L'Elysée envisage la réhabilitation des "fusillés pour l'exemple" en 14-18

Par
Des associations organisent une cérémonie, le 17 mai à Craonne, dans l'Aisne, pour la réhabilitation des 600 poilus condamnés à mort et "fusillés pour l'exemple" durant la Grande Guerre. Nicolas Sarkozy serait favorable à un projet de loi autorisant la révision des procès.
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Lionel Jospin l'avait rêvé, Nicolas Sarkozy le fera... peut-être.

Le 5 novembre 1998, à l'occasion du 80e anniversaire de l'armistice de 1918, depuis Craonne et le Chemin des Dames, Lionel Jospin souhaitait que les fusillés pour l'exemple, ces poilus, «épuisés par des attaques condamnées à l'avance, glissant dans une boue trempée de sang, plongés dans un désespoir sans fond», qui avaient été jugés et exécutés par leur propre hiérarchie militaire, « réintègrent aujourd'hui, pleinement, notre mémoire collective nationale».

 

Prudemment, usant de mille précautions oratoires pour ne froisser personne, le Premier ministre d'alors envisageait la réhabilitation des 600 qui « refusèrent d'être des sacrifiés », victimes «d'une discipline dont la rigueur n'avait d'égale que la dureté des combats».

 

600.000 morts français entre août 1914 et août 1915. Une boucherie immédiate et – contrairement à des idées longtemps rebattues – tout de suite, des auto-mutilations pour sortir de l'enfer, des désertions, des résistances aux ordres et des fraternisations avec l'ennemi. L'histoire est maintenant mieux connue grâce aux travaux d'historiens de la Grande Guerre et à quelques émissions.

 

Très vite, l'état-major usa de la force pour conduire au front la troupe. Dès 1914, il institua la menace et l'exécution pour maintenir la tension au combat d'une troupe sidérée en faisant sortir du rang et en fusillant pour l'exemple. Ils seront environ 600 à tomber au total sur près de 7 millions de soldats mobilisés durant le conflit côté français. Une épouvante pire que celle de finir fauché par l'ennemi. L'opprobre, la honte. Celle de ceux qui ne seront pas tombés pour la France mais par la France.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale

Christian Eyschen, dans les locaux de la Libre pensée, me parle d'un texte récent de l'historien Nicolas Offenstadt sur cette question des fusillés. Et il m'en parle de façon élogieuse sans être capable de me donner la source. Je ne connais ce sujet que par le film de Kubrick et quelques lectures. Rentré au bureau, je découvre avec surprise qu'un texte effectivement existe et se trouve...dans le Club de Mediapart. L'historien est abonné. Et, à sa lecture, je constate que l'auteur y exprime ses préventions à l'encontre de la démarche d' Eyschen et de ses amis.

 

Coup de téléphone à Offenstadt qui confirme son point de vue: " Je comprends bien la démarche d'un point de vue historique, d'un point de vue mémoriel, mais je m'interroge sur son caractère juridique. Il y a eu des désertions, des multirécidivistes, des assassinats d'officiers, des actes crapuleux, comment peut-on juger? Avec quel outil? Le droit de 1914 ou celui d'aujourd'hui? Comment on sépare les innocents des autres? Et que fait-on une fois qu'on a réinstruit et rejugé les uns et les autres? Je me demande aussi pourquoi certains militants investissent autant d'énergie sur des causes du passé. Que l'historien éclaire cette période, c'est son rôle, mais l'acteur de la société d'aujourd'hui..."

Je comprends mieux la vidéo d'Eyschen. En fait, il y répond à Offenstadt.