Les montages offshore du clan Alliot-Marie

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Ancienne ministre de la défense, de l’intérieur, de la justice et des affaires étrangères, MAM est liée par son père et mentor en politique à une holding domiciliée au Panama. Sans en connaître l’existence, assure-t-elle aujourd'hui.

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À peine candidate à l’élection présidentielle et déjà rattrapée par de nouvelles affaires. Michèle Alliot-Marie, femme politique parmi les plus capées de la République, ancienne ministre de la défense, de l’intérieur, de la justice et des affaires étrangères, est liée par son père et mentor en politique à une holding domiciliée au Panama, selon une enquête de Mediapart. MAM assure ne pas en connaître l’existence.

Enregistrée auprès d’un notaire panaméen le 22 janvier 1982, la société anonyme Bella Vista Holdings, qui utilise deux prête-noms pour actionnaires, a en réalité pour ayants droit Renée et Bernard Marie, les parents de MAM. Or, depuis février 2015, date du décès du patriarche de la famille à l’âge de 96 ans, la holding est restée active dans le registre des sociétés de ce paradis fiscal d’Amérique centrale.

A l'Assemblée, le 30 mars 2011. © Reuters A l'Assemblée, le 30 mars 2011. © Reuters

« Pour qu’une société reste ‘vigente’ [active, statut actuel de Bella Vista Holdings, S.A - ndlr], elle ne doit pas avoir été dissoute et doit être à jour du paiement des taxes annuelles avec la Direction générale des impôts (DGI) », confirme l’administration locale, sollicitée par Mediapart. Les parts de Bernard Marie ont donc en toute logique dû revenir à ses héritiers — dont MAM.

Un an et demi après la disparition de son père, la candidate à la présidentielle jure être passée à côté de ce magot dissimulé au soleil. Ayant refusé de répondre directement aux questions de Mediapart, MAM a laissé ses avocats assurer qu'ils n'avaient pas trouvé de trace de la holding panaméenne auprès de leur cliente.

On sait pourtant, grâce au contenu des révélations des Panama Papers, que les cabinets de domiciliation panaméens sont soucieux d’informer leurs clients de la moindre évolution concernant leurs sociétés offshore. Et on imagine mal les deux prête-noms utilisés pour monter Bella Vista, Gabriel Aurelio Galindo et Cecilio Augusto Castillero, respectivement propriétaires de 5 623 et 13 448 sociétés dans le paradis fiscal, avoir manqué à leurs obligations.

« Les ayants droit de Monsieur Bernard Marie n’ont jamais eu connaissance de cette société », affirment Mes Christophe Ingrain et Rémi Lorrain, les deux avocats de l’ancienne ministre. Et de poursuivre, en signe de bonne foi : « Pourriez-vous, le cas échéant, nous transmettre copie des documents que vous détenez faisant état de ces informations afin de prendre toutes mesures utiles ? »

MAM, pas au courant des placements de ses parents ? L’explication pourrait surprendre ceux qui connaissent bien le fonctionnement de cette famille. La définition de « clan » n’est, pour elle, pas usurpée : elle avait d’ailleurs été utilisée par Michèle Alliot-Marie elle-même dans La Grande Muette, biographie autorisée parue en 2006 sous la plume de Michaël Darmon (Éd. L’Archipel).

Celle qui a gravi les échelons du pouvoir jusqu’à occuper tous les ministères régaliens a toujours marché dans les traces de son père, avec qui elle entretenait une relation fusionnelle. En privé, en politique comme dans les affaires.

En 2011, l’ex-ministre des affaires étrangères a ainsi répété pendant des semaines n’avoir rien su des investissements de ses parents dans une société immobilière d’un proche de la dictature tunisienne en pleine révolution anti-Ben Ali. Ce qui avait fini par provoquer sa sortie du gouvernement.

Tout comme elle a nié auprès de Mediapart, en janvier dernier, son implication dans des placements boursiers — qu’elle a pourtant bel et bien réalisés avec son père —  dans des titres liés à l’industrie des casinos pendant qu’elle gérait la réglementation du secteur au ministère de l’intérieur.

Le mystère demeure quant à lui encore total sur Bella Vista holdings S.A. au Panama. Que cache vraiment cette société ?

Son intitulé n’est pas sans rappeler le nom de l’appartement familial situé sur la grande plage de Biarritz : Bellevue. Acheté dans la même période que la création de la société panaméenne, le bien est aujourd’hui estimé à 2,1 millions d’euros. La holding est-elle propriétaire de ces 150 m2 en plein centre de Biarritz, doté d’un patio somptueux jadis jonché de bougainvilliers ? Ou bien les Marie se sont-ils seulement inspirés du nom de la résidence pour monter une société qui abriterait d’autres placements ?

De fait, le patrimoine de la famille est loin de se limiter à cette adresse : l’hôtel Chantaco à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), jadis étoilé mais aujourd’hui tombé en décrépitude ; un domicile dans le port voisin de Ciboure où MAM a longtemps établi ses quartiers ; plusieurs appartements à Neuilly-sur-Seine, etc. Le clan familial, qui vit en vase clos, n’a jamais manqué de pied-à-terre. 

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