La «magie» des réformes structurelles peut-elle fonctionner?

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Emmanuel Macron a placé au cœur de son programme les « réformes » de structure de l'économie française. C’est par elles que tous les maux de la France doivent s’apaiser. Mais cette politique est-elle vraiment adaptée à la situation économique française ?

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Désormais président de la République élu, Emmanuel Macron va devoir engager rapidement le cœur de son programme, les « réformes structurelles ». Les dirigeants européens, à commencer par Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, et Angela Merkel, l'ont d'ailleurs rappelé à cette obligation dès les premières heures qui ont suivi l'élection.

Il s’agit cependant là davantage que de simples mesures de gestion : c’est le centre de la vision du nouveau chef de l’exécutif. Dans son esprit, sa capacité à engager « les réformes qui ont trop longtemps été repoussées » doit déterminer le retour de la croissance dans le pays et, partant, la renaissance de l’influence française en Europe et dans le monde, ainsi que l’apaisement des tensions sociales. Tout part donc, pour le nouveau président, de ces réformes. Et c’est pour cette raison qu’il n’a pas souhaité faire de concessions sur ce point durant l’entre-deux-tours.

Cette pensée n’est pas née dans l’esprit d’Emmanuel Macron. Elle est le reflet d’une pensée théorique à l’œuvre depuis plus de trente ans. Chaque rapport du FMI ou de l’OCDE réclame de nouvelles « réformes structurelles », et pas seulement à la France. La plupart des économistes de banques estiment que la croissance ne repartira en France qu’avec des « réformes structurelles ». Toutes les six semaines, Mario Draghi termine son discours introductif à sa conférence de presse en demandant aux États membres de la zone euro d’accélérer les « réformes structurelles » qui sont également le mantra à Bruxelles et, évidemment, à Berlin, où l’on voit en Emmanuel Macron un président « capable enfin de réformer la France ». La banque privée allemande Berenberg le comparait ainsi, le 8 mai, à un Schröder ou à une Thatcher français.

Cette obsession des réformes n’est pas un hasard. Elle repose sur une vision clairement libérale de l’économie. Ce qui est sous-entendu par la nécessité de réforme des structures de l’économie, c’est la réduction des entraves à l’accès et au fonctionnement des marchés de biens, de services et du travail. Ces réformes visent donc à écarter le plus possible de régulation de ces marchés afin de permettre une formation la plus « parfaite » possible des prix. Il s’agit donc « d’individualiser » au maximum les relations économiques pour s’approcher d’un marché le plus « équilibré » possible.

Les « réformes structurelles » sont donc l’application de la théorie néoclassique à l’économie réelle. Qu’en attend-on en théorie ? Une baisse des prix des biens et des services, mais aussi des salaires, grâce à la concurrence accrue. Cet effet déflationniste doit, en retour, favoriser l’activité par plusieurs biais : amélioration du pouvoir d’achat, incitation à l’innovation, amélioration de la compétitivité externe et, enfin, attractivité accrue pour les investissements étrangers. Enfin, grâce au « ruissellement » de la richesse des plus fortunés vers les autres couches de la population, on doit parvenir au bien-être général et au renforcement de la croissance.

Emmanuel Macron quittant son domicile, dimanche 7 mai 2017 au matin. © Reuters Emmanuel Macron quittant son domicile, dimanche 7 mai 2017 au matin. © Reuters

Cette vision imprègne profondément la pensée du nouvel hôte de l’Élysée, qui s’est engagé à vaincre les « blocages » et à « libérer les énergies ». C’est parce que ces réformes sont essentielles à tout le reste de son programme qu’Emmanuel Macron a annoncé qu’il les engagerait rapidement et par ordonnances. Les premières réformes toucheront l’emploi : réduction des « rigidités » et restructuration de l’assurance chômage pour inciter les demandeurs d’emploi à travailler. Ces réformes du marché du travail doivent réduire le chômage et améliorer la compétitivité du pays. Tout en découlera ensuite. Mais ces réformes seront-elles vraiment la panacée pour l’économie hexagonale ? Rien n’est moins sûr.

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