Quand la police aide le PSG à trier ses supporteurs

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« Des interdictions administratives par vagues »

Plus de 2000 personnes ont été illégalement fichées comme "indésirables" par le PSG. © DR Plus de 2000 personnes ont été illégalement fichées comme "indésirables" par le PSG. © DR

C’est ainsi qu’une jeune abonnée au Parc des Princes s’en est vu refuser l’accès pour avoir été contrôlée par la police en compagnie de supporteurs contestataires. À l’issue du match France-Japon au Stade de France le 12 octobre 2012, la jeune femme de 22 ans, secrétaire pour une fédération d’éducation populaire, s’est trouvée au milieu de la centaine de supporteurs du PSG qui avaient affiché des banderoles « Liberté pour les abonnés » et « Des ultras à Paris ». « Dès le coup de sifflet final, tout le monde s’est fait encercler par la police, a raconté à So Foot l’un des spectateurs pris dans la nasse avec les ultras. Il y avait des CRS, des flics en civil. Il ne manquait que l’armée ! Chaque personne a vu son identité relevée, a été photographiée et même filmée avant de se faire raccompagner par deux CRS ! »

Sans aucune suite judiciaire concernant cette jeune femme. Si ce n’est que depuis cet incident, les bornes électroniques à l’entrée du Parc des Princes bipent « accès refusé Indésirable » lorsqu’elle tente d’entrer avec sa carte au parc. Le club lui a envoyé un courrier de résiliation arguant de sa « participation aux incidents intervenus à l’occasion du match de l’équipe de France de football PSG/JAPON (sic) ». Son avocat, Me Cyril Dubois, s’interroge « sur la façon dont un simple contrôle d’identité s’est retrouvé dans les mains d’une société privée ». « Je ne vois pas quels sont les fondements légaux qui permettent aux policiers de fournir les noms de personnes qui ont simplement contesté la politique du PSG », s’inquiète-t-il.

Autorités policières et PSG vont jusqu’à refouler des supporteurs contestataires – auxquels la justice n’a rien à reprocher – lors de matchs organisés non par le PSG mais par la Fédération française de football (FFF). C’est ainsi que lors du match amical France-Australie, organisé le 11 octobre 2013 par la FFF au Parc des Princes, quatorze supporteurs du PSG, venus demander « la liberté pour les ultras », se sont vu refuser l’entrée. Avocat de plusieurs ultras, Me Pierre Barthélémy avait un peu de mal « à croire qu’on les refusait à l’entrée du stade sans aucune raison ». Alors il s’est rendu au Parc des Princes le 11 octobre avec un huissier et un journaliste de Libération (lire son article). « Dès le début, les policiers ont repéré les trois supporters avec qui nous étions et leur ont dit que le club ne voulait pas d’eux, dit l’avocat. À l’entrée du stade, à côté des CRS, Jean-Philippe D’Hallivillée et un physionomiste pointaient les indésirables aux stadiers. Le directeur de la sécurité du PSG m’a dit qu’il était mandataire de la FFF et que je défendais des gens dangereux. Les CRS ont encerclé les supporteurs qui n’ont pas pu rentrer dans le stade. Ils les ont contrôlés puis escortés jusqu’au métro. On voit bien que les policiers et le club travaillent main dans la main. » Les quelque 200 autres supporteurs du PSG, qui avaient réussi à rentrer dans le stade, sont eux partis quelques minutes avant la fin du match pour éviter d’être contrôlés et de finir sur une liste noire. Selon un responsable du PSG, le directeur de la sécurité travaillait sur le match, « comme l’ensemble des collaborateurs du PSG », sur instruction de la FFF. Contactée, cette dernière nous a indiqué ne pas souhaiter « communiquer sur ces sujets ». La scène a été enregistrée par des supporteurs.

Refus d'entrée au Parc de Princes pour France-Australie © PsyKdav

À la demande des autorités préfectorales, d’autres clubs de Ligue 1 comme Évian et le Stade rennais ont également annulé d’autorité les billets destinés à des supporteurs parisiens, pourtant sous le coup d’aucune interdiction judiciaire ou administrative. Parfois en identifiant les supporteurs parisiens à travers l’adresse IP utilisée pour l’achat en ligne du billet ou grâce à une liste noire transmise par la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH). « Que les services de police aient fourni la liste des indésirables ou que les clubs se soient livrés à du traçage d’adresse IP, dans les deux cas, c’est illégal », remarque Me Cyril Dubois. On pourrait multiplier les cas, répertoriés par So Foot dans une excellente enquête.

Match OGC Nice-PSG joué à huis clos en mars 2010 © Eric Gailard/Reuters Match OGC Nice-PSG joué à huis clos en mars 2010 © Eric Gailard/Reuters

Autre mesure liberticide selon les ultras, le recours systématique aux interdictions administratives de stade (IAS) avec obligation de pointage au commissariat de quartier les soirs de match. Créées par la loi antiterroriste de 2006 et prononcées par les préfets, ces interdictions peuvent aller jusqu’à deux ans. Les personnes privées de stade, parfois pour une simple  écharpe « Authentiks », association dissoute par les autorités en 2010, n’ont pas nécessairement commis de délits, mais il s’agit d’appliquer le principe de précaution. Les supporteurs dénoncent donc le caractère « arbitraire » de ces mesures administratives, alors que le code pénal prévoit déjà depuis 1993 des peines complémentaires d’interdictions judiciaires de stade : « Là au moins, le juge statue, on est dans un cadre légal, souligne James. Pour les IAS, il n’y a jamais aucun élément de preuve, alors que les SIR (forces de police spéciales qui interviennent dans les stades - ndlr) nous filment en permanence. Ça  permet juste à la police de faire du chiffre. » « Il y a des interdictions administratives par vagues, par exemple pendant la campagne présidentielle 2012, il n’y a pas eu d’interdiction pendant quatre mois, puis c’est reparti en juillet, constate Me Sandra Ammar, avocate de plusieurs supporteurs. C’est souvent très arbitraire avec des arrêtés préfectoraux truffés de copiés-collés et de faits non vérifiés qui deviennent des éléments constitutifs. »

Interrogée, la division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH) refuse de communiquer le nombre d’IAS prononcées ces dernières années, ainsi que leur répartition par motif. À elle seule la préfecture de police de Paris a pris 141 arrêtés d’interdictions administratives de stade pour la saison 2012-2013. Soit plus que les interdictions judiciaires de stade prononcées en 2011 pour la France entière (126 peines) ! « Les comportements faisant l’objet d’une mesure administrative d’interdiction de stade sont pour leur grande majorité des faits de violence et de dégradation », assurait le commissaire Antoine Boutonnet, chef de la DNLH dans un entretien à So Foot. Pourtant, les chiffres de la DNLH, analysés par les Cahiers du football, montrent que les principaux incidents relèvent surtout de l’usage de fumigènes et de délits mineurs (ivresse et stupéfiants notamment).

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Yann Lorence, supporteur de la tribune parisienne Boulogne, est mort en mars 2010 après avoir été roué de coups par d’autres fans du Paris Saint-Germain, de la tribune Auteuil. En novembre 2006, Julien Quemener, lui aussi fan du PSG, avait été tué par un policier qui tentait de protéger un supporteur d’un club israélien poursuivi par plusieurs fans parisiens.

Contactés à de multiples reprises depuis juin 2013, ni le PSG, ni la DNLH, ni la préfecture de police de Paris n'ont donné suite à nos demandes d'entretien. Une rectification a été apportée le 6 novembre à 19h : Ben n'est pas le fondateur mais le président de Brigade Paris.