En Paca, la « révolution » des lepénistes historiques

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Dans ce bastion historique du FN, cadres et élus sont déboussolés par le conflit qui déchire les Le Pen. L'ancien président d'honneur, élu régional depuis 1992, compte encore de nombreux soutiens qui mènent la fronde contre la « direction stalinienne » du parti et comptent bien démontrer leur pouvoir de nuisance aux régionales.

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« Cette année, ce n'est pas tant ce qui se passera dedans, que ce qui se passera dehors qui sera intéressant », grince une proche de Jean-Marie Le Pen. Ce week-end, le Front national se réunit à Marseille, mais les Le Pen font rentrée à part. La fille réunit le parti pour sa traditionnelle université d'été au parc Chanot. Le père a prévu une contre-programmation dans un hôtel-restaurant où il attend quelque « 400 personnes » pour un « déjeuner débat ».

Mais le fondateur du FN n’exclut pas de faire une apparition médiatique au rassemblement frontiste. Ses proches envisagent même une « manifestation de soutien » avec écharpes et pancartes « Honneur à Jean-Marie Le Pen ». « S'il organise une caravane devant le Campus, je ne vous dis pas le bazar ! », redoute un membre du bureau politique du FN. Marine Le Pen a anticipé en confiant la sécurité de l’événement non pas au « DPS », le service d’ordre interne, mais à la société d'un proche, Axel Loustau, trésorier de son micro-parti mis en examen dans l’affaire des financements de campagne du parti.

Au Front national, depuis six mois, les discours dénonçant les bilans de l’« UMPS » ont été remplacés par des conversations entre les Le Pen par médias interposés. « Marine Le Pen comme Marion Maréchal-Le Pen sont devenues inaudibles à cause de la saga d’été », estime Hubert de Mesmay, conseiller régional PACA, adhérent au FN depuis 1984 et « fidèle » du patriarche. On ne les a pas vues à Menton pour fustiger la politique migratoire de Nicolas Sarkozy qui a abouti à ce fiasco ! ».

C’est en Provence-Alpes-Côte d'Azur, bastion frontiste où Jean-Marie Le Pen est élu régional depuis 1992, que les vagues se font le plus sentir. Ces dernières semaines, ses fidèles se sont agités : communiqués pour dénoncer une direction « nord-coréenne », démissions ou suspensions en cascade, préparation de candidatures dissidentes pour les régionales. La liste s’est allongée ces derniers jours, avec les démissions de Christiane Pujol, conseillère départementale dans les Bouches-du-Rhône, et Philippe Adam, élu municipal de Salon-de-Provence.

Jean-Marie et Marine Le Pen, le 30 novembre 2014, au congrès de Lyon. © Reuters Jean-Marie et Marine Le Pen, le 30 novembre 2014, au congrès de Lyon. © Reuters

« Ici, on est en pleine révolution !, lance Lydia Schenardi, conseillère régionale qui vient de rendre sa carte après 34 ans au FN. D’année en année, on utilise la coquille Front national pour y mettre d’autres idées. » Au Front national, ce sont les anciens qui font la « révolution » face aux jeunes ambitieux accusés de dénaturer le parti. « Il faut arrêter, le jeunisme n’a pas fait ses preuves ! S’en prendre aux anciens est une grossière erreur, y compris politique », assure Laurent Comas, conseiller régional qui mène la rébellion.

Sur le fond pourtant, à part quelques aménagements et la mise en avant de thèmes économiques, le parti a conservé ses fondamentaux (immigration zéro, sortie de l’euro, préférence nationale, discours hostile aux étrangers et aux musulmans). Mais les lepénistes historiques accusent l’influent numéro deux du parti, Florian Philippot, d’avoir « vaudouisé » et « gauchisé » Marine Le Pen. « Gourou gaullo-chevènementiste », « infiltré », aux méthodes « staliniennes » : les anciens du FN n’ont pas de mots assez durs à l’encontre du jeune énarque. Arrivé en 2011 au FN après avoir soutenu Chevènement en 2002, Philippot « dicte la doctrine du FN sur BFM », se plaint un membre du bureau politique, qui promet depuis un an que « ça va péter ».

« Entre l’image de ce groupe fusionnel père et fille et ce moment où ils se parlent par avocats interposés, que s’est-il passé ? Un personnage qui s’appelle Florian Philippot », raconte Hubert de Mesmay, qui lui reproche d'avoir « créé trois divisions au sein du parti » : « sur le mariage pour tous en "interdisant" à Marine Le Pen d'aller manifester, alors que la défense de la famille fédérait au FN ; sur de Gaulle, en allant fleurir devant les caméras la tombe du général ; sur Jean-Marie Le Pen en essayant de guillotiner papa. Était-ce nécessaire d’aller jusqu’à l’exécution ? ». Le conseiller régional en est persuadé, « Philippot est en mission pour infiltrer le FN, comme Pasqua qui disait que s’il ne pouvait pas avoir le Front depuis l’extérieur, alors il l’aurait de l’intérieur ».

Les anciens se sentent surtout dépossédés d’un mouvement qu’ils ont rejoint au début de l’histoire. « J’ai été membre du bureau politique, du comité central, conseillère régionale d’Île-de-France puis de Paca, députée européenne, énumère Lydia Schenardi. Je connais le mouvement de fond en comble, et aujourd’hui il n’y a plus de discussions possibles au FN, c’est anti-démocratique. En bureau politique, il n’y a pas de vote à bulletin secret, mais à main levée, alors que de nombreux membres sont salariés du parti… On essaie d’avoir des rendez-vous [avec la direction - ndlr], on écrit, on n’a pas d'autre réponse qu’une suspension. Je ne voudrais pas une telle gouvernance pour mon pays. »

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