Quelle économie au-delà de la propriété?

Par

Avec l’émergence de la notion de communs en économie, peut-on envisager une économie qui dépasserait la propriété ? Discussion avec Benoît Borrits, auteur dAu-delà de la propriété : pour une économie des communs, paru aux éditions de La Découverte.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Les limites du capitalisme et de la logique de marché pour relever les grands défis de l’époque que sont la transition écologique et la question sociale font émerger une nouvelle contestation de la propriété privée des moyens de production à travers la notion de « communs ». Ce qui est de l’intérêt général peut-il être laissé à la compétition des intérêts contradictoires des propriétaires privés d’entreprises ? Cette question est, implicitement, au cœur du débat qui entoure la loi Pacte débattue actuellement à l’Assemblée nationale. Le projet d’ajout d’une condition au droit des sociétés dans le code civil a d’ailleurs provoqué une levée de boucliers de certains, qui y ont vu une atteinte au droit de propriété.

Ceux qui répondent négativement à cette question de la conformité de la propriété et des défis contemporains sont cependant confrontés à la question du dépassement de cette notion de propriété. Et c’est à cette tâche ardue que se livre Benoît Borrits dans un ouvrage paru aux éditions de La Découverte, Au-delà de la propriété : pour une économie des communs.

© Mediapart

Comme le rappelle dans l’introduction Pierre Dardot, toute propriété est par nature privative et s’oppose donc à la notion de communs. D’où les échecs, rappelés et analysés dans une première partie du livre, des tentatives de propriété collectives, comme les coopératives de travailleurs ou d’usagers, la propriété d’État à la soviétique ou l’autogestion à la yougoslave.

Benoît Borrits propose donc une sortie de la propriété privée des moyens de production (et non des biens personnels) dans un cadre original : par la cotisation, qu’il estime être déjà une exception aux droits de la propriété privée, et par la dette, qui réduit les fonds propres dans le bilan des entreprises. Évidemment, dans les deux cas, il ne s’agit pas de privatiser à nouveau le produit des cotisations et la dette, mais d’en faire des instruments de la volonté démocratique.

L’auteur décrit ensuite à quoi pourrait ressembler une économie des communs. Il n’exclut pas la persistance d’une économie marchande, mais celle-ci sera insérée dans un cadre défini par les choix démocratiques, centrés sur les communs grâce à la socialisation des banques. Cette vision permet d’ouvrir un débat passionnant sur la possibilité d’une économie sans propriété.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale