Sarkozy: le onzième coup de minuit

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Nicolas Sarkozy a perdu l’élection présidentielle 2012. Il ne lui reste qu’une chance minime d’empêcher que l’horloge du bourreau ne sonne le douzième coup de minuit : que les socialistes s’engloutissent dans un revival des années 1980. Laurent Fabius est-il ce signe annonciateur ? Parti pris.

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Tout est en place désormais pour que Nicolas Sarkozy perde l’élection présidentielle 2012. Les trois heures de débat du président-candidat, mardi soir lors de l’émission « Des paroles et des actes » sur France-2, sonnent comme l’ultime alerte avant naufrage. Elles sont venues confirmer ce qui se dessinait depuis l’annonce officielle de la candidature du chef de l’Etat sortant, début février. Comme Valéry Giscard d’Estaing en 1981, Nicolas Sarkozy va perdre essentiellement pour deux raisons :

  • il est devenu inaudible, tant son discours est couvert par le vacarme d’un bilan inepte, par les bruyants tête-à-queue et repositionnements tactiques, et par des habiletés qui ne trompent personne ;
  • il est lourdement handicapé par un dispositif audiovisuel poussiéreux, où le people et la psychologie de quatre sous, les jeux d’ego et les fausses irrévérences interdisent de poser les vraies questions, d’exiger des réponses, de rendre compte des attentes de la société.

L’Elysée l’avait pourtant dit depuis plusieurs jours. Cette émission, la première faisant sortir Nicolas Sarkozy de sa forteresse élyséenne pour le traiter comme un candidat comme les autres, allait lui permettre de reprendre enfin la main après presqu’un mois de campagne perdue. Avec un objectif simple : faire que les courbes de sondages se croisent avec celles de François Hollande.

Sarkozy attaque Fabius sur ses "petites phrases" envers Hollande © Le Monde.fr

On pourrait considérer l’exercice comme relativement réussi si l’on s’en tient à des standards pourtant devenus largement obsolètes. Après tout, le Sarkozy sortant n’a-t-il pas démontré :

–  une pugnacité à toute épreuve, jusqu’au vindicatif

–  une capacité à faire une fois de plus d’habiles mea-culpa en voulant faire passer pour un passé lointain, personnel, presque intime la « période bling-bling », le Fouquet’s, le Paloma de Vincent Bolloré, le Jean Sarkozy de l’Epad…

–  une stratégie de premier tour visant à rassembler droite et extrême droite (la lutte contre l’immigration en porte-étendard) ; et une stratégie de second tour annonçant l’élargissement au centre (appels à deux reprises à François Bayrou, annonce d’une dose de proportionnelle – 10 % à 15 % des sièges de députés, ouverture avec la pré-nomination comme ministre de Claude Allègre !)

–  quelques annonces programmatiques (taxation des grands groupes du CAC-40, lutte renforcée contre l’immigration, la fraude, l’assistanat)

–  et enfin, une capacité à se battre pied à pied et par tous les moyens possibles (jusqu’aux plus inélégants) avec celui qui est considéré comme l’un des plus redoutables débatteurs de la gauche, Laurent Fabius.

Alors pourquoi rien de cela n’a-t-il fonctionné et pourquoi peut-on considérer que cette émission – même si elle provoquera sans doute un petit frémissement sondagier (il faut bien faire vivre le suspense médiatique…) – ne fait que confirmer la sortie du jeu du chef de l’Etat ?

L’essentiel tient en une immense lassitude et une parole dévaluée. Au terme de dix années d’omniprésence médiatique, nous connaissons trop Nicolas Sarkozy. Or l’homme ne peut se défaire de ses deux principaux handicaps : lui-même et son bilan. A la rupture personnelle entre lui et une large partie de son électorat de 2007 s’ajoute une rupture politique liée au quinquennat qui s’achève.

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