Fillon règle son pas de campagne sur celui de Sarkozy

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En meeting à Poitiers, François Fillon a de nouveau dénoncé « l’attaque impitoyable » dont il se dit victime, devant une salle chauffée à blanc contre les journalistes. Empêtré dans les affaires, mais déterminé à poursuivre sa campagne, le candidat LR renoue avec les grandes heures du sarkozysme.

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Poitiers (Vienne), de notre envoyée spéciale.- Comme un air de déjà-vu. Des militants chauffés à blanc qui insultent les journalistes, refusent de leur parler et leur lancent des regards assassins. Des « ah non, pas les médias, y’en a ras-le-bol, trop c’est trop maintenant ». Des « vous, vous êtes une sale race ». Des « c’est de votre faute tout ça ». Jeudi 9 février au soir, au Palais des congrès du Futuroscope, à Poitiers, le meeting de François Fillon a pris des accents de campagne sarkozyste. À son tour empêtré dans les affaires, l’ancien premier ministre a adopté une technique bien connue de ceux qui ont suivi l’ex-chef de l’État lors de la présidentielle de 2012 et plus récemment, lors de la primaire de la droite et du centre : pointer la lumière sur le messager pour mieux obscurcir le message. Et ça marche.

Dans la salle du Palais des congrès du Futuroscope, le 9 février. © ES Dans la salle du Palais des congrès du Futuroscope, le 9 février. © ES

« C’est pas bien de lui reprocher ce qu’on lui reproche, confie Jean-Jacques, 66 ans, l’une des rares personnes à accepter d’échanger deux minutes. Y a pas d’emploi fictif. Quand vous avez un cinéaste à qui on donne des subventions pour faire un film qui ne marche pas, personne ne dit rien. Tout le monde ne peut pas faire “Bienvenue chez les Ch’tits” ! » Nous essayons de comprendre le raisonnement. « Ben, je vous le dis ! On donne plein d’argent aux artistes, même quand ils ne font rien. Qui sommes-nous pour apprécier la valeur du travail d’un artiste ? Ben, pour la femme de Monsieur Fillon, c’est pareil ! » Nous insistons. « Vous voyez que vous vous acharnez avec vos questions ! C’est pas bien. C’est comme avec les nazis… » Bon, là, nous renonçons.

Un peu plus loin, un couple est en pleine discussion. « De toute façon, c’est clair, les journalistes, ils peuvent pas dire ce qu’ils veulent… », lance Madame. Hochement de tête approbateur de Monsieur : « Ils sont tous de gauche, ils veulent que Macron gagne. » Une musique de dancefloor des années 1990 emplit bientôt la salle. François Fillon et Jean-Pierre Raffarin font leur entrée sous les applaudissements du public. Des drapeaux bleu-blanc-rouge cinglent l’atmosphère déjà bien chargée du Palais des congrès. Le sénateur de la Vienne prend la parole. Il remercie un peu tout le monde, y compris « les journalistes qui ont fait le déplac… » Il n’a pas le temps de terminer sa phrase que déjà ses mots sont couverts par les huées et les sifflets.

Entrée de François Fillon et Jean-Pierre Raffarin. © ES Entrée de François Fillon et Jean-Pierre Raffarin. © ES

Le calme revenu, Jean-Pierre Raffarin poursuit. « Nous affrontons une entreprise de démolition, ta résistance est superbe, dit-il à l’attention du candidat LR, assis au premier rang. La cible, c’est l’alternance. Nous sommes tous des cibles, car nous sommes tous concernés ! » Applaudissements nourris. François Fillon monte alors sur scène. Comme il le fait depuis quinze jours, le candidat LR demande à l’assistance de l’« aider à résister au choc ». « Je suis la cible d’une attaque impitoyable, partiale, 7 jours sur 7, 24 h sur 24, et tout ceci pour des faits anciens, connus, légaux, poursuit-il. Est-ce juste ? Est-ce équitable ? C’est à vous d’en juger et non au tribunal médiatique. » Petit succès dans la salle qui n’attendait que ça pour lancer des « Fillon président ! Fillon président ! ».

La suite de la démonstration n’est rien d’autre qu’un copier-coller de l’allocution prononcée lundi 6 février devant la presse, puis transcrite dans une « lettre aux Français », diffusée depuis mercredi. « On voudrait dans les médias que je sois un “saint” ; je ne suis, mes amis, qu’un homme, un homme qui n’a pas enfreint la loi », affirme l’ancien premier ministre, avant de dégainer un argument qui se veut massue : « Si la violence est si rude, si je suis à ce point l’homme qu’il faut mettre à genoux, c’est parce que je suis porteur d’un projet qui bouscule le système. » Le mot est lâché. Après 36 années de vie politique, après avoir exercé tous les mandats possibles et imaginables, après avoir embauché sa femme et ses enfants comme assistants parlementaires, François Fillon se présente encore comme le candidat de l’antisystème. Et une fois de plus, ça marche.

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