A Bordeaux, la justice fait des acrobaties pour épargner le député UMP

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Depuis quelques semaines, une banale histoire de diffamation à Bordeaux est en train de prendre les allures d'une affaire politico-judiciaire. Le député UMP Jean-Paul Garraud, par ailleurs ancien magistrat et proche de la garde des Sceaux, Rachida Dati, est au cœur d'un imbroglio judiciaire où l'on voit un procureur de la République multiplier les procédures les plus saugrenues en sa faveur. Ce qui pourrait lui éviter une condamnation définitive pour diffamation publique. Récit.
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Le tribunal de grande instance de Bordeaux connaît ces jours-ci une singulière agitation. Depuis quelques semaines, une banale histoire de diffamation est en train de prendre les contours d'une affaire politico-judiciaire qui donne des sueurs froides à la justice. Comme si une souris était en train d'accoucher d'une montagne, où l'on voit un procureur de la République multiplier les procédures les plus saugrenues en faveur d'un ancien collègue et actuel élu de la majorité mis en difficulté devant les tribunaux.

 

L'histoire a ceci de particulier que le principal mis en cause est député UMP, membre de la commission des lois, ancien directeur-adjoint de l'Ecole nationale de magistrature (ENM) de... Bordeaux, ancien juge suppléant à la Cour de justice de la République et, plus personnellement, réputé proche de l'actuelle ministre de la justice, Rachida Dati.

 

 

L'homme en question, c'est Jean-Paul Garraud (photo). Un poids lourd de la vie politique girondine et spécialiste à l'UMP des questions de justice, connu pour ses points de vue conservateurs (voir dans l'onglet Prolonger).

 

En décembre 2007, l'élu s'en était pris sur son blog à une inspectrice du travail de sa région. Dans un billet, il accusait celle-ci de partialité et d'«acharnement» commis à l'encontre du directeur d'une imprimerie de la ville de Libourne (Gironde), localité dont M.Garraud est le député depuis 2002.

 

Les accusations du parlementaire avaient également été reproduites dans le quotidien local Sud-Ouest.

 

La fonctionnaire mise en cause, Claudine Baudry, a décidé en début d'année de porter l'affaire en justice. Son avocat, Me Dominique Delthil, a alors provoqué ce que le jargon judiciaire appelle une «dénonce à parquet». Celle-ci visait le député Garraud et le directeur de la publication de Sud-Ouest, appelés à comparaître le 16 mai dernier devant le tribunal correctionnel.

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Ce type d'article n'est jamais simple à rédiger. Parce qu'on se dit que ce genre d'affaire, complexe dans sa forme, va difficilement intéresser le lecteur a priori. Il faut donc simplifier le récit, sans caricaturer l'histoire. Vulgariser, en somme. Cette affaire m'a intéressé dès que des magistrats, outrés par ce qui se passe à Bordeaux, m'ont alerté, parce que c'est une petite histoire qui raconte, à mon sens, un grand dysfonctionnement. Où l'on voit un parquet se mettre en quatre pour retarder – voire éviter – une condamnation à un homme politique de la majorité, ancien magistrat et proche de la ministre en place. Tous les justiciables de France ne jouissent pas d'une telle attention.

 

L'article a été actualisé mardi 15 juillet, à 16h30, quelques heures après sa première publication, avec la réaction du député Jean-Paul Garraud, qui a finalement donné suite à nos sollicitations. Voir en page 4.