Derrière le remaniement, le problème de ressources humaines de Macron

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Les ministres Nicolas Hulot et Laura Flessel ont été remplacés, mardi 4 septembre, par François de Rugy et Roxana Maracineanu. Un remaniement a minima qui prouve surtout à quel point le président de la République manque de forces politiques pour l’épauler.

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Aucune annonce du secrétaire général de l’Élysée sur le perron, mais un simple communiqué tombé à la mi-journée. Mardi 4 septembre, le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, et sa collègue en charge des sports, Laura Flessel, ont été remplacés par l’actuel président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, et l’ancienne championne du monde de natation Roxana Maracineanu, un temps conseillère régionale PS d’Île-de-France, dans un remaniement a minima, poste pour poste.

L’ex-numéro trois du gouvernement avait annoncé sa démission surprise le mardi 28 août, en direct sur France Inter, engendrant un véritable casse-tête pour l’exécutif, contraint de remplacer dans l’urgence l’un de ses ministres les plus populaires. Laura Flessel a quant à elle invoqué dans la matinée de mardi des « raisons personnelles » pour justifier son départ, derrière lequel se cache en vérité un dossier plus embarrassant, comme l’a révélé Mediapart.

Passation de pouvoirs entre Nicolas Hulot et François de Rugy, le 4 septembre. © Reuters Passation de pouvoirs entre Nicolas Hulot et François de Rugy, le 4 septembre. © Reuters

Après plusieurs jours de tergiversations, le gouvernement d’Édouard Philippe sera donc de nouveau au complet pour le conseil des ministres et le « séminaire gouvernemental » qui se tiendront mercredi 5 septembre. Depuis une semaine, tous les scénarios possibles et imaginables avaient circulé, y compris celui d’un remaniement plus large, lequel aurait permis d’effectuer quelques réglages en exfiltrant des ministres en difficulté, tels que celle de la culture Françoise Nyssen.

Mais cette hypothèse a finalement été écartée, Emmanuel Macron ne souhaitant pas procéder à des changements qui auraient pu donner raison à ceux qui pointent les faiblesses du gouvernement. « Il y a encore beaucoup de chantiers en cours, de lois qui sont toujours en discussion. Il était trop tôt pour procéder à un remaniement plus large », justifie un ministre, qui estime que la donne sera sans doute différente après les élections européennes de mai 2019.

Dans les cabinets ministériels comme au sein de la majorité, d’autres profitent de l’occasion pour soulever le fait que le remaniement de mardi pose la question plus générale des ressources humaines, à laquelle le président de la République reste confronté depuis le début de son quinquennat. « Le vrai problème c’est qu’à moins d’être un arriviste de la première heure, aucun poids lourd politique, de gauche comme de droite, n’a vraiment envie d’intégrer ce gouvernement », souffle un conseiller.

Au sein de La République en marche (LREM), les choses ne sont guère plus simples. La jeunesse du mouvement, conjuguée au fait que personne, en l’espace d’un an, n’est parvenu à construire de solides fondations pour le parti, n’a toujours pas permis de faire émerger un personnel politique susceptible d’endosser de lourdes responsabilités. Cette problématique se posera à nouveau au moment du choix des futurs candidats aux élections, européennes et municipales. En attendant, Emmanuel Macron fait avec ce qu’il a. Et il n’a pas grand-chose.

Côté strictement politique politicienne, la nomination de François de Rugy a tout de ces promotions à l’ancienne, comme le vieux monde savait les mettre en scène. Elle récompense l’engagement auprès du chef de l’État d’un ex-écologiste au parcours évoluant en fonction d’où se trouve le pouvoir, comme en témoignent ses pérégrinations politiques des dix dernières années. En 2007, cet ancien de Génération Écologie, qui avait rejoint EELV, s’était débrouillé pour passer un accord avec le PS de Loire-Atlantique alors que le parti écologiste avait refusé toute alliance nationale.

Plus récemment, il s’était présenté à la primaire citoyenne organisée par une partie de la gauche en vue d’élire le candidat à l’élection présidentielle de 2017. Ayant recueilli moins de 4 % des voix au premier tour, il avait fini par se rallier à Emmanuel Macron après s’être pourtant publiquement engagé à soutenir le vainqueur Benoît Hamon. « Cette histoire de la primaire, ce ne doit pas être le bal des hypocrites, déclarait-il en janvier 2017, entre les deux tours. Y participer, c’est s’engager à soutenir qui est désigné. » Quelques jours plus tôt, en pleine campagne, il était même allé jusqu’à expliquer que le candidat d’En Marche! n’avait aucun programme écologiste et qu’il ne s’était jamais franchement préoccupé de ces sujets lorsqu’il était ministre de l’économie.

Auteur de l’ouvrage Écologie ou gauchisme. Il faut choisir en 2015, François de Rugy est aujourd’hui récompensé de ce retournement de veste fulgurant et de la courte fidélité – un peu plus d’un an et demi – qui le lie au chef de l’État. Aux yeux de ce dernier, il est donc l’un de ces convertis de la dernière heure sur qui l’on peut compter et à qui il convient de rendre la monnaie pour les services rendus.

Outre son ancien engagement auprès des Verts, le désormais ex-président de l’Assemblée nationale dispose d’une qualité indéniable pour occuper le poste de numéro trois du gouvernement. Sur un sujet aussi délicat que l’écologie au sein de la majorité – comme en témoigne l’épisode sur le glyphosate lors de la discussion de la loi EGAlim – et après le choc de la démission de Nicolas Hulot, il a l’avantage de connaître tous les députés LREM et les rapports de force qui traversent le groupe.

Sa nomination permettra également de poursuivre la politique des arrangements entre amis d’Emmanuel Macron : François de Rugy parti de la présidence de l’Assemblée, Richard Ferrand peut enfin accéder au Graal de tout député ambitieux. L’actuel président du groupe LREM au Palais-Bourbon avait pris cette fonction contraint et forcé par le président de la République, après avoir été exfiltré du gouvernement sur fond d’affaire judiciaire.

L’ancien socialiste n’a jamais réellement apprécié ce poste de DRH de la majorité avec des élus aux parcours disparates, où la cohésion s’impose bien souvent aux forceps. Dès l’annonce de l’entrée au gouvernement de François de Rugy, certains députés, à l’instar du questeur Florian Bachelier (en conflit ouvert avec l’ancien écolo), mais aussi d’Olivier Damaisin ou encore d’Éric Bothorel, ont d’ores et déjà appelé à ce que Richard Ferrand puisse récupérer sa place.

Demeure un écueil : certains membres du groupe majoritaire, déjà échaudés au début de la législature par l’élection d’un homme au perchoir, militent pour qu’une femme y accède enfin. La présidente de la commission des lois, Yaël Braun-Pivet, mise en difficulté à la tête de la commission d’enquête sur l’affaire Benalla au mois de juillet, s’est d’ailleurs déclarée candidate dans un communiqué. La députée de l’Isère Cendra Motin a indiqué vouloir se lancer elle aussi dans la bataille. Tous les prétendants au poste seront connus le 5 septembre. Et l’affaire sera tranchée lors des journées parlementaires de LREM, qui se tiendront les 10 et 11 septembre à Tours (Indre-et-Loire).

Mais cela ne réglera pas tout. Aux dires d’un ministre, aucune candidature naturelle ne se dégage aujourd’hui pour qu’une femme puisse remplacer Richard Ferrand à la présidence du groupe, si jamais ce dernier changeait de fonction. Démontrant une fois de plus la faiblesse de la Macronie sur le sujet, malgré une majorité paritaire.

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