Laurence Haïm, CAC 40, société civile, Gérard Collomb: l'univers hétéroclite d'Emmanuel Macron

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Depuis son lancement en avril, son mouvement En Marche ! met en scène les ralliements à l’ancien ministre de l’économie. Plongée dans la galaxie Macron, où de vieux élus côtoient de jeunes entrepreneurs.

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Il y a quelques jours, Laurence Haïm se faisait prendre en photo à la Maison Blanche avec le couple Obama. Le 44e président des États-Unis ayant fait ses adieux, la journaliste quitte i-Télé et Canal plus pour devenir porte-parole d’En Marche !, le mouvement lancé par Emmanuel Macron en vue de la présidentielle. Depuis huit ans, Laurence Haïm, 50 ans et 171 000 « followers » sur le réseau social Twitter, était une des rares journalistes françaises accréditées à la Maison Blanche. Pour En Marche !, ce ralliement surprise est un beau coup de com’, en pleine campagne des primaires socialistes. Le mouvement s'achète un nom connu et un peu du glamour d'Obama vu de France. On imagine déjà les parallèles que l'ex-journaliste ne manquera pas de tracer entre Obama et Macron, 38 ans, que certains de ses soutiens enthousiastes se plaisent à dépeindre en « Kennedy français », jeune et moderne.

Juin 2015. Laurence Haïm interroge Emmanuel Macron en visite aux États-Unis © itélé

Mouvement parti de rien et dont les initiales (« EM ») sont aussi celles de son fondateur, En Marche ! a utilisé dès son lancement en avril 2016 des ficelles de communication très classiques pour mettre en scène les ralliements de personnalités politiques et issues de la société civile, la structuration du mouvement et la constitution de l’équipe de campagne. Ces annonces sont distillées au fur et à mesure, pour ponctuer médiatiquement les séquences successives d’une vague politique censée monter de façon inexorable.

Ce récit – les communicants de Macron parlent de « narratif » – ne s’appuie pas sur rien. En Marche ! se structure, les meetings sont très courus – ce que de nombreux responsables du PS observent avec inquiétude – et l’organigramme du « QG » du XVe arrondissement, qui compte 50 personnes et de nombreux bénévoles, est en train de s’étoffer. Le but affiché est d’être prêt d’ici la fin de la primaire socialiste le 29 janvier : le vrai coup d’envoi de la campagne. Les proches de Macron, qui le voient en possible troisième homme de la présidentielle, rêvent tout haut d’une défaite de Manuel Valls. Elle pourrait ouvrir alors un grand espace politique à Emmanuel Macron, du centre-gauche jusqu'au centre-droit rebuté par le très conservateur François Fillon.

À écouter Macron, candidat « ni droite ni gauche » qui dénonce les partis traditionnels et prône une « révolution démocratique », l'appel aux « bonnes volontés » de tous bords est même au cœur de son projet politique. Hommes d’affaires, élus, associatifs, personnalités, etc., ces soutiens, amitiés et ralliements finissent par dessiner une très hétéroclite constellation macronienne, où soutiens de longue date et patrons du CAC 40 côtoient des personnalités attirées par la lumière. Tour d'horizon de la galaxie Macron.

Le « QG » et les experts : le cœur de la machine Macron

Tous ne sont pas encore connus. Mais ils sont au cœur de la PME Macron. Eux, ce sont les salariés du QG d’En Marche ! Ils s’occupent d’animer et de structurer le mouvement – qui s’appuie en grande partie sur Internet –, d’organiser les meetings, de gérer les réseaux sociaux, de récolter les dons. Le noyau dur est constitué d’une poignée de trentenaires, pour beaucoup venus du cabinet de Macron à Bercy. Ces « thirty sharks » (« requins trentenaires »), comme certains se surnomment, constituent un réseau dévoué. Parmi eux, l’ancien dir-cab adjoint Julien Denormandie ou l’ex-conseiller parlementaire Stéphane Séjourné, chargé des élus. Et bien sûr, Ismaël Emelien, très jeune conseiller spécial d’Emmanuel Macron à Bercy, qui a grandi à l’école Havas (ex-Euro RSCG) auprès du patron de la fondation Jean-Jaurès, Gilles Finchelstein.

Jean-Pisany-Ferri (à droite), en 2014 à Bercy avec Emmanuel Macron et le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel (centre) © Reuters Jean-Pisany-Ferri (à droite), en 2014 à Bercy avec Emmanuel Macron et le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel (centre) © Reuters

Les consultants de Liegey Muller Pons, qui ont importé en 2012 pour François Hollande les méthodes de porte-à-porte ciblé de la campagne victorieuse d’Obama en 2008, ont aidé à la constitution d’un « diagnostic » de la France – associé à une étude sémantique des attentes des Français inspirée du marketing. Les communicants Adrien Taquet et Gabriel Gaultier, jeunes fondateurs de l’agence Jésus et Gabriel, assurent la stratégie de communication. Le porte-parole Benjamin Griveaux, ancien collaborateur de Dominique Strauss-Kahn puis « plume » de Marisol Touraine, est passé par la direction des relations institutionnelles Unibail-Rodamco, numéro un de l’immobilier commercial en Europe. Longtemps proche de François Hollande, le directeur de la communication de Cap Gemini, Philippe Grangeon, fait aussi partie des très proches. Mounir Mahjoubi, ancienne cheville ouvrière de la campagne de Ségolène Royal en 2007 nommé il y a peu président du Conseil du numérique (CNNum), va le rejoindre pour piloter sa campagne en ligne. Un directeur de campagne doit être nommés sous peu.

Ancien patron de la branche Asset Management de BNP Paribas, Christian Dargnat s’occupe de la collecte des fonds – 5 millions d’euros ont été récoltés fin décembre, mais la campagne refuse de rendre publique la liste des donateurs. Mercredi, en même temps que l’arrivée de Laurence Haïm, En Marche ! a aussi annoncé l’embauche par la campagne d’un spécialiste des sondages, l’ancien patron de TNS Sofres Denis Delmas. Et l’arrivée de l’économiste Jean Pisani-Ferry, ancien patron du think-tank européen Brugel, pour piloter le « programme et les idées ». Jusqu’ici, il dirigeait le commissariat général de France Stratégie, placé sous l’autorité du premier ministre. Comme Macron, il prône des réformes structurelles en Europe et le strict respect des traités européens en matière de déficit. Il devra piloter les huit groupes d’experts qui planchent depuis l’été sur le programme, un bloc de dix mesures phares qui sera annoncée fin février. En Marche ! tient leur nom secret, au prétexte que certains travaillent dans l’administration ou dans des cabinets ministériels.

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Ajout: vendredi 13 décembre, après les ralliements de Jean-Marie Cavada et Corinne Lepage, et la confimation par Mounir Mahjoubi de son soutien à Emmanuel Macron dans l'hebdomadaire VSD.