Privé ou public : qui s'occupe le mieux des chômeurs?

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Pôle Emploi, déjà débordé par l'afflux actuel de chômeurs avant une rentrée qui s'annonce dramatique sur le front de l'emploi, va confier d'ici 2011 le suivi de 320.000 chômeurs aux cabinets privés spécialisés dans le reclassement des chômeurs. Un juteux marché de 100 millions d'euros en 2009, 200 millions les années suivantes. Voire plus : le secrétaire d'Etat à l'emploi, Laurent Wauquiez, n'exclut pas d'en confier jusqu'à 250.000 par an aux opérateurs privés. Ce pourrait même être plus : selon le secrétaire d'Etat à l'emploi. Le suivi par le privé est-il pour autant plus efficace? Le débat n'est toujours pas tranché. Mais le gouvernement, lui, semble avoir trouvé la réponse...
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Le 21 juillet fut une journée décisive pour les cabinets privés spécialistes du reclassement et du traitement des chômeurs, les Altedia, BPI, Adecco et autres Ingeus : direction et syndicats de Pôle emploi se sont en effet réunis pour attribuer un immense marché. D'ici 2011, 320.000 chômeurs vont être confiés au privé. En deux lots : 150.000 victimes de licenciements économiques, titulaires d'une convention de reclassement personnalisé (CRP) ou d'un contrat de transition professionelle (CTP) ; et 170.000 chômeurs menacés de chômage de longue durée.

 

Le 27 juillet, Laurent Wauquiez, secrétaire d'état à l'Emploi, a même annoncé que jusqu'à 250.000 chômeurs par an pourraient être transférés au privé.

 

L'intervention d'opérateurs extérieurs dans le placement des chômeurs n'est pas nouvelle — elle a été lancée en 2005 – mais n'a pour l'instant concerné que 46.000 chômeurs. Avec la crise, le gouvernement passe donc la surmultipliée. Problème : il n'existe toujours pas de bilan fiable de l'action de ces "opérateurs privés de placement" (OPP). Curieux de confier encore plus de missions à des acteurs dont le (trés cher) travail n'est pas encore vraiment évalué... malgré trois ans de polémiques et d'études contestées et contestables.

 

Privé : 1 — Public : 0.


Fin 2006, alors qu'elle s'apprête à lancer un nouvel appel d'offres, l'assurance-chômage (Unedic) fait circuler une note interne très favorable aux cabinets privés. Le recours aux opérateurs extérieurs est alors très recent : il a été lancé en 2005 avec la loi de cohésion sociale, quand Jean-Louis Borloo était ministre. Selon l'Unedic, il n'y a pas photo : les opérateurs privés seraient trois fois plus efficaces que l'ANPE. L'assurance-chômage accuse : six mois après leur prise en charge par l'ANPE, seuls 13 % des demandeurs d'emploi suivis disposeraient d'un travail tandis que les opérateurs privés afficheraient un taux de réussite de 41%.

 

L'Unedic et l'Anpe n'ont, à cette époque, pas encore fusionné, la guerre des services bat son plein : l'ANPE dégaine derechef une étude. Qui démontre que le taux de reclassement de l'Unedic et celui de ses programmes intensifs destinés aux chômeurs les plus éloignés de l'emploi (900.000 chômeurs par an) est en fait strictement le même (42%)... mais que l'ANPE est moins cher : 750 euros par chômeur... contre 2300 pour les opérateurs privés! Perfide, l'Anpe ajoute qu'elle s'occupe de publics moins diplômés et que l'Unedic a opportunément oublié d'enlever de ses tablettes les chômeurs qui ont lâché le suivi personnalisé en cours de route...

 

Résultats :

> pour calmer cette guerre fratricide, la piste d'une évaluation indépendante est lancée.

> On pense alors qu'elle va permettre de clarifier le débat.

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Cet article a été actualisé le 27 juillet, après l'annonce par Laurent Wauquiez que jusqu'à 250.000 chômeurs pourraient être confiés au privé chaque année.