Sarah El Haïry se braque face à la jeunesse

Par Antony Torzec et Benjamin Peyrel (Mediacités-Nantes)

D’après les informations de Mediacités, la secrétaire d’État à la jeunesse aurait été si mécontente de sa rencontre avec la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France (et de ses répercussions dans la presse) à Poitiers qu’elle a demandé aux services du ministère de lancer une inspection sur cette association reconnue d’utilité publique.

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Déjà épinglée pour le financement de sa campagne législative de 2017, la secrétaire d’État Sarah El Haïry affronte une nouvelle révélation encombrante. Le 22 octobre dernier, sa rencontre avec une centaine de jeunes, à l’invitation de la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France (FCSF), a tourné au « dialogue de sourds ».

L’ancienne députée Modem de Nantes devait discuter avec des lycéens venus de toute la France de la place des religions dans la société. Mais l’échange a rapidement tourné court, ainsi que l’a raconté l’hebdomadaire catholique La Vie, dans un long article publié le 30 octobre, mais largement partagé et commenté ces derniers jours sur les réseaux sociaux.

D’après les informations de Mediacités, confirmées par la fédération, Sarah El Haïry aurait été si mécontente de cette rencontre qu’elle a demandé aux services du ministère de lancer une inspection sur cette association reconnue d’utilité publique et créée en 1922, qui fédère près de 1 200 centres sociaux implantés partout en France.

Dans un communiqué publié jeudi 12 novembre en fin de matinée, la FCSF précise que l’inspection « a pour objet d’examiner les objectifs, des conditions d’organisation et d’encadrement du Réseau Jeunes et, plus largement, les conditions d’organisation et de fonctionnement de la FCSF ». Elle ajoute : « Forts de la solidité de notre approche, de nos valeurs et démarches d’éducation populaire, la FCSF aborde cette inspection avec sérénité. »

 © Capture d'écran de l'article de La Vie © Capture d'écran de l'article de La Vie

Une inspection qui ressemble à une sanction ? Il faut dire que la rencontre avait été particulièrement tendue. Face aux paroles « directes et sans filtres » des jeunes et leurs témoignages, la secrétaire d’État a semblé « fermée », « sur la défensive », rapporte le magazine. « Il faut aimer la police, car elle est là pour nous protéger au quotidien. Elle ne peut pas être raciste, car elle est républicaine ! », répond-elle quand on l’interroge sur les violences policières. « Je ne peux pas laisser dire ça ! […] Dans notre pays, c’est la liberté, l’égalité et la fraternité, en tout temps et en tout lieu. Notre jeunesse doit faire vibrer les valeurs républicaines partout », rétorque-t-elle lorsqu’une élève de seconde raconte avoir été prise à partie par un enseignant sur sa religion. Avant de partir « très énervée », arguant que la jeunesse présente « n’était pas “représentative” de la jeunesse française ».

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Au fil du reportage de l’hebdomadaire, le journaliste Laurent Grzybowski rapporte une scène témoignant de l’incommunicabilité entre les jeunes et Sarah El Haïry. Au cœur d’une rencontre tendue, cette dernière tente soudain de faire chanter l’hymne national à l’assemblée. « Une Marseillaise finalement peu reprise par le public et par les élus présents, écrit La Vie. “C’est quoi cette histoire de Marseillaise ?, s’emporte Carla, 15 ans. Quel rapport avec nos échanges ? La ministre a totalement minimisé les discriminations que nous subissons et au lieu de répondre à nos propositions s’est contentée de nous faire reprendre un chant chargé de violence. J’y vois une marque de mépris.” »

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