La presse et son honneur

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Le programme du Conseil national de la Résistance mettait au chapitre de « l’établissement de la démocratie la plus large » l’exigence non seulement de « la liberté de la presse » mais aussi de « son honneur », c’est-à-dire « son indépendance à l’égard de l’Etat (et) des puissances d’argent ». Le pari réussi de Mediapart, créé il y a quatre ans, le 16 mars 2008, est de prouver l’actualité de ces idéaux.

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Nos temps de crise démocratique donnent une nouvelle jeunesse aux anciennes promesses. Ainsi le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), adopté dans la clandestinité en mars 1944, mettait-il au chapitre de « l’établissement de la démocratie la plus large » l’exigence non seulement de « la liberté de la presse » mais aussi de « son honneur », c’est-à-dire « son indépendance à l’égard de l’Etat (et) des puissances d’argent ». Le pari réussi de Mediapart, créé il y a quatre ans, le 16 mars 2008, était de prouver l’actualité de ces idéaux. Reste à les inscrire dans la durée.

L’évocation de l’honneur de la presse par le CNR était une forme d’injonction morale lancée aux journalistes. Une façon de leur dire qu’ils sont dépositaires, gardiens et serviteurs de principes démocratiques fondamentaux : droit de savoir, pluralisme de l’information, souci de la vérité, respect du public. En d’autres termes qu’il leur revient, à eux aussi, à eux d’abord, de les défendre, sauf à perdre leur honneur, à déshonorer leur profession et leur métier. S’ils se font spectateurs muets et passifs de la dégradation de l’une et de l’autre, ils ne peuvent s’étonner du discrédit qui les frappe.

Dès les premiers jours de la Libération de Paris, en août 1944, Albert Camus, dans ses éditoriaux de Combat, se fit le porte-voix de cette exigence, en des termes qui lui vaudraient sans doute, aujourd’hui, ces moqueries que nous connaissons bien sur l’esprit de sérieux ou les leçons de morale. Ceci, par exemple : « Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude. Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée (…) court à l’esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation. (…) C’est pourtant notre tâche de refuser cette sale complicité. Notre honneur dépend de l’énergie avec laquelle nous refuserons la compromission. »

L’honneur, donc. Cet honneur retrouvé dont Mediapart a voulu montrer que, loin d’être un idéal vaincu, il restait la seule voie d’un redressement professionnel et d’une renaissance économique pour nos métiers et nos industries. Le journalisme n’a d’autre vocation que le service du public qui a le droit de connaître tout ce qui se fait en son nom afin d’être acteur de la démocratie, libre dans ses choix, autonome dans ses décisions. A l’heure de la révolution numérique, nous avons voulu faire la preuve qu’en cheminant sur cette ligne d’exigence, nous pouvions créer une entreprise de presse innovante, à la fois indépendante et rentable. Indépendante parce que rentable. Mais, surtout, rentable parce qu’indépendante.

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