Outre-mer, les coûteuses opérations de l'Ecureuil

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Regroupées au sein d'Océor, les filiales des Caisses d'épargne de l'outre-mer ou à l'étranger ont connu des dysfonctionnements voisins de ceux de leur maison mère. Mediapart révèle ainsi un pré-rapport très sévère de la Commission bancaire, en 2007, sur la Banque de la Réunion, pointant de nombreux manquements aux dispositions réglementaires, y compris dans la prévention du blanchiment. Et il est aussi question de la Banque Tuniso-koweitienne...

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Dans notre promenade indiscrète à l'intérieur du groupe des Caisses d'épargne, pour tenter de cerner les raisons multiples de sa crise, il est une étape que nous n'avons pas encore faite, celle d'Océor, qui est l'une des plus importantes filiales de la banque. Elle regroupe une myriade de petits établissements financiers au Maghreb, aux Antilles et en de nombreux autres lieux. Etape instructive parce que cette filiale était l'un des prés carrés de l'ancien patron de l'Ecureuil, Charles Milhaud, et qu'elle a été le théâtre, elle aussi, de dysfonctionnements. La plus éclairante de ces illustrations en est sans doute la Banque de la Réunion, qui a fait en 2007 l'objet d'un rapport accablant de la Commission bancaire que Mediapart est en mesure de dévoiler dans sa mouture préliminaire.

 

Au sein du groupe des Caisses d'épargne, Océor a, de fait, toujours profité d'une attention très particulière du président du directoire, Charles Milhaud. Constituée d'une myriade de petites banques de très faible rentabilité et souvent même en pertes, issues pour la plupart de la quasi-faillite de l'ex-Crédit lyonnais, de la Banque des Antilles françaises (qui compte vingt et une agences en Guadeloupe, Martinique, à Saint-Martin, Saint-Barthélemy et en Guyane), jusqu'à la Banque de la Réunion, en passant par la Banque de Tahiti, la Banque de Nouvelle-Calédonie, la Caisse d'épargne de Nouvelle-Calédonie, la Banque des Îles, le Crédit Saint-Pierrais, la Banque des Mascareignes, la filiale s'est au fil des ans renforcée par une politique active d'acquisitions : la Banque BCP, au Luxembourg, le Crédit Immobilier Hôtelier, la Banque Tuniso-koweitienne en Tunisie, Fransabank au Liban, etc. Et, en de nombreux cas, c'est Charles Milhaud en personne qui présidait régulièrement les conseils de surveillance de nombre de ces établissements, ce qui l'amenait fréquemment à faire le tour du monde.

 

De cet attachement de Charles Milhaud à Océor, il y a d'ailleurs eu une preuve publique – qui a aussi été un indice de la forte indulgence de l'Elysée à l'égard de l'intéressé : quand la banque a perdu à la mi-octobre 2008 ces fameux 751 millions d'euros dans la spéculation que nous avons analysée, le patron des Caisses d'épargne a été évincé de son poste. Mais pas totalement. Comme l'avait à l'époque révélé Mediapart, Charles Milhaud avait discrètement profité d'un très confortable parachute exotique : sur pression de l'Elysée, il avait obtenu de garder la présidence du conseil de surveillance d'Océor, poste qu'il a donc occupé jusqu'en juillet 2009. Et il est toujours actuellement président du conseil d'administration de la Banque Tuniso-koweitienne.

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Avant de publier cette enquête, Mediapart a cherché à recueillir le plus grand nombre de témoignages possibles, issus des Caisses d'épargne, des Banques populaires, de l'ensemble fusionné désormais baptisé BPCE, de Natixis, du ministère des finances ou de la Commission bancaire. Beaucoup ont accepté de nous parler, mais sous le sceau de la plus grande confidentialité.

 

A tous ceux qui ont joué un rôle de premier plan dans cette histoire et qui sont nommément cités dans notre récit, nous avons par ailleurs demandé leur version des faits ou leur réaction, en leur disant que nous souhaiterions nous en faire l'écho, sous la forme de leur choix : citation dans ce récit ; entretien en bonne et due forme, sous forme écrite, sonore ou vidéo...

 

De l'ancienne direction des Caisses d'épargne, nous n'avons obtenu aucune réponse : ni Charles Milhaud, ancien président du directoire, ni Nicolas Mérindol, ancien directeur général, n'ont souhaité répondre à nos questions. Nous leur avions fait savoir par mail les grands thèmes de cette enquête.

 

Nous avons aussi fait savoir à François Pérol, que Nicolas Sarkozy a chargé de piloter la fusion des Caisses d'épargne et des Banques populaires, que nous souhaitions lui donner la parole, sous la forme qui aurait sa préférence. Mais il n'a pas donné suite à notre demande. L'attaché de presse du groupe BPCE, Yves Messarovitch, m'a répondu par téléphone, jeudi 5 novembre, qu'il reviendrait vers moi pour me dire la suite qui serait donnée à mes questions. Mais depuis, il ne s'est pas de nouveau manifesté.

 

Il m'a semblé aussi utile de recueillir le témoignage d'Alain Lemaire, qui est l'un des rares traits d'union entre l'ancienne direction de la banque et la nouvelle : membre du directoire sous Charles Milhaud, il est devenu le numéro deux de la banque après l'éviction de ce dernier et est maintenant le directeur général des Caisses d'épargne, depuis la prise de pouvoir de François Pérol. L'intéressé a renvoyé à plus tard un éventuel rendez-vous.

 

Nous avons aussi voulu recueillir le point de vue de Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et patron de la Commission bancaire. Ce dernier n'a pas voulu s'exprimer. Il nous a fait savoir que la Commission ne s'exprimait jamais sur une banque en particulier.

 

Nous devons enfin préciser que les documents confidentiels à télécharger dans cet article ont été corrigés de mentions marginales, et « scannés » par nos soins de sorte que leur origine ne soit pas identifiable et que l'onglet « propriétés » du document initial ne soit plus accessible. Enfin, certains documents enregistrés aux Caisses d'épargne sous le format « word » ont été transformés par nos soins en « PDF », dans le même souci que la source ne soit pas identifiable.