Nicolas Sarkozy sur le patron de la DCRI : «Il nous est fidèle, lui ?»

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Une taupe à la DCRI

Le 24 juin, à 18h39, les enquêteurs surprennent une nouvelle conversation entre Sarkozy et son directeur de cabinet. Les deux hommes s’inquiètent du fait que le patron de la DCRI ne les ait toujours pas rappelés pour leur livrer plus d’informations sur Missouri. « Il est très respectueux, mais embêté », observe durant cette conversation Nicolas Sarkozy à l’endroit de Patrick Calvar. Puis l'ex-président lâche à son directeur de cabinet cette phrase révélatrice de l'emprise qu'il pense avoir sur l'appareil d'État même s'il n'est plus en fonctions : « Mais il nous est fidèle, lui ? » Michel Gaudin croit savoir que oui. Patrick Calvar est réputé pour être un ami de son prédécesseur à la DCRI, le très sarkozyste Bernard Squarcini.

Le même jour, à 19h08, nouveau coup de fil entre l’ancien président français et son dircab’. L’inquiétude est palpable chez Sarkozy : « Ce n’est pas bon signe quand même pour lui [Patrick Calvar – ndlr] de ne pas nous avoir rappelés. » Michel Gaudin dit à son patron qu’il a eu de nouveau son informateur d’EADS. Le collaborateur de Sarkozy précise au téléphone que Bohn « a rendez-vous avec notre homme à 11h30 ». De qui s’agit-il ? Mystère.

Cette succession d’écoutes judiciaires a provoqué, le 28 mars, l’audition comme témoin du patron de la DCRI par les juges Tournaire et Grouman, comme l’a déjà rapporté Le Monde. Interrogé sur sa « fidélité » au clan Sarkozy, Patrick Calvar a répondu, d’après les éléments recueillis par Mediapart, qu’il n’était fidèle qu’à une seule personne : « la République ». Quant aux éventuelles enquêtes de son service sur le diplomate libyen Moftah Missouri, le maître-espion n’a pas répondu, opposant le « secret défense » au magistrat.

Plus intéressant, il apparaît que les juges et les policiers ont depuis plusieurs semaines dans leur collimateur un agent actuellement en poste à la DCRI, Tristan H. — une récente loi interdit aux médias de révéler l’identité d’agents du renseignement au nom de la sécurité nationale.

Les enquêteurs s’interrogent sur l’activisme en faveur du clan Sarkozy de ce sous-lieutenant affecté au suivi des affaires libyennes, au point que le directeur de la DCRI a été interrogé à son sujet durant son audition par les juges. Patrick Calvar, qui n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien, a dit qu’il ne le connaissait pas, alors qu’il s’agit bien de l’un de ses agents. Tristan H. serait-il « notre homme » dont parle le directeur de cabinet de Sarkozy dans une écoute ? Impossible de l’affirmer avec certitude pour le moment.

Moftah Missouri (au centre), avec Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi, à Tripoli © Reuters Moftah Missouri (au centre), avec Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi, à Tripoli © Reuters

Mais ces nouvelles découvertes sur l’importance du réseau d’informateurs de la Sarkozie, toujours actifs dans l’appareil d’État, ne laissent pas d’interroger sur le niveau de compromission dans la haute administration au profit d’un clan politique.

L’enquête des juges Tournaire et Grouman a en effet déjà permis de mettre en lumière les agissements d’un ancien directeur de la police judiciaire parisienne, Christian Flaesch, surpris dans une écoute téléphonique de novembre 2013 en train de préparer l’ancien ministre Brice Hortefeux à une audition judiciaire en lien avec le dossier libyen. Le policier, qui est allé jusqu’à souffler quel type de questions allaient lui être posées et quel document apporter pour assurer ses arrières, fut limogé sur-le-champ sitôt l’information rendue publique.

D’autres écoutes, réalisées début 2014 sur un téléphone portable de Nicolas Sarkozy acheté sous un nom d’emprunt — le désormais célèbre “Paul Bismuth” —, avaient montré que l’ancien président et son avocat, Me Thierry Herzog, s’étaient inquiétés le 1er février d’une éventuelle perquisition judiciaire, toujours en lien avec le dossier libyen.

Dans cette écoute, dont Mediapart a déjà fait état, l’ancien président demandait à son avocat « de prendre contact avec nos amis pour qu’ils soient attentifs ». « On ne sait jamais », ajoutait Nicolas Sarkozy. Son avocat précisa qu’il allait « appeler (son) correspondant ce matin (…) parce qu’ils sont obligés de passer par lui ». Vu la sensibilité de la manœuvre, Nicolas Sarkozy s’était montré inquiet quant à la façon de consulter la source. Thierry Herzog le rassura, lui indiquant qu’il a « un discours avec lui qui est prêt », c’est-à-dire un message codé pour communiquer. « Il comprend tout de suite de quoi on parle. »

Ce même jeu d’écoutes avait également permis de mettre au jour la proximité du couple Sarkozy/Herzog avec un haut magistrat de la Cour de cassation, Gilbert Azibert. Il est apparu à la lecture des interceptions téléphoniques que le magistrat rencardait l’avocat de l’ancien président en marge de l’affaire Bettencourt et aurait tenté d’influer, moyennant un soutien pour une nomination à Monaco, sur une décision de la cour portant sur la restitution (ou non) des agendas présidentiels de Nicolas Sarkozy. Saisis dans le cadre de l’affaire Bettencourt, ces agendas étaient susceptibles en effet d’intéresser d’autres enquêtes visant Nicolas Sarkozy, comme l’affaire des financements libyens. Ces dernières écoutes ont débouché sur l’ouverture d’une information judiciaire pour « trafic d’influence » visant les trois hommes.

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