sur le travail des enfants bouscule les dogmes

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Le travail des enfants peut profiter à leur formation. C'est la thèse éminemment polémique que défendent deux jeunes chercheuses en économie du très sérieux laboratoire dirigé par Daniel Cohen.
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Le Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap), dirigé par Daniel Cohen, vient de publier un texte court et incisif sur le travail des enfants dans le monde. Ses deux auteures, Christelle Dumas et Sylvie Lambert, dressent un état des lieux nuancé, à rebours des clichés relayés par certaines associations et médias occidentaux.Pour ces deux économistes, le boycott, dans les pays du Nord, des produits fabriqués par des mineurs dans les pays du Sud, est une pratique peu efficace pour lutter contre ce fléau. Sans craindre la polémique, elles affirment même que le travail peut, dans certains cas, profiter à la formation de l’enfant.

 

L’étude s’ouvre par un coup de force méthodologique. La définition classique du travail enfantin, retenue par le Bureau international du travail (BIT), exclut les tâches confiées aux enfants au sein de leur famille. Les deux économistes ont, elles, décidé de prendre en compte, outre le « travail productif » stricto sensu, ce « travail domestique », qui regroupe des réalités très diverses selon les continents : exécution des tâches ménagères, ramassage du bois, puisage de l’eau…

 

« Il n’existe pas selon nous de différences fondamentales entre travail productif et travail domestique. Car cela contribue, dans les deux cas, au revenu de la famille : le travail domestique des enfants libère du temps pour permettre aux adultes de travailler davantage. En termes de santé et de scolarisation, le constat est le même. Ce sont, dans les deux cas, des tâches potentiellement pénibles et qui peuvent prendre beaucoup de temps à l’enfant », explique Sylvie Lambert.

 

Partant, les deux chercheuses malmènent quelques certitudes : « L’enfant asiatique travaillant dix heures par jour dans le cadre d’activités manufacturières n’est pas le cas le plus fréquent ». Bien souvent, le travail enfantin prend la forme d’un temps partiel dans des exploitations agricoles, qui touche autant les filles que les garçons. Le recours à cette main d’œuvre est plus répandu en Asie, mais plus systématique en Afrique subsaharienne. « Alors que l’attention de l’opinion publique se focalise sur l’Asie du Sud Est, (…) c’est le continent africain qui est proportionnellement le plus touché. »

 

Enfin, de manière assez spectaculaire, les ménages les plus pauvres ne sont pas ceux qui font travailler leurs enfants le plus massivement. Christelle Dumas et Sylvie Lambert comparent d’ailleurs deux pays africains, le Mali et la Zambie, dont le PIB par tête est pratiquement similaire (950 dollars environ). La part des enfants « économiquement actifs » de 5 à 14 ans est de 12% en Zambie, contre 65% au Mali. Conclusion, à l’encontre de la majeure partie de la littérature sur le sujet : si les enfants travaillent plus dans les pays pauvres, la pauvreté ne suffit pas pour autant à expliquer à elle seule de telles pratiques.

 

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