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Mediapart jeu. 28 juil. 2016 28/7/2016 Édition du matin

Après le remaniement, la perspective du vide

12 février 2016 | Par Hubert Huertas

Entre une réforme constitutionnelle en phase finale, un remaniement sans consistance et un discours présidentiel déconnecté, le pouvoir vient de confirmer son épuisement. Cet état d’impuissance ouvre une période d’incertitude inédite à quelques mois de la présidentielle.

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Résumé des épisodes précédents. Après les attentats du 13 novembre, aux yeux d’une France sidérée, François Hollande était devenu une référence. Un point fixe vers lequel ont convergé les regards, dans l’un de ces moments qu’on qualifie « d’unité nationale ». Alors que sa promesse de lutte contre le chômage faisait hausser les épaules et le condamnait à la colère ou à l’indifférence publique, cet énorme événement lui conférait une légitimité qu’il n’avait jamais vraiment acquise, encore moins conservée après les attentats du 7 janvier 2015.

Qu’a-t-il fait de ce rendez-vous majeur avec le peuple ? Il l’a réduit à un débat lilliputien, sans grandeur, parfaitement inutile, mais lourdement symbolique. Alors qu’une émotion collective devait conduire au dépassement des clivages, il a pensé utile de jouer au petit jeu de la triangulation, qui consiste à assécher le programme des adversaires en l’appliquant soi-même. En croyant engranger les dividendes de la peur, il a dégainé la déchéance et déclenché une réaction en chaîne. De l’unité d’une Nation dont il serait le père, on est passé à un pays atomisé, morcelé, éclaté en affrontements philosophiques passionnels et en arrière-pensées tactiques. Parti de l’union sacrée en faveur d'une grande cause, la lutte contre le terrorisme, on en est arrivé à des batailles internes à visées électoralistes.

À gauche, les colères plus ou moins ravalées contre François Hollande ont éclaté au grand jour dans des termes qui n’expriment plus des nuances mais un divorce. À droite, les candidats à la primaire se sont saisis de la déchéance pour se différencier entre eux, chapelle contre chapelle, offrant le spectacle surréaliste d’un Fillon qui refuse de voter la réforme même s’il en soutient le principe, d’un Juppé qui la voterait s'il était député tout en la dénonçant, et d’un Sarkozy qui prête main-forte à son successeur dans l’espoir de mieux le chasser.  

On a vu le résultat à l’Assemblée nationale, avec l’opposition d’une fraction importante du PS ou des Républicains en dépit des consignes et des pressions venues des états-majors. Le projet de réforme a été voté, mais par une majorité hétéroclite, et il a peu de chances d’être adopté dans les mêmes termes par le Sénat.

Le contraste entre la gravité mise en avant après les attentats, et le bazar mis en œuvre en vue d’un congrès mort-né, est effrayant pour le chef de l’État. Il y a perdu les plumes qu’il avait cru gagner, et le scalp est venu avec. Lui restait donc, pour au moins sauver la face, l’idée d’un remaniement.

Or voilà le « nouveau » gouvernement, et là encore la différence entre l’annonce et le résultat vient alourdir le cas du chef. L’événement majeur est le retour de Jean-Marc Ayrault, c’est-à-dire de l’homme qu’il avait renvoyé pour relancer son quinquennat. Des écologistes sont revenus, mais dans une telle ambiguïté qu’on se demande si cette nomination participe de la composition du gouvernement ou de la décomposition d’Europe Écologie-Les Verts. Pour le reste, notons que le seul média à saluer l’événement est la Dépêche du Midi, qui appartient à Jean-Michel Baylet, l’une des locomotives de la nouvelle équipe de choc ; on en éprouve des vapeurs !

À la sortie de ces deux séquences, le président est intervenu à la télévision. Son annonce majeure concerne un référendum de portée locale aux contours incertains et à la base juridique fragile. Mais sa déclaration la plus symptomatique intéresse son avenir personnel. À la question de savoir s’il se représenterait en 2017, il a réactualisé sa promesse des années précédentes. Il ira si le chômage baisse durablement. Autant dire, à quatorze mois du vote, mais à huit mois seulement du début réel de la campagne électorale, qu’il n’ira peut-être pas.

À moins qu’une crise économique majeure ne rebatte les cartes, et l’hypothèse n’est pas virtuelle, ce retrait potentiel aura deux conséquences. Premièrement, il va rogner encore les marges d’action du nouveau gouvernement et le réduire à la gestion des affaires courantes. Deuxièmement, il ouvre des perspectives de succession dans ce qui reste de majorité présidentielle. Ils sont nombreux sur la ligne de départ, de Valls à Macron, de Montebourg à Hamon, de Duflot à Ségolène Royal. La nature ayant horreur du vide, cette séquence les a déjà placés sous les ordres du starter.