Oscar Temaru veut être le candidat de la décolonisation

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Le leader indépendantiste polynésien est de passage dans l'Hexagone afin d'obtenir les parrainages d'élus de sensibilité nationaliste et régionaliste, en vue de l'élection présidentielle. Il ne cherche pas à être élu, mais plutôt à faire valoir « le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ».

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À qui s'adresse Oscar Temaru ? Après 40 ans de lutte indépendantiste en Polynésie française, l'inamovible maire de la commune de Faa'a (Tahiti) se présente pour la première fois à l'élection présidentielle française. « Je ne veux pas être élu, précise-t-il d'emblée. Même si on me proposait d'occuper cette fonction, je refuserais. Mon but est de rassembler la majorité des suffrages au scrutin de mai 2017… en Polynésie. Si c'est le cas, cela aura valeur de référendum sur l'indépendance de mon pays et je proclamerai dans la foulée une déclaration de souveraineté. »

Oscar Temaru, en 2015 © Saga70 - Wikimedia commons Oscar Temaru, en 2015 © Saga70 - Wikimedia commons

C'est le premier paradoxe de ce politicien au verbe haut et aux convictions bien ancrées : il se présente à l'élection française afin d'emporter le vote des habitants de son archipel. « Il faut savoir que notre système électoral ne nous permet pas de voter au suffrage universel direct pour notre dirigeant, justifie-t-il. Le président de Polynésie [la collectivité du Pacifique a un statut particulier et dispose d'une assemblée aux pouvoirs élargis – ndlr] est élu par les représentants choisis par le peuple. Le seul dirigeant élu au suffrage universel direct en Polynésie est donc bien le président de la République. »

« Une telle déclaration de souveraineté n'aurait pas de valeur juridique et constituerait avant toute chose un acte politique, relativise Léa Havard, docteur en droit public à l'Université de Bordeaux, spécialiste de la question juridique des « pays associés » à d'anciennes puissances coloniales. Du point de vue du droit international, pour que le processus de décolonisation soit valide, il faut que le peuple choisisse librement son avenir. Le référendum doit être organisé dans ce but spécifique. »

Oscar Temaru le sait bien, lui qui revendique le soutien, dans sa démarche présidentielle, des indépendantistes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), ses camarades de Nouvelle-Calédonie. En 2018, les Calédoniens seront consultés lors d'un référendum d'autodétermination. Ils sont bien plus avancés sur la voie de la souveraineté que les autres Français du Pacifique.

« Il y a de nombreux points communs entre les indépendantistes du FLNKS et ceux de Polynésie française, confirme Léa Havard. Mais du point de vue de l'État français, aucun référendum n'est prévu pour Papeete. Le processus de décolonisation n'est pas encore mis en place au niveau national. Voilà pourquoi les élus indépendantistes sollicitent régulièrement l'organe international le plus qualifié sur ces questions : les Nations unies. »

Ce sont ses victoires récentes à l'ONU qui permettent à Oscar Temaru de se présenter comme le candidat de la décolonisation. Dans le Pacifique, mais aussi dans l'Atlantique, aux Antilles ou encore en Métropole, le maire de Faa'a est vu comme celui qui a fait réinscrire la Polynésie sur la liste onusienne des pays à décoloniser. « En 2013, il a obtenu le soutien d'une majorité de pays de l'Assemblée générale des Nations unies, alors que personne ne l'attendait, se souvient Moetai Brotherson, politicien polynésien et bras-droit d'Oscar Temaru. Pour obtenir cette reconnaissance de l'ONU, il nous a fallu deux ans, rencontrer 200 ambassades et nous avons réussi, alors que l'État colonial français était contre nous. Voilà pourquoi nous ne craignons pas d'échouer aujourd'hui à rassembler nos 500 parrainages. »

Avant même l'arrivée d'Oscar Temaru en Métropole jeudi 10 février, Moetai Brotherson l'avait précédé de quelques jours afin de louer une voiture et de faire du porte-à-porte dans les mairies du sud de la France. « Le soutien des élus indépendantistes guadeloupéens, basques, bretons et corses nous est acquis. La somme de nos signatures frôle les 500, mais les derniers parrainages sont les plus difficiles à obtenir et, surtout, il nous faut les répartir sur 30 départements, selon les nouvelles règles de participation à l'élection présidentielle française : comme nos soutiens sont marqués idéologiquement sur certaines régions précises, c'est un problème. »

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