Aux sources de la régression française: l’affaire Renaud Camus

Par

L’écrivain Renaud Camus est le théoricien du « grand remplacement », idéologie raciste qui appelle à l’expulsion du peuple (et donc du territoire) français des éléments supposés étrangers, à raison de leur origine (immigrée), de leur croyance (musulmane), de leur apparence (arabe, maghrébine). La scène inaugurale de cette radicalisation s’est jouée il y a quinze ans, avec la parution de La Campagne de France (Fayard, 2000), réquisitoire contre « l’idéologie dominante antiraciste ».

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Ce qui fit alors scandale, c’est que Renaud Camus, n’ayant pas encore adopté la précaution de mettre en sourdine son antisémitisme pour mieux libérer sa haine des arabes et des musulmans, y exprimait son obsession de la présence juive, notamment dans les médias. Cette polémique parisienne, où Le Monde dont je dirigeais alors la rédaction joua son rôle d’alerte, fut la scène inaugurale des évolutions à venir, ce boulevard offert à la nouvelle idéologie raciste : Renaud Camus, malgré l’évidence de son positionnement xénophobe, fut d’emblée soutenu par le philosophe Alain Finkielkraut, par ses deux éditeurs (Fayard, qui le publie toujours, et POL – ce dernier ayant pris silencieusement ses distances après l’avoir encore publié en 2012) ainsi que par l’establishment dominant, tandis que Le Monde devenait la cible à abattre en raison de son engagement prémonitoire face à ces nouveaux barbares.