Financement de campagnes: le FN renvoyé en correctionnelle

Par

D’après nos informations, le FN est renvoyé en correctionnelle dans l’affaire du financement de ses campagnes législatives de 2012. Dans leur ordonnance de renvoi, datée du 5 octobre, les juges d’instruction suivent l’essentiel des réquisitions du parquet. Dix personnes physiques et morales sont concernées, dont deux dirigeants du parti.

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

Le Front national et deux de ses dirigeants seront jugés dans l'affaire des financements de campagne du parti, d'après des informations recueillies par Mediapart. Dans leur ordonnance de renvoi, datée du 5 octobre, les juges d'instruction suivent les réquisitions du parquet formulées en juillet – à l'exception du fait qu'ils circonscrivent la qualification d'« escroqueries » aux législatives de 2012 s'agissant du micro-parti de Marine Le Pen, Jeanne, et de son secrétaire général, Jean-François Jalkh. 

Au total, dix personnes physiques et morales seront donc jugées (sept personnes physiques et trois personnes morales) : le Front national ; Jeanne ; la société de communication Riwal, fournisseur du parti pour son matériel de campagne ; le trésorier du FN Wallerand de Saint-Just ; l'un des vice-présidents du parti, Jean-François Jalkh. 

Mais aussi plusieurs proches de Marine Le Pen qui gravitent dans la « GUD connection », ce réseau animé par d'anciens du Groupe Union Défense (GUD) reconvertis en chefs d'entreprise : le trésorier de Jeanne, Axel Loustau (élu en décembre conseiller régional) ; Olivier Duguet, trésorier de Jeanne entre 2011 et 2012 ; Frédéric Chatillon, directeur de Riwal, et l'une de ses proches, Sighild Blanc, gérante de la société Unanime ; l'expert-comptable Nicolas Crochet, commissaire aux comptes de Jeanne.

Ouverte en avril 2014, l'enquête sur le financement des campagnes frontistes de 2012 avait été clôturée en janvier 2016. Dès octobre 2013, Mediapart avait révélé les détails de ce montage impliquant le FN, le micro-parti de Marine Le Pen et son prestataire, la société Riwal (lire nos enquêtes ici et là). « Sur le fond, le FN n'a strictement rien à se reprocher », a réagi sur i-Télé jeudi le vice-président du parti Florian Philippot.

Vendredi, Marine Le Pen a affirmé que le Front National  était « extrêmement serein ». « Nous sommes la victime d'une persécution profondément injuste ». La présidente du FN « n'est pas du tout inquiétée », a assuré à l'AFP le trésorier du parti, Wallerand de Saint-Just. « Les juges, ça, au moins, ils l'ont compris, qu'elle était en dehors du circuit. Elle n'a pas participé à l'organisation des législatives ». Marine Le Pen pourrait-elle représenter le parti lors d'un procès ? « Ça, c'est de la cuisine interne », a évacué Wallerand de Saint-Just.

Sur son compte Facebook, Frédéric Chatillon a réagi en expliquant n'avoir « jamais eu la naïveté de penser que cela pourrait finir en non-lieu (ce que la logique aurait voulu) car cette "affaire" est éminemment politique ».

Au cœur de cette enquête judiciaire, le financement des campagnes législatives du Front national en 2012. Les juges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi soupçonnent les responsables de Jeanne et son prestataire Riwal d’avoir mis sur pied un système d’enrichissement illégal, avec de l’argent public. Ils estiment à 10 millions d'euros les sommes détournées par Jeanne et Riwal. Trois personnes morales (le FN, Jeanne et Riwal) et sept personnes avaient été mises en examen dans cette affaire. Marine Le Pen avait été entendue le 5 janvier 2016 comme témoin assisté, après avoir refusé à deux reprises de se rendre chez les juges à l'automne.

Marine Le Pen au parlement européen le 5 juillet 2016. © Reuters Marine Le Pen au parlement européen le 5 juillet 2016. © Reuters

Les magistrats soupçonnent un financement illégal du Front national par Riwal, par le biais de services consentis au FN et à Jeanne : surfacturation, mise à disposition de locaux et d’auto-entrepreneurs, crédits fournisseurs, etc. Le but, selon les juges : majorer les dépenses électorales que l'État remboursera au FN et ses candidats (lire les détails en page 2).

Voici le détail des renvois :

  • Le Front national : recel d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal, complicité d'escroqueries.
  • Riwal : escroqueries.
  • Jeanne : escroqueries (pour les législatives de 2012), recel d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal.
  • Jean-François Jalkh : escroqueries (pour les législatives de 212), abus de confiance au préjudice de Jeanne, recel d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal.
  • Wallerand de Saint-Just : recel d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal.
  • Frédéric Chatillon : faux et usage de faux, escroqueries (pour les législatives et la présidentielle), abus de biens sociaux au préjudice de Riwal, blanchiment d'abus de biens sociaux.
  • Axel Loustau : escroqueries (pour les législatives), recel d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal.
  • Olivier Duguet : complicité d'escroqueries (pour les législatives), complicité d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal, recel d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal.
  • Nicolas Crochet : complicité d'escroqueries (pour les législatives), recel d'abus de confiance, blanchiment d'abus de biens sociaux au préjudice de Jeanne, complicité d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal.
  • Sighild Blanc : abus de biens sociaux au préjudice d'Unanime, recel d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal, blanchiment d'abus de biens sociaux.
Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous

Mises à jour: cet article a été actualisé les 6 et 7 octobre avec les réactions du Front national.