Dexia: vers un deuxième Crédit lyonnais?

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En urgence, le gouvernement a fait voter le sauvetage de Dexia. Ses engagements s'élèvent à 40 milliards d'euros, soit deux fois le montant des garanties accordées au moment de la faillite du Crédit lyonnais. « Le coût final de cette opération est inconnu », de l'aveu du rapporteur de la commission des finances. Décryptage d'un sauvetage public pour lequel le gouvernement n'a retenu aucune des leçons de la crise de 2008.
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Ce n'est pas le Crédit lyonnais! Tout au long de la présentation du texte pour sauver Dexia, Gilles Carrez, rapporteur (UMP) de la commission des finances de l'Assemblée nationale, n'a cessé d'essayer de rassurer les députés. Non, ce n'est pas exactement le Crédit lyonnais. Il s'agit cette fois de sauver une banque privée, et non un établissement public. Mais, pour le reste, les similitudes sont si nombreuses : même folie des grandeurs chez les dirigeants, doublée dans le cas de Dexia d'une avidité personnelle réelle; mêmes dérives financières sur plusieurs années; même aveuglement de toutes les autorités de contrôle; mêmes mensonges répétés à tous les observateurs. Et les conséquences de ce sauvetage risquent d'être aussi lourdes que par le passé.

Après avoir déjà investi 3 milliards d'euros, sous la forme de prise de participations dans la banque en 2008, qui se sont totalement volatilisés, l'Etat vient de prendre un engagement à hauteur de 40 milliards d'euros pour sauver Dexia. Ce montant représente près de deux fois les garanties qu'avait apportées l'Etat français au moment de la faillite du Crédit lyonnais. La façon dont cela s'était dénoué à l'époque incite à la circonspection. Le rapporteur de la commission des finances le reconnaît lui-même : le « coût final de cet engagement est inconnu ».

Une fois de plus, tout s'est discuté dans la précipitation. L'écroulement de Dexia risquait de provoquer une crise systémique, a invoqué le gouvernement. Il fallait en urgence donner l'accord de l'Etat avant le conseil d'administration de la banque franco-belge, qui a entériné mercredi soir son démantèlement. Il fallait aller vite pour rassurer les clients, les banques et les marchés. Ils peuvent être rassurés. Sans prendre le moindre recul, sans tirer la moindre leçon de ce qui est advenu en 2008, l'Etat français a signé un chèque en blanc. Comme le gouvernement irlandais à l'époque, il accepte non seulement de participer à la garantie des dépôts, ce qui était impératif, mais aussi à l'ensemble du passif de la banque.

Le puits pourrait être sans fond. Le démantèlement annoncé de la banque est un trou noir. Selon les accords votés, l'Etat belge nationalise Dexia banque, l'ancien crédit communal de Belgique. Les autres filiales bancaires au Luxembourg et en Turquie sont appelées à être vendues. La Caisse des dépôts et La Banque postale vont récupérer l'entité de crédit aux collectivités locales, en gros, l'ex-Crédit local de France.

Mais il reste tout le passif de Dexia à assumer, notamment un portefeuille de plus de 100 milliards d'euros, logé dans la holding de tête qui ressemble à s'y méprendre à une « bad bank », même si la direction de Dexia en conteste le nom. Ce portefeuille pourrait même grossir dans les mois qui viennent : certaines créances et produits toxiques logés dans les filiales pourraient être replacés dans cette structure de défaisance, afin de faciliter la cession des filiales.

Reconduisant l'accord signé en 2008, la Belgique, la France et le Luxembourg ont accepté d'offrir une garantie commune de 90 milliards d'euros pour aider cette structure à se financer. La Belgique assume la plus grande part de cette garantie, 66%, ce qui représente un engagement de près de 60 milliards, soit l'équivalent de 15% de son PIB. Les agences de notation s'inquiètent déjà du poids de cette garantie et menacent de la sanctionner. Lors de la discussion parlementaire, le ministre des finances, François Baroin, a assuré que la garantie par l'Etat, qui correspond à un engagement de 32,85 milliards d'euros, ne menaçait pas la signature de la France.

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