Dieudonné et Soral créent leur parti de l'obsession antisémite

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Dans une vidéo, le pamphlétaire d’extrême droite et l’humoriste officialisent la création du parti Réconciliation nationale. Ils annoncent « un parti antisystème » en multipliant les commentaires antisémites. Le parti s'expose à une procédure de dissolution.

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« Le Front national est entré dans le système après l’éviction de Jean-Marie Le Pen, et il faut bien qu’il y ait un parti anti-système », explique le pamphlétaire d’extrême droite Alain Soral. Dans une vidéo postée sur internet ce mardi, et qui totalise déjà plus de 75 000 vues, Soral et l’humoriste Dieudonné annoncent officiellement la création de leur parti politique, Réconciliation nationale. Simultanément, la page du site du futur parti a été ouverte. Pour l’instant en travaux, elle présente l’esquisse de l’emblème de l’organisation : un lion et un coq, le premier posant une patte protectrice sur le cou de l’autre.

Mediapart l’avait annoncé le 21 octobre, les deux hommes ont décidé de « monter un parti politique » et une association de financement ayant « pour objet exclusif de recueillir des fonds ». Alain Soral reproche au passage à Mediapart d’en avoir précipité l’annonce grâce aux indiscrétions de « la police d’État » et des « renseignements généraux »

Filmés durant près de 45 minutes, accoudés à un bar, les deux amis expliquent leur choix, en multipliant les allusions antisémites. Par cette déclaration fondatrice, les deux hommes s’exposent déjà à des poursuites judiciaires, et donnent probablement de premiers arguments aux juristes qui vont examiner la légalité de leur formation politique.

Alain Soral et Dieudonné dans leur vidéo, le 11 novembre 2014. © Capture d'écran de la vidéo d'ERTV Alain Soral et Dieudonné dans leur vidéo, le 11 novembre 2014. © Capture d'écran de la vidéo d'ERTV

C’est pourtant pour fuir les tribunaux que Dieudonné voudrait créer un parti. « On a été identifiés par le premier ministre actuel comme le danger absolu de la République, dit-il. Ils m’ont interdit de spectacle, tu ne comptes plus les procès, moi c’est pareil. Est-ce qu’on a le choix de faire autrement que de monter ce parti ? » 

Dieudonné est inéligible, par ses condamnations multiples, alors il voudrait aider « des gens à se présenter aux quatre coins de la France ». L’humoriste souligne les injures racistes qu'il a lui-même subies avant de rappeler ses engagements précédents – en faveur de la liste Europalestine en 2004, puis de la liste antisioniste en 2009. « Avoir 500 signatures pour la présidentielle, quand on est estampillé antisémite, c’est impossible », ajoute Alain Soral.

Ce dernier justifie sa propre décision de créer un parti politique par l’évolution du Front national, dont il a été membre du comité central entre 2007 et 2009. « Moi, ma stratégie jusqu'à présent, c'était de dire, on ne fait pas de politique, on essaye d'influer sur la politique de l'extérieur. Je ne m’en suis jamais caché, je faisais pression sur le Front national de l'extérieur pour qu’il fasse évoluer sa ligne économique, bon ça c’est fait : sur le programme économique le Front national est très bon. » Mais le polémiste estime avoir été trahi par le conseiller international de Marine Le Pen, Aymeric Chauprade, sur les questions géopolitiques : « Dès qu'il a été élu, il a été retourné. »

Dès le 6 septembre, dans une autre vidéo, il avait déjà fait part de son projet de « se dissocier totalement du Front national », et de « rouler pour lui-même, en tant que parti politique », à cause de la position « pro-israélienne » de Chauprade. « On a fait comprendre au Front national qu’il pouvait effectivement accéder au pouvoir ou partager le pouvoir, s’il validait la ligne (d’Éric) Zemmour, la ligne de tous les partis politiques d’extrême droite d’Europe, c’est-à-dire d’être sioniste et anti-musulman. Jean-Marie Le Pen n’a jamais voulu valider cette ligne-là, mais faut comprendre qu’il n’est plus décisionnaire au Front national. »

« On », c’est bien sûr « le CRIF » (Conseil représentatif des institutions juives de France – ndlr), « qui a la haute main sur la politique française et qui décrète qui peut réintégrer ou pas l’arc républicain ». Dieudonné de surenchérir : lorsqu’il a rencontré Le Pen à la fête des Bleu Blanc Rouge, « Marine Le Pen était enfermée dans un bureau avec un responsable de la LDJ (la ligue de défense juive – ndlr). J’ai la sensation qu’elle a trahi les idéaux patriotes de la ligne de son père. »

Le vieux fondateur du FN reste leur référence préférée. « On va prendre la place qu’a eue Jean-Marie Le Pen ces vingt dernières années. Et aussi Georges Marchais », déclare Soral qui garde par ailleurs la nostalgie du parti communiste, dont il a été membre dans les années 1990. Leur vidéo récupère au passage les propos de Jean-Luc Mélenchon tenus sur le CRIF.

Les fondateurs de Réconciliation nationale ajoutent que « l’incroyable promotion » du livre d’Éric Zemmour les a « obligés à bouger ». Dieudonné : « On a la sensation d’un personnage qui s’impose comme ça dans le paysage audiovisuel de l’ancien système. Ils sont en train de faire de Zemmour le champion, le nouveau BHL, celui qui va peser sur les politiciens. » « Celui qui mène le jeu idéologique, parce qu’il faut toujours que ce soit un membre de la communauté (juive – ndlr) qui mène le jeu », poursuit Soral.

Au détour de la reprise d’un extrait d’émission de Zemmour, lorsque ce dernier évoque « les élites françaises », les deux hommes de Réconciliation nationale désignent l’ennemi : les photos d’une vingtaine d’hommes politiques, intellectuels, journalistes juifs apparaissent à l’écran :

Capture d'écran de leur vidéo du 11 novembre. Capture d'écran de leur vidéo du 11 novembre.

Alain Soral explique qu’Éric Zemmour a emprunté 90 % des thèses de son livre, Comprendre l’Empire (2011), mais qu’il « incite à la guerre civile » en concluant que « le problème c’est l’Islam et les musulmans ». « S’il est pour la guerre civile, c’est qu’il travaille pour l’étranger, (…) pour un pays tiers », conclut Soral.

Capture d'écran de leur vidéo du 11 novembre. Capture d'écran de leur vidéo du 11 novembre.

Et Dieudonné d’évoquer « l’histoire de Zemmour » : « Pourquoi il a quitté l’Algérie ? » Un extrait vidéo explique alors que le décret Crémieux a permis aux juifs d’Afrique du Nord, et donc à la famille d’Éric Zemmour, d’avoir la nationalité française… « Il refait ce que sa famille a fait en Algérie, c’est créer le chaos et la discorde et inciter à la guerre civile », précise l’humoriste.

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