Nouveaux soutiens en défense de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes

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Une vingtaine d’associations, syndicats et partis politiques s’engagent publiquement en faveur d’un maintien de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en cas d’abandon du projet d’aéroport. La décision du gouvernement est attendue d’un jour à l’autre.

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Pour la première fois, une vingtaine d’associations, syndicats et partis politiques s’engagent publiquement en faveur d’un maintien de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en cas d’abandon du projet d’aéroport, dans une tribune publiée par Mediapart et Reporterre. Alors que la décision du gouvernement est attendue d’un jour à l’autre et qu’Édouard Philippe multiplie les rencontres avec les élus locaux, ce texte est l’occasion pour des organisations de la société civile de faire entendre leur voix.

La grande majorité des maires, députés et sénateurs reçus à Matignon depuis dix jours est favorable à la construction d’une nouvelle aérogare dans le bocage de la périphérie nantaise, et à l’évacuation sans délai des 1 650 hectares occupés depuis près de dix ans pour bloquer le projet. À l’inverse, les signataires de la tribune s’opposent au projet d’aéroport et à l’expulsion « de celles et ceux qui auront su prendre soin de ce territoire ». Pour Greenpeace, 350.org, Agir pour l’environnement, les Amis de la Terre, Alternatiba, Attac, la Confédération paysanne, Droit au logement, EELV, Ensemble et Solidaires, parmi d’autres signataires, « il est […] impensable de laisser le gouvernement mettre fin brutalement à l’expérience singulière qui s’est construite à Notre-Dame-des-Landes ».

Ces associations et partis, à la fois redoutent le déferlement de violences que risque d’entraîner une évacuation de force de la zone, et défendent en soi l’expérimentation sociale à ciel ouvert qui se déroule sur les hectares occupés par le mouvement anti-aéroport. « Dans un monde miné par l’individualisme, le gaspillage des ressources naturelles, les crises sociales et environnementales, le bocage de Notre-Dame-des-Landes doit rester une terre d’inspiration et d’espoir, nourrie par l’idée des biens communs, les solidarités et le soin du vivant », écrivent-ils.

Les signataires soutiennent plus largement les « Six Points sur l’avenir de la ZAD » (à lire ici en entier), un texte commun au mouvement anti-aéroport qui formule des demandes en cas d’abandon du chantier : que les paysan·ne·s et habitant·e·s exproprié·e·s recouvrent leurs droits, que toutes celles et ceux venu·e·s vivre sur la ZAD puissent y rester, qu’une entité issue du mouvement prenne en charge à long terme les terres, que les hectares sauvegardés profitent à de nouvelles installations et non à l’agrandissement d’exploitations existantes. Et que soient protégés les patrimoines naturels et agricoles de la zone.

Pour Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, « il existe aujourd’hui une occasion historique de mettre fin à ce projet du passé. Il est important d’en sortir collectivement par le haut et de soutenir ce texte contre la fin des modes de vie alternatifs qui se passent sur la ZAD, alors que nous sommes en plein questionnement sur la transition écologique et climatique ». En 2012, l’ONG avait déployé une banderole de 250 m2 sur la Pyramide du Louvre : « Aéroport Notre-Dame-des-Landes, sa place est au musée. » Mais elle ne s’était pas encore publiquement engagée pour le maintien de la ZAD. Président des Amis de la Terre, Florent Compain explique : « Nous soutenons une sortie non-violente du conflit. Cette tribune est une ouverture au dialogue. Pour un gouvernement qui dit mettre en avant la société civile, dire que l’avenir de la ZAD doit être discuté avec les parties prenantes serait cohérent. » De son côté, l’Union syndicale Solidaires soutient la ZAD car « elle montre que d’autres choix de vie sont possibles, à l’encontre de ce qui se passe aujourd’hui dans la société », explique l’animateur de sa commission écologie, Didier Aubé. « Le choix de l’autogestion, qui va à l’encontre du système capitaliste, est tout à fait possible. Cela crée des emplois, et cela permet à des jeunes de s’installer. »

Pour Maxime Combes, économiste et militant à Attac : « Dans une période de graves dysfonctionnements climatiques et de perte de la biodiversité, on doit soutenir les initiatives qui ne sont pas dans le quotidien de cette vie économique et sociale qui empêche d’ouvrir des pistes nouvelles. » Le mouvement milite contre l’aéroport depuis plusieurs années et avait critiqué en 2013 les mesures compensatoires aux destructions d’espèces végétales et animales du projet, largement insuffisantes. « Ce texte rouvre la donne et ouvre des perspectives collectives de discussions sur l’avenir de la ZAD. Alors que le discours contre l’aéroport gagne du terrain, il serait incompréhensible qu’on envoie 2 500 policiers et gendarmes pour évacuer des maisons et des terrains dont on ne sait plus bien à qui ils appartiennent. » Cet argument est repris à son compte par Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au logement : « Nous sommes contre l’expulsion sur la ZAD. La trêve hivernale n’est pas terminée. Et il y a des vices de procédure dans les ordonnances sur requête d’expulsion. Elles ne respectent pas le droit à la défense des habitant·e·s. »

De Greenpeace, ONG antinucléaire, à 350.org qui milite pour le désinvestissement des énergies fossiles ; d’Attac et de la Confédération paysanne, acteurs historiques de la lutte contre l’aéroport, à Alternatiba et ANV-COP21, qui s’en étaient désolidarisés après les heurts et la casse commise à Nantes lors d’une manifestation en février 2014 ; en passant par EELV, Ensemble ! et le Parti de gauche, alors que les partis politiques sont rejetés par principe par une partie des zadistes, la liste des signataires est particulièrement large. Elle témoigne ainsi d’une nouvelle motivation de ces organisations à agir ensemble en défense de la ZAD.

Elles soutiennent l’appel du mouvement contre l’aéroport à un rassemblement sur la ZAD le 10 février.

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