C'est la foire aux plans B et Fillon fait le dos rond

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Écrasé par le poids des révélations, embourbé dans ses mensonges et pressé par les parlementaires, François Fillon poursuit sa campagne. Mais dans l’ombre, on s’agite pour trouver une alternative et éviter la catastrophe annoncée.

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Les élus de droite n’ont qu’un mot à la bouche : intenable. Et pourtant, ils sont bien obligés de le constater : François Fillon tient encore. Du moins en apparence. Écrasé par le poids des révélations, embourbé dans ses mensonges, pressé par les parlementaires LR, l’ancien premier ministre continue d’afficher sa détermination. Jeudi 2 février au soir, en meeting à Charleville-Mézières (Ardennes), il a de nouveau enjoint à ses soutiens de l’« aider à résister » face au « feu continu des attaques ». Sans jamais répondre sur le fond des affaires, ni même sur les enjeux moraux et politiques qu’elles posent, il s’en est pris au « microcosme » qui les a, selon lui, « mijotées dans les arrière-cuisines des officines ».

François Fillon à Charleville-Mézières, le 2 février © Reuters François Fillon à Charleville-Mézières, le 2 février © Reuters

Après avoir parlé de « misogynie » et de « calomnies », le candidat LR entonne depuis quelques jours le refrain du complot. « Ce n’est pas la justice que l’on cherche, mais à me casser, répète-t-il en boucle. Et au-delà de ma seule personne, à casser la droite, à lui voler son vote. […] Alors, oui, il fallait bien payer ce camouflet que nous avons infligé ensemble aux importants, aux établis. » François Fillon continue de se présenter comme le candidat du peuple qui dérange le « système ». Comme si le fait d’avoir grassement rémunéré sa femme et ses enfants comme assistants parlementaires n’avait rien à voir avec ce « système ». Comme si ses amis Marc Ladreit de Lacharrière et René Ricol, qui ont contribué à améliorer le train de la vie de la famille, ne faisaient pas partie de ce « système ».  Comme si, surtout, il n’y avait pas de sujet.

« Cette opération, je vous le dis tout de suite, elle ne vient pas de chez nous, elle ne vient pas de nos rangs, a assuré l’ancien premier ministre aux parlementaires LR, lors d’une réunion organisée mercredi 1er février, à son QG de la rue Firmin-Gillot, dans le XVe arrondissement parisien. N’écoutez pas ceux qui disent que ce sont nos propres amis qui pour se venger des uns et des autres ont monté cette affaire. » Ce jour-là, il est même allé plus loin, accusant « la gauche » d’être à l’origine de ce qu’il a qualifié de « coup d’État institutionnel ». Une expression qui en dit long sur l’état d’esprit dans lequel se trouve le vainqueur de la primaire de la droite et du centre, qui se voyait déjà élu en mai prochain.

« C’est hallucinant, commente, catastrophé, un membre de son équipe de campagne. C’est du Cahuzac. Il vient au 20 heures de TF1 expliquer “les yeux dans les yeux” que sa femme bossait bénévolement pour lui avant 1997, on apprend trois jours plus tard qu’en fait, il a menti, et tout le monde fait comme si c’était normal ! » Officiellement, François Fillon trace sa route. Il rencontre des élus, prend la pose pour ses affiches de campagne, prépare ses déplacements : mardi prochain à Troyes (Aube), sur les terres de François Baroin ; mercredi à Juvisy-sur-Orge (Île-de-France), jeudi à Poitiers (Vienne), chez Jean-Pierre Raffarin…. Ce week-end, les militants LR seront même mobilisés sur le terrain pour distribuer un tract intitulé « Stop à la chasse à l’homme ! Trop c’est trop ! ».

Tract “Stop à la chasse à l’homme !” imaginé par les équipes de François Fillon. © fillon2017.fr Tract “Stop à la chasse à l’homme !” imaginé par les équipes de François Fillon. © fillon2017.fr

Le document, tiré à un million d’exemplaires pour Paris et la région francilienne, a été envoyé en PDF dans toutes les fédérations départementales. « C’est grotesque… » souffle le président de l’une d’entre elles. « On trouvera toujours du monde pour les distribuer, tempère le sénateur Roger Karoutchi. Les militants sont interpellés, mais ils ne sont pas démobilisés. Ce qu’ils veulent, eux, c’est gagner la présidentielle. Et ils feront tout pour. Après, c’est sûr que ça ne va pas être un tractage facile… » D’autant moins que, localement, « on s’en prend tous plein la tête », ajoute le secrétaire départemental des Hauts-de-Seine. « Les gens nous disent “c’est plus possible”, “on nous a menti”… C’est pas simple de tenir. »

Vendredi 3 février, Mediapart a contacté plusieurs responsables d’antennes parisiennes dans l’optique de suivre une équipe sur un marché dominical. « Franchement, je ne suis pas sûr qu’on envoie des militants tracter, nous a indiqué l’un d’entre eux. Je ne le conseillerais à personne, ce n’est pas le bon moment... » « On va plutôt faire du boîtage, nous a répondu un autre. C’est plus efficace... » Et surtout, moins risqué.

Pour remotiver ses troupes, François Fillon a posté vendredi soir un message sur Facebook, répétant peu ou prou ce qu’il avait déjà dit la veille à Charleville-Mézières. « Ne baissez pas les yeux, ne baissez pas la tête, tenez la ligne, comme vous l’avez toujours tenue, le système n’a pas réussi à nous arrêter hier, eh bien, nous lui résisterons encore aujourd’hui et demain », a-t-il martelé. Alors que tous les autres candidats à la présidentielle – Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon – organisent des rendez-vous politiques ce week-end, lui continue d’écoper.

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Sauf mention contraire, toutes les personnes citées dans cet article ont été interrogées par Mediapart du 1er au 3 février.