La révélation d’une liste noire de grévistes jette un froid à la fac de Toulouse

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L’université Jean-Jaurès est secouée par la récente révélation d'un échange de courriels internes invitant à pénaliser des personnels engagés dans le mouvement de grève. Une « liste noire » qui pose la question du fichage politique et celle de la mainmise technologique exercée sur les personnels de la fac.

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Toulouse, correspondance.– Légèreté coupable ou total sentiment d'impunité ? Dans un courriel daté du 14 mai 2018, et adressé à plusieurs dirigeants d’UFR, l’adjoint au directeur général des services (DGS) de l’université Jean-Jaurès de Toulouse (UT2J), François Pelisset, est on ne peut plus explicite : « Comme cela a été fait en UFR SES, et à titre préventif pour limiter toutes nouvelles perturbations, nous vous invitons à nous indiquer d'éventuels agents de vos UFR auxquels il conviendrait de limiter les droits d'accès sur leur badge Salto au regard de leur engagement dans le mouvement de blocage de l'Université. » Soit, tracée noir sur blanc, une invitation à établir des listes d'enseignants et personnels administratifs grévistes, pour mieux les punir.

En ce printemps 2018, la fac du Mirail sort tout juste d'un long mouvement de grève et de blocage dur débuté en décembre 2017, s’inscrivant pour partie dans la mobilisation nationale contre Parcoursup (voir notre article à l’époque).

Ce courriel, écrit juste cinq jours après l'évacuation des grévistes-bloqueurs du campus par les CRS, fait suite à un autre adressé deux jours auparavant par Michèle Saint-Jean, directrice de l'UFR Sciences espaces société (SES – qui regroupe cinq départements, 200 enseignants et 5 000 étudiants) dans lequel elle dresse une liste nominative de 24 personnes (10 enseignants du département de sociologie, 8 de Sciences de l'éducation, 1 d'éco/gestion et 5 personnels administratifs) « en prévision de la réouverture de l'université et en vue de restreindre la capacité de leur badge Salto ».

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Depuis la « reconstruction » de l’université dans les années 2010, ces badges nominatifs ont remplacé les clefs pour permettre aux agents d'accéder aux salles et bureaux. La directrice de l'UFR propose de limiter ces accès pour un certain nombre de personnes. Une initiative saluée le lendemain par le DGS de l'université, Alain Miaoulis, aujourd'hui sur le départ, avec un enthousiaste « C'est une excellente idée »… Alors administrateur provisoire de l'université, Richard Laganier, devenu depuis recteur de l'académie de Nice, est en copie de cet échange de courriels.

Pas de mobilisation sans confiance
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Nous avons sollicité la directrice de l'UFR SES, le directeur général des services et son adjoint. La première, Michèle Saint-Jean, nous a répondu samedi 11 en fin de matinée par courriel que le communiqué de la présidence de l'université reflète, selon elle « une réelle volonté de clarification » et qu'elle « trouve légitime et salutaire pour tous et chacun qu’une enquête de l’Inspection générale soit diligentée ». Le second, Alain Miaoulis, nous a, lui, fait savoir, également samedi et par mail, qu'il ne « refusait pas de répondre », mais était tenu à son « obligation de réserve ». Et de renvoyer aussi à « la visite de l’inspection générale (qui) va permettre de clarifier la situation. » François Pelisset, lui, n'a pas répondu.

Richard Laganier, administrateur provisoire de l'Université au moment des faits et aujourd'hui recteur de l'académie de Nice, n'a pas donné suite à notre demande d'entretien.

Le cabinet d'Emmanuelle Garnier, à qui nous avions envoyé quelques questions précises nous a donc a renvoyé hier sur le communiqué cité dans l'article.

Enfin la plupart des enseignantes, enseignants et personnels administratifs rencontrés ou interrogés au téléphone ces deux derniers jours ont souhaité que leur nom n'apparaisse pas dans l'article.