Avec Génération·s, Benoît Hamon veut se faire une place dans la gauche française

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Au Mans, samedi 2 décembre, l'ancien candidat à la présidentielle a franchi un premier pas de consolidation de son mouvement. Baptisé Génération·s, celui-ci entend profiter de 2018, année sans élection, pour trouver une ligne et une place dans le paysage politique à gauche. Une gageure. 

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Le Mans (Sarthe), de notre envoyé spécial. – « Je suis complètement stressé, mais je suis complètement heureux. » Samedi 2 décembre au matin, au Palais des congrès du Mans (Sarthe), Guillaume Balas, le député européen qui vient de démissionner du PS pour bosser à plein temps pour le mouvement de Benoît Hamon, ne cache pas son plaisir. Alors que les portes sont ouvertes depuis quelques minutes, le congrès fondateur du mouvement de l’ancien candidat socialiste à la présidentielle s’annonce d’ores et déjà comme un succès d’affluence. 2 400 personnes se sont inscrites et, vraisemblablement, 2 000 sont venues.

Ce samedi, le Mouvement du 1er juillet, qui traîne depuis cinq mois le nom barbare de M1717, va se doter d’un vrai nom et d’une vraie charte. Le premier est annoncé peu après midi par Benoît Hamon lui-même : Génération·s, avec le moderne point du milieu inclusif. Un nom qui, selon Hamon, figure « une belle synthèse ». « Il y a de l’énergie dans ce mot-là », explique-t-il un peu plus tard lors d’une conférence de presse, « il donne de la liberté, on peut le décliner avec des adjectifs ». L’ancien candidat socialiste à la présidentielle souligne d’ailleurs que pour la première fois de l’histoire « quatre générations coexistent »

Quant à la charte du parti, sorte de constitution interne, celle-ci a fait l’objet d’un long débat samedi après-midi, les délégués présents devant voter chaque article un par un. La veille, pas moins de 1 500 amendements avaient dû être intégrés dans un texte qui ne fait que quelques pages. Des vices et vertus de la démocratie à l’intérieur d’un mouvement. Dans le même temps, Génération·s s’est doté d’une « coordination politique provisoire » d’une trentaine de membres (voir la liste sous l’onglet Prolonger de cet article).

La journée avait commencé dans le froid. Avant l’ouverture des portes du Palais des congrès, des militants, arrivés en bus ou en train, patientent en même temps que les journalistes. Nelly, Hélène et Nadine, trois quinquagénaires, ont fait le trajet en bus depuis Toulouse – neuf heures, mais « dans une super ambiance ». Elles ont fait toutes les trois la campagne de Benoît Hamon mais sont venues à la politique par des chemins divers : Nelly a suivi René Dumont avant de se désintéresser de la politique ; Hélène n’a jamais milité dans un parti ; Nadine, elle, a eu sa carte au PS, qu’elle a rendue en 1981 quand Mitterrand a été élu, avant de la reprendre en 1995, quand Mitterrand en est parti. Nadine est toujours au PS car « on ne lâche pas un bateau en perdition », mais elle est « prête à partir avec Hamon, car c’est le seul avec une vision futuriste ». « Hamon n’a pas lâché le PS, c’est le PS qui l’a lâché », explique-t-elle. 

Les portes s’ouvrent enfin. Un petit déjeuner est servi. Au milieu des militants, on aperçoit Noël Mamère, l’ancien candidat EELV à la présidentielle et ancien député. On voit également Pascal Cherki, ancien député PS proche de Benoît Hamon, ou encore le Vert Yves Contassot. Benoît Hamon se promène dans la salle, enchaîne poignées de main et selfies. On croise Laura, de Rouen, à la tête d’un comité local de ce qui se nomme encore pour quelques heures le M1717. Une cinquantaine de militants motivés, environ deux cents personnes qui reçoivent les infos.

Laura a quitté le PS récemment. Des autocollants M1717-Montpellier ou M1717-Nantes sont collés sur les vestes des participants. Il y a des jeunes comme des vieux. « Mais pas beaucoup de couleur », euphémise Pascal Cherki. « Aller gagner ces militants dans les quartiers populaires, c’est un gros boulot à faire, mais il faut s’y installer, pas juste y passer », ajoute-t-il. Benoît Hamon voit ça, lui, comme « un défi demain d’être plus représentatifs encore ». Message envoyé à Mohamed Mechmache, des Pas sans nous, et Salah Amokrane, ex des Motivé-e-s, tous deux présents. 

Séance de selfies pour Benoît Hamon © CG Séance de selfies pour Benoît Hamon © CG

Durant la grande plénière, le lancement du parti commence. La journée est baptisée « Fondation(s) ». Une première salve d’applaudissements salue l’arrivée de Benoît Hamon en compagnie de Cécile Duflot. Outre cette dernière, EELV est représenté notamment par Sandra Regol, sa porte-parole. Le député PCF Sébastien Jumel est là aussi, accompagné de Patrice Bessac, maire de Montreuil ; pour la France insoumise, Manuel Bompard et le député Bastien Lachaud ; pour le PG, c’est Paul Vannier qui s’y est collé. Le PS est là aussi : son porte-parole, Karim Bouamrane, est là le matin, tandis que Luc Carvounas, membre de la direction collégiale et candidat au poste de premier secrétaire, est attendu dans l’après-midi.

Sur la scène, quelques fauteuils sont disposés. Le comité local du M1717 du Mans ouvre le bal, se félicitant de la fondation, « hors les murs de la capitale », d’un mouvement politique. Guillaume Balas enchaîne. Il parle de son initiative européenne, le Progressive Caucus, chargé de réunir la gauche des sociaux-démocrates européens, de quelques Verts et même des membres de la gauche radicale européenne (les Grecs de Syriza par exemple). Pour revenir au M1717, il se félicite de compter à ce jour plus de 42 000 adhérents (en ligne), d’avoir reçu plus de 28 000 réponses au questionnaire lancé par le mouvement, et d’avoir vu la naissance de 550 comités locaux ces cinq derniers mois. Il souligne aussi le « triptyque » qui définit le M1717 : « Démocratie, écologie et justice sociale ». Le danger climatique ne l’inquiète pas, souligne-t-il, car « nous sommes conscients, mais nous avons déjà des réponses pour préparer le monde de demain »

Claire Monod (EELV) prend ensuite la parole. Selon elle, le mouvement s’adresse à « ceux qui ne se reconnaissent ni dans les formes néolibérales relookées ni dans les populismes ». Avant de conclure : « 2018 est une année pleine de promesses, une année du projet et de la consolidation ». Les intervenants se succèdent au pupitre. Salah Amokrane, le Toulousain ancien chef de file des Motivé-e-s, rappelle la « mémoire des luttes pour l’égalité ». Il plaide pour un mouvement qui soit la force politique qui saura retisser le lien entre tous les Français, et qui saura réussir « ce rendez-vous mille fois manqué entre la gauche et les quartiers »

Aurore Lalucq, codirectrice de l’Institut Veblen pour les réformes économiques, Solène Delusseau, étudiante à Sciences-Po, le médecin Alfred Spira ou encore l’ex-PS Hella Kribi-Romdhane se succèdent sur scène. Vient le tour de Noël Mamère. L’ancien candidat écologiste à la présidentielle se félicite : « J’ai compris qu’un partie de la gauche a intégré le projet de l’écologie, qui n’est pas seulement un projet environnemental. » Il dit ne pas être là pour jouer « les idiots utiles », mais « parce que nous voulons reconstruire la gauche et l’écologie, nos destins sont aujourd’hui communs ». Selon lui, « l’écologie est la seule idée neuve du XXIe siècle, mais ce ne sont pas les écolos seuls qui pourront la faire vivre ». Salve d’applaudissements à l’issue de son allocution et standing ovation.

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