Les sarkozystes lancent une offensive désespérée contre Bayrou

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À trois semaines du premier tour de la primaire, les sarkozystes pensent avoir trouvé en François Bayrou l’angle d’attaque idéal pour contrer Alain Juppé. En en faisant le problème n°1 du scrutin, l’ex-chef de l’État révèle la faiblesse de ses dernières armes.

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Ils n’ont plus que son nom à la bouche. Partout, dans la presse, à la télévision, à la radio, sur les réseaux sociaux, ils ne parlent que de lui, de son « retour opportuniste » et de « la compromission idéologique » qu’il représente à leurs yeux. Depuis deux semaines, François Bayrou est devenu le nouvel objet d’obsession des sarkozystes, tant et si bien que huit d’entre eux – dont six anciens ministres – ont tenu, mercredi 2 novembre, une conférence de presse consacrée à sa seule personne. « Je ne sais pas si cette conférence est plus ridicule que pathétique ou le contraire, réagit auprès de Mediapart le patron du MoDem, qui a depuis longtemps choisi de soutenir Alain Juppé. En tout cas, c’est une marque de faiblesse. »

Conférence de presse des sarkozystes, au siège de campagne parisien, le 2 novembre. © Twitter/@Matgoa Conférence de presse des sarkozystes, au siège de campagne parisien, le 2 novembre. © Twitter/@Matgoa

L’ex-chef de l’État, qui profite comme ses proches de toutes les occasions pour étriller le maire de Pau, ne manquera pas d’aborder le sujet lors du deuxième débat de la primaire, diffusé ce jeudi soir sur iTélé, BFM-TV et RMC. « Je n’ai aucun problème personnel avec François Bayrou, j’ai un problème stratégique », a-t-il tenu à préciser la veille au micro de France Info, avant de rappeler que le patron du MoDem avait voté contre la réforme des retraites de 2010, mais aussi qu’il était favorable au droit de vote pour les étrangers et défavorable à la suspension du regroupement familial. Des prises de position qui relèvent, à l’en croire, des « principes de la bien-pensance ».

« Dans un moment de notre histoire où l'autorité de l’État est à ce point contestée, où les ravages de la délinquance exigent le retour à une fermeté implacable, nous ne pouvons prendre le risque de céder devant ceux qui se montrent si souvent plus sensibles aux principes de la bien-pensance qu’à l’urgence d’action exigée par les Français. On ne peut accepter ces alliances négociées secrètement, parce que ce sont les Français qui en paieront le prix », a ainsi écrit mercredi soir l’ancien président sur sa page Facebook, dans un billet où il attaque frontalement son principal adversaire, présenté comme une pâle copie de François Hollande.

Nicolas Sarkozy et François Bayrou à l’Élysée, en 2009. Nicolas Sarkozy et François Bayrou à l’Élysée, en 2009.

« J’avais dit aux Français que le mensonge et le déni de réalité de François Hollande nous conduiraient à l’échec, explique Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, notre famille politique est confrontée au même risque. Alain Juppé, marqué probablement par son expérience des réformes bloquées par la rue en 1995 et par la dissolution, pense qu’il faut se hâter lentement, que la réforme doit être nuancée et conduite sans modifier le cadre existant. » Ces saillies, l’ex-chef de l’État devait initialement les conserver pour le débat de l’entre deux-tours. Mais toujours en difficulté dans les enquêtes d’opinion, il a préféré les dégainer plus rapidement. Dans ce texte, il répète aussi que le maire de Bordeaux négocie « une centaine de circonscriptions » avec Bayrou pour les législatives de 2017. Un chiffre qui confine au fantasme quand on sait que Juppé devra également, en cas de victoire, faire de la place pour l’UDI qui le soutient aussi.

N’ayant aucun argument pour attaquer le choix des autres centristes, l’ancien président concentre sa charge sur le patron du MoDem. Et moque cet homme qui « a récupéré une UDF qui avait 100 députés, il y en a plus un seul ». De fait, on a du mal à comprendre les raisons qui le poussent à accorder une telle importance à un parti qui ne pèse plus grand-chose en matière d’adhérents (il en revendique 15 000) et d’élus (on en dénombre quelque 1 500, tous mandats confondus, dont seulement quatre sénateurs et quatre eurodéputés ; Jean Lassale, le dernier élu MoDem à siéger à l’Assemblée, ayant décidé fin août de s’affranchir du mouvement). « Je me demande si nous ne sommes pas 1,5 million d’adhérents et 300 000 élus au poids médiatique que nous “offre” Sarkozy », s’amuse Marc Fesneau, le secrétaire général du MoDem, lorsque nous l’interrogeons sur ses troupes.

Après avoir martelé que la gauche risquait de « voler » le scrutin des 20 et 27 novembre, les sarkozystes ont choisi d’élargir le spectre des responsabilités, en imputant l’éventuelle future défaite de leur champion aux électeurs de Bayrou. Dans le même temps, ils ne cessent de répéter que la primaire est bien ouverte, qu’elle s’adresse bien à la droite et au centre, et qu’en tout état de cause, ils ne croient pas aux « hordes » de centristes qui viendraient voter. Alors pourquoi un tel remue-ménage ? La réponse tient en peu de mots : stratégie de la dernière chance. Une opération vaine, qui vise à mobiliser un électorat qui l’est déjà. « Sarkozy pense que Bayrou est un épouvantail pour l’électorat de droite et que cela solidifie son premier tour, confie à Mediapart le député et maire du Havre Édouard Philippe, proche d’Alain Juppé. C’est une stratégie dangereuse pour le second tour, où le rassemblement prévaudra. »

La rivalité entre les deux hommes est ancienne. Déjà candidat malheureux à la présidentielle de 2007, le maire de Pau avait expliqué qu’il ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy au second tour. Bis repetita en 2012, où il avait même annoncé choisir « à titre personnel » François Hollande. Entre les deux élections, l’ancien ministre avait également signé Abus de pouvoir (éd. Plon, 2009), véritable réquisitoire contre celui qu’il qualifiait alors d’« enfant barbare ». Depuis lors, il est devenu l’ennemi juré de la sarkozie. Le traître que l’on fait siffler dans les réunions militantes, tout en continuant à forger des alliances avec son parti pour les élections intermédiaires. Question de stratégie, toujours.

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