France

Sciences-Po: l'élection du directeur menacée d'invalidité

Une semaine après l’élection d'Hervé Crès à la tête de Sciences-Po, que beaucoup considèrent comme un putsch, une fronde juridique se prépare pour la faire annuler.

Lucie Delaporte

5 novembre 2012 à 18h15

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Et maintenant la bataille juridique ! Après l’élection pour le moins controversée d’Hervé Crès à la tête de Sciences-Po – qui doit encore être validée par l’exécutif –, ses opposants comptent bien s’emparer des failles qui ont entaché la procédure pour contrer ce qu’ils considèrent comme un « putsch » du tandem Pébereau-Casanova (lire notre précédent article).

L’Élysée et le ministère de l’enseignement supérieur ont aussi été alertés, en coulisse, du fait qu’une fronde juridique se préparait. Selon nos informations, l’élection de l’ancien bras droit de Richard Descoings à la tête de l’IEP pourrait être invalidée car elle n’aurait pas respecté la procédure concernant la majorité requise pour ce vote.

Mardi 30 octobre, le conseil de direction de l’école est appelé à se prononcer sur le nom du successeur de Richard Descoings. Le choix est des plus simples puisqu’un seul nom est proposé au vote, celui d’Hervé Crès, élu la veille par la Fondation nationale des sciences politique (FNSP), la structure juridique qui chapeaute Sciences-Po. Treize membres approuvent la candidature de Crès, douze votent blanc, un s’y oppose, un ne participe pas au vote. Enfin, deux membres inscrivent le nom d’Hervé Fradet, un candidat dissident sur lequel ils n’avaient pas à se prononcer, et leurs suffrages sont donc annulés.

En ouverture du vote, Michel Pébereau, président de l’IEP, avait invoqué les statuts de Sciences-Po pour préciser que la majorité simple était requise pour ce vote et que les votes blancs ou nul ne seraient pas comptabilisés.

Or, pointent aujourd’hui certains opposants, l’élection du directeur de Sciences-Po étant d’ordre statutaire – au sens où la procédure est fixée dans les statuts (voir notre document) –, c’est bien une majorité des deux tiers qui était requise pour ce vote. « À 13 voix sur 29 on en est loin. Pour moi Hervé Crès n’est pas élu », tacle l’un d’eux qui préfère, compte tenu du lourd climat qui pèse dans l’école, garder l’anonymat.

« Effectivement, il semble qu’une brèche existe pour engager un recours », nous a confirmé par ailleurs un membre du conseil de direction.

Le plus étrange, mais sans doute assez révélateur de l’ambiance qui règne à Sciences-Po où l’on fait manifestement peu de cas du respect des procédures, est que les quelques membres du CA que nous avons pu contacter semblaient dans le flou le plus total quant à cette question pourtant cruciale. Comme si de toutes façons les dés étaient pipés.

Bruno Toussaint, avocat au barreau de Paris, et candidat débouté à la direction de Sciences-Po avait par ailleurs également annoncé qu’il souhaitait saisir le Tribunal administratif au sujet de cette élection qu’il jugeait dans Le Monde « grossièrement illégale » parce qu’elle ne respectait pas, depuis le départ, l’égalité entre les candidats. Alors que la Cour des comptes doit rendre son rapport le 22 novembre prochain et décider si elle défère ou nom Hervé Crès pour les infractions constatées, le feuilleton de la succession de Richard Descoings ne fait sans doute que commencer.

Lucie Delaporte


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