Affaire Cahuzac: les non-réponses du ministre

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Depuis dix jours, Jérôme Cahuzac ne répond pas ou entretient un épais brouillard sur plusieurs éléments clés liés au compte suisse qu'il a possédé jusqu'en février 2010. Explications en cinq questions.

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Le spin doctor Stéphane Fouks et son équipe de communicants de Havas Worlwide/EuroRSCG ont-ils une fois de plus foncé tête baissée dans le mur ? Appelés à la rescousse du ministre du budget dès la veille de la publication de notre premier article sur le compte suisse non déclaré de Jérôme Cahuzac, la bruyante communication de crise qu’ils ont aussitôt déployée est en train de se retourner contre les intérêts mêmes du ministre (retrouvez tous nos articles dans Notre dossier: le compte Cahuzac).

Informé dès le lundi 3 décembre, lorsque Mediapart envoyait par mail cinq questions (à lire ici) au ministre du budget en lui demandant également un rendez-vous, Stéphane Fouks allait organiser la riposte. Mais depuis, les démentis répétés et virulents de Jérôme Cahuzac l’ont conduit à faire des déclarations, orales ou écrites, qui ouvrent la porte à de nouvelles interrogations. Surtout, elles ne répondent en rien aux différents faits que nous avons produits sur son compte suisse, sur son gestionnaire de fortune, sur ses affaires. Dix jours après nos premières révélations, la ligne de défense du ministre apparaît imprécise et floue, quand elle ne met pas en évidence quelques dangereuses contradictions.

À ce stade, les interrogations, les invraisemblances et les silences du ministre se concentrent sur cinq points.

1. L’alerte de l’administration fiscale en 2008

Lors de notre rencontre mardi 4 décembre au matin, avant publication de notre premier article, M. Cahuzac avait nié catégoriquement l’existence de tout rapport ou note alertant l’administration fiscale de son cas. Le lendemain matin, interrogé sur RTL, il devait pourtant reconnaître qu'un rapport rédigé en 2008 par l’agent du fisc Rémy Garnier existait bel et bien. Il en fournissait même une copie au journaliste Jean-Michel Aphatie, puis s’employait avec vigueur à lui dénier toute crédibilité, insistant sur la personnalité de son auteur et sur les erreurs factuelles contenues dans ce rapport.

Jérôme Cahuzac : "Ce qu'a écrit Mediapart est factuellement inexact" © rtl.fr

Depuis, les multiples déclarations faites par Rémy Garnier permettent de faire la part des choses. L’agent du fisc a toujours expliqué avec constance que ses recherches n’avaient pas permis de « confirmer ou d’infirmer » l’existence d’un compte suisse que lui avaient signalé « plusieurs sources extérieures à l’administration fiscale ». De même, il a reconnu que des erreurs sur le patrimoine de l’actuel ministre avaient été commises faute de moyens d’enquête. Mais l’agent du fisc a par ailleurs souligné un autre passage de son rapport qui fait état d’« anomalies » dans les déclarations fiscales de M. Cahuzac.

« Dans le dossier fiscal de Jérôme Cahuzac, j’ai noté des anomalies apparentes et chiffrées, a-t-il expliqué dans Le Parisien. Des revenus omis. Une déduction fiscale d’un montant important puisque, même si cela ne représentait pas grand-chose pour quelqu’un comme Cahuzac, elle représentait le salaire annuel d’un ouvrier. Il manquait aussi des justificatifs. Je ne comprends pas que le fisc ne demande rien à un tel contribuable sous prétexte qu’il est député. »

Pourquoi sa demande d’enquête sur la situation fiscale de M. Cahuzac a-t-elle été rejetée ? Pourquoi cette demande a-t-elle entraîné une « placardisation » de l’agent suivie d’années de conflit dont la conclusion a été la révocation de Rémy Garnier, révocation signée en 2008 par Éric Woerth, alors ministre du budget, mais finalement cassée. Pourquoi Éric Woerth a-t-il été l’un des premiers à soutenir M. Cahuzac ?

L’entreprise de démolition en règle de M. Garnier et de son rapport a donc partiellement échoué. Ses interrogations restent plus que légitimes et nécessitent des réponses. De plus, deux nouveaux fronts se sont ouverts pour le ministre : celui de la sincérité de ses déclarations fiscales ; celui de ses relations avec Éric Woerth.

2. L’enregistrement de la conversation de 2000

Le deuxième point qui fragilise la défense du ministre est son absence de démenti clair quant à l’enregistrement que nous avons mis en ligne d’une conversation de M. Cahuzac, fin 2000, dans laquelle il reconnaît l’existence d’un compte à l’UBS et s’inquiète des possibilités de fermeture de ce compte à Genève. Nous avons expliqué que nous nous sommes assurés de l’authenticité de cet enregistrement et du fait qu’il s’agit bien d’une conversation entre Jérôme Cahuzac et son chargé d’affaires (notre article ici).

Or l’actuel ministre n’a à ce jour produit aucun démenti explicite portant sur cet enregistrement, son authenticité, les interlocuteurs de la conversation et son contenu. Il a seulement répliqué par communiqué qu’« aucun des prétendus éléments matériels dont Mediapart croit disposer ne sont convaincants, ne m'impressionnent ni ne peuvent ébranler ma détermination ». Or ces éléments sont évidemment probants pour quiconque prend soin d’écouter attentivement cet enregistrement, certes de qualité médiocre. Nous disposons par ailleurs de plusieurs informations sur les circonstances dans lesquelles il a été réalisé et la personne qui le détient.

M. Cahuzac ne connaissait pas l’existence d’un tel enregistrement, c’est du moins ce qu’il a expliqué le 5 décembre sur RTL, peu avant que nous le mettions en ligne. Son incapacité, aujourd’hui, à le démentir le place dans une position délicate.

 

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