Les hystériques parlent !

La pratique de la non-mixité (et sa théorisation) dans les luttes de libération et d’émancipation a une longue histoire, que l’on pense à l’African National Congress des années 1940 et 50 en Afrique du Sud, aux Black Panthers aux Etats-Unis dans les années 1960, aux mouvements féministes des années 1970 ou aux pratiques de l’autonomie ouvrière depuis le XIXe siècle.

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L’actualité nous montre que cette stratégie de prise de parole et d’autoémancipation des personnes minorisées ne va toujours pas de soi, aussi bien du côté du gouvernement de la République « universaliste » française que des mouvements sociaux. Dans le contexte des mobilisations contre la loi Travail en France ces derniers mois, à l’université ou à Nuit Debout, se sont structurés des groupes non-mixtes, dont la légitimité a été fortement mise en question, au sein des groupes mobilisés comme à l’Assemblée nationale.

Quatre étudiantes de l’université de Vincennes-Saint Denis, soutiens et membres actives de ces groupes non-mixtes, ont décidé de laisser des traces de cette histoire-là. Elles se sont ainsi livrées à un partage de leurs expériences, à un travail collectif d’auto-analyse visant à révéler la réalité des rapports sociaux de sexe, de classe et de race dans la mobilisation à Paris 8 et la pertinence politique de l’organisation en non-mixité.

Mouvements publie leur texte et en recommande vivement la lecture aux « allié-e-s » : si définir des stratégies, des moyens d’action et organiser la lutte demande du temps et de l’énergie, accepter de comprendre ce qui se joue pour les premières concernées et parvenir à intégrer pleinement leur point de vue dans la mobilisation vaut bien un peu d’investissement et d’attention, afin de cesser de (re)produire des pratiques de domination au sein des luttes sociales.