Wauquiez et «l’âge d’or» de Vichy

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Dans une opération intitulée « La région fière de son histoire », la collectivité dirigée par Laurent Wauquiez a présenté la ville de Vichy en passant totalement sous silence l’épisode de la Collaboration. L’opposition s’insurge mais le maire de la ville défend, lui, l’exaspération des habitants de Vichy.

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Féru d’histoire, Laurent Wauquiez a lancé le 30 octobre une opération de communication en Auvergne-Rhône-Alpes intitulée « La région fière de son histoire ». Persuadé que « s’interroger sur nos origines, notre identité, sur les moments qui ont fait la France […] est devenu pour certains une transgression, presque un interdit », le candidat à la présidence de LR a voulu proposer à ses administrés de sélectionner 12 sites emblématiques de l’histoire de la région, parmi une cinquantaine proposés. « Notre jeunesse mérite de savoir pour qui ses ancêtres se sont battus, pourquoi ils ont bâti ces églises, ces châteaux, ces viaducs et façonné ainsi nos vallées », s’enthousiasme-t-il dans un éditorial présentant l’opération. « Il ne faut pas oublier que les récits de l’histoire sont souvent des leçons pour l’avenir. L’ambition de renouer avec notre histoire, nous la devons à nos enfants », poursuit-il.

Certains n’ont donc pas manqué de s’étrangler en découvrant la manière dont la ville de Vichy était présentée. « Situé au bord de la rivière Allier, Vichy est connu dès l’Antiquité pour la qualité de ses sources minérales. […] Aux XIXe et XXe siècles, la ville connaît un véritable âge d’or et accueille jusqu’à 110 000 curistes par an dans les années 1930. »

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Réussir à accoler « âge d’or », « XXe siècle » et « Vichy », voilà une prouesse qui a fait bondir l’opposition régionale. « Ne retenir de Vichy que le thermalisme n’assume pas la complexité de notre histoire », affirme ainsi le chef de file du PS à la région, Jean-François Debat, qui n’ignore pas, par ailleurs, que le régime du maréchal Pétain s’est bien « imposé aux habitants de Vichy, malgré eux ». Pour lui, une telle présentation de Vichy dans le cadre d’une opération touristique, voire patrimoniale n’aurait pas posé de problème. Mais certainement pas dans un projet mettant en valeur les motifs de « fierté » de notre histoire.

« Il faut replacer cette initiative dans un contexte plus général où Laurent Wauquiez instrumentalise la culture à la région pour servir son projet politique, affirme la conseillère régionale Myriam Laïdouni-Denis, élue RCES (Rassemblement écologiste citoyen et solidaire). Je comprends très bien que les habitants de Vichy en aient assez d’être associés au régime de Vichy et il n’y a aucun problème à mettre en avant le thermalisme, mais on n’écrit pas l’histoire en mettant la poussière sur le tapis. » Par ailleurs, elle s’inquiète du projet éducatif associé à cette opération. « Ce qui est inquiétant, c’est qu’il y a derrière une finalité pédagogique en direction des lycéens et des apprentis. Or ces élèves n’ont pas forcément le recul et l’esprit critique pour se rendre compte qu’il manque une partie de l’histoire. »

Le maire LR de Vichy, Frédéric Aguilera, s’insurge face à cette polémique politicienne. « C’est outrageant que vous me posiez même la question ! s’emporte-t-il. Heureusement que la région n’a pas mentionné le gouvernement de Pétain, nous aurions refusé de participer à ce projet. » L’élu, qui précise que sa ville est candidate pour figurer au patrimoine mondial de l’UNESCO des villes d’eaux, trouve parfaitement à propos le soutien de la région. « Le thermalisme est notre histoire. Nous avons un patrimoine extrêmement riche : est-ce que vous parlez du régime de Berlin pour parler du nazisme ? » s’agace-t-il. Le maire rappelle qu’il a d’ailleurs soutenu la proposition de loi déposée en 2003 pour « pour interdire l’expression “régime de Vichy” dans les livres d’histoire ».

La proposition de loi déposée en 2003 par le député radical Gérard Charasse visait effectivement à « substituer, dans les communications publiques invoquant la période de lÉtat français, aux références à la ville de Vichy, lappellation “dictature de Pétain” ». Le texte souhaitait que soit considérée comme « une imputation portant atteinte à l'honneur ou à la réputation, au sens de larticle 13-1 de la loi du 29 juillet 1881, toute appellation tendant à assimiler le nom de la ville ou de ses habitants à des comportements de trahison, de capitulation ou doutrage au régime républicain ».

L’amendement n’avait pas été retenu. L’élu de Vichy estime qu’il est temps d’entendre « le traumatisme pour les Vichyssois d’être constamment assimilés à cette période de l’histoire ».

Pour Laurent Wauquiez, et une bonne partie des Républicains, une chose est sûre : rien de pire en tout cas que cette « sinistre culture de la repentance », comme il l’expliquait lors de son discours de lancement de campagne le 25 octobre dernier. « On a appris à nos enfants que depuis les croisades jusqu’à la Collaboration, en passant par la colonisation, le pays dont ils seront un jour les héritiers ne serait qu’une nation coupable. » Ceux qui s’obstinent à rappeler les périodes sombres de notre histoire mèneraient un travail de déconstruction qui sape la nation. « La France c’est une belle histoire, c’est une grande culture et je veux que l’on transmette cette fierté à nos enfants », s’exclamait-il lors de ce meeting.

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