Affaire Pérol: l’extrême lenteur de la justice

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Le juge chargé d'étudier l'éventuelle «prise illégale d'intérêt» de l'ex-secrétaire général adjoint de l'Elysée, parti diriger la fusion des Caisses d'épargne et des Banques populaires, n'a toujours pas la faculté d'instruire.
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Le moins que l'on puisse dire, c'est que la justice avance avec une extrême lenteur dans l'affaire Pérol. Alors que l'ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée, François Pérol est visé depuis de longs mois par des plaintes pour « prise illégale d'intérêt », à la suite des conditions controversées de sa nomination par Nicolas Sarkozy à la présidence de BPCE (fusion des Caisses d'épargne et des Banques populaires), le juge qui est en charge du dossier, Roger Le Loire, n'a toujours pas la faculté d'instruire. Il doit pour cela attendre le feu vert de la Chambre de l'instruction. Mais selon nos informations, les échéances pourraient se rapprocher : la date de l'audience devrait être fixée sous environ deux semaines. Et la Chambre de l'instruction pourrait se prononcer au plus tard en mars.

Pour l'heure, en effet, la polémique de l'année 2009 sur les conditions du « pantouflage » de François Pérol est retombée. Et l'intéressé exerce, comme si de rien n'était, son métier de banquier à la tête de BPCE, comme s'il n'avait pas au-dessus de sa tête cette épée de Damoclès pénale. Mieux que cela ! Il a été promu par ses pairs président de la Fédération française bancaire (FBF), le très puissant lobby des banquiers privés, et parle en son nom. Alors qu'il a longtemps été le principal collaborateur du chef de l'Etat à l'Elysée et qu'il doit son poste à cette fonction qu'il a occupée au sein de l'Etat, on le voit même, depuis peu, mener la fronde contre... les intérêts de l'Etat, qu'il a dit servir les années précédentes.

Dans la bataille autour du Livret A et du financement du logement social, il est ainsi l'un de ceux qui mènent actuellement la bataille la plus véhémente contre la Caisse des dépôts et consignations (CDC), pour que le moins d'argent possible lui soit apporté et serve au financement du logement social. Au diable l'intérêt général ! François Pérol mène désormais tranquillement sa vie de banquier...

Et, comme par contraste, ce rôle que joue François Pérol à la tête de l'une des principales banques françaises, et ce combat qu'il conduit à la tête du lobby des grandes banques, peuvent surprendre, tant les conditions de sa nomination ont fait longtemps polémique. Cette controverse, les lecteurs de Mediapart la connaissent sans doute mieux que d'autres. C'est en effet notre journal qui a révélé, le 21 février 2009, que Nicolas Sarkozy entendait procéder à cette nomination controversée, et qui a mis au jour que cette nomination pourrait être contraire aux dispositions du code pénal, encadrant le pantouflage.

Par la suite, comme l'édito vidéo ci-dessous en date du 18 mars 2009 le rappelle, nous avons aussi mis au jour que la Commission de déontologie de la fonction publique n'avait pas été saisie du cas de François Pérol et que le chef d'Etat, qui avait publiquement assuré du contraire, avait en réalité commis un mensonge. Ce qui avait suscité l'émoi que l'on sait: pour une question «d'honneur», deux membres de cette commission avaient à l'époque démissionné.

Affaire Pérol: l'édito vidéo de Mediapart © Mediapart

Nous avons aussi raconté comment, quittant le ministère des finances à la fin de 2004, le même François Pérol avait été à l'époque autorisé par cette même commission de déontologie à devenir associé gérant de la banque Rothschild, mais à la condition qu'il n'ait pas à y traiter des dossiers dont il avait eu à connaître du temps où il était à Bercy. En date du 22 décembre 2004, la délibération de la commission était la suivante: «Un conseiller au cabinet du ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, précédemment chef du bureau "endettement international et assurance crédit" à la direction du Trésor, peut exercer une activité d'associé gérant au sein d'un département d'une banque d'affaires sous réserve qu'il s'abstienne de traiter toute affaire dont il a eu à connaître dans ses fonctions à la direction du Trésor et au cabinet du ministre, ainsi que de conseiller la direction du Trésor

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