Laurent Blanc: ce que la ministre ne veut pas entendre

La ministre des sports a pris grand soin, mardi, de dédouaner le sélectionneur de l'équipe de France. Selon elle, «aucun fait ne permet de dire que Laurent Blanc cautionnerait des orientations discriminatoires». C'est pourtant tout le contraire qui apparaît à entendre la réunion du 8 novembre 2010. Mediapart a choisi de publier des extraits sonores de cette réunion qui viennent démentir les arguments de Chantal Jouanno.

(Erick Mombaerts, Laurent Blanc, François Blaquart)

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Il fallait sauver Laurent Blanc. Quitte à travestir les faits. La ministre des sports Chantal Jouanno a non seulement épargné le sélectionneur de l'équipe de France de football, mais ce 10 mai, lors d'une conférence de presse à l'INSEP, elle l'a dédouané de toute responsabilité dans la discussion du 8 novembre, avec les cadres de la Direction technique nationale (DTN), sur les quotas dans le football.

Au lendemain des premières révélations de Mediapart, Laurent Blanc avait nié avoir jamais entendu parler de «quotas». Lors d'une conférence de presse à Bordeaux, le 29 avril, il expliquait même: «Si certains ont cautionné un projet avec des quotas, il faut les punir.» Embarrassant.

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Du coup, la ministre, tout à son objectif de sauver la tête du sélectionneur, a tenu à préciser ce 10 mai qu'«aucun fait ne permet de dire que Laurent Blanc cautionnerait des orientations discriminatoires».

Jusqu'à présent, Mediapart n'avait pas jugé nécessaire de rendre publics les enregistrements du 8 novembre. Nous les gardions à titre de preuve si nous étions attaqués en diffamation. Seulement, cette fois, la ministre se sert du fait que nous ne les avons pas publiés pour justifier ses décisions. Elle prétend que les propos de la réunion du 8 novembre sont trop confus pour être retenus contre le sélectionneur.

Mediapart n'a jamais ciblé quelqu'un en particulier dans cette affaire. Nous n'avons jamais dit que Laurent Blanc était raciste: ce n'est pas la question. Nous n'avons jamais demandé la tête du sélectionneur: ce n'est pas notre rôle. C'est à d'autres de prendre des décisions au vu des actes que nous avons révélés. Mais il est insupportable de voir les faits ainsi tordus.

Face à cette défense indigne du sélectionneur qui serait, si l'on suit la ministre, trop bête pour comprendre de quoi il est question autour de la table, nous livrons les éléments qui devraient permettre à chacun de se faire un avis sur le degré d'implication de Laurent Blanc sur ce projet de la DTN qui, ce 8 novembre, visait à limiter l'accès des enfants français de 12 ou 13 ans ayant des origines étrangères ou supposées telles aux centres de formation (Pôles Espoirs) de la fédération.

Voici donc les propos tenus par la ministre ce 10 mai à propos de Laurent Blanc, que nous avons voulu confronter aux témoignages des acteurs du dossier, à nos éléments d'enquête et aux paroles du sélectionneur lui-même, tenues notamment le 8 novembre.

Chantal Jouanno: «Il n'avait aucun projet arrêté sur ce sujet et il n'avait aucun avis arrêté à la différence de certains autres participants qui étaient préparés à ce débat.»

Laurent Blanc n'a pas l'air d'hésiter beaucoup. Le 8 novembre, dès le début de la discussion, Erick Mombaerts lui demande s'il veut limiter l'accès des joueurs pouvant acquérir une seconde nationalité. Laurent Blanc ne dit pas qu'il n'y a pas pensé, qu'il doit y réfléchir, ou que ça lui paraît compliqué. Il s'y déclare aussitôt, et même «tout à fait favorable» et argumente en disant que le phénomène le «dérange beaucoup». Il estime d'abord qu'il faut l'«éradiquer», puis qu'il faut le «limiter».

Or, limiter à l'avance le nombre de joueurs sur la base d'un tel critère (la binationalité potentielle) revient à établir des quotas. Dans l'esprit du sélectionneur, le phénomène semble se résumer aux joueurs qui partent rejoindre «des équipes nord-africaines ou africaines». Jamais il n'évoque les joueurs susceptibles de rallier un jour la Pologne ou le Portugal.

(Erick Mombaerts, Laurent Blanc, François Blaquart)

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