La droite soutient «La Manif pour tous» du bout des lèvres

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Dimanche 16 octobre, « La Manif pour tous » est descendue dans la rue pour ramener sa vision de la famille au cœur des débats. Contrainte par l’échéance de la primaire, la droite a affiché un soutien plus que discret à ce mouvement qui n’en finit pas de se radicaliser.

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Qu’il semble loin le temps où les ténors de la droite défilaient tous ensemble sous les couleurs roses et bleues de « La Manif pour tous ». Il y a trois ans, Laurent Wauquiez, Brice Hortefeux, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Christian Jacob et nombre de leurs collègues de l’UMP (devenue depuis LR) goûtaient aux joies de la rue et des cortèges de manifestants. Réunis derrière une banderole « Tous gardiens du code civil ! », ils battaient le pavé pour la première fois de leur existence, aux côtés d’élus du Front national, comme Marion Maréchal-Le Pen ou Gilbert Collard, sans que cette alliance de circonstance n’émeuve personne.

Cortège d’élus UMP (ex-LR) à « La Manif pour tous » du 13 janvier 2013, à Paris. © Reuters Cortège d’élus UMP (ex-LR) à « La Manif pour tous » du 13 janvier 2013, à Paris. © Reuters

À l’époque, la droite et l’extrême droite françaises protestaient d’une seule et même voix contre la loi Taubira ouvrant le mariage aux couples de même sexe. Ensemble, les deux partis attaquaient le gouvernement socialiste qui avait décidé, à les entendre, de « casser la famille », l’un des piliers de leurs valeurs communes, sur lequel ils ne transigeraient pas. À l’Assemblée nationale, le 23 avril 2013, une écrasante majorité d’élus de l’opposition votait contre le texte défendu par la garde des Sceaux. Seuls six députés UMP s’exprimaient en faveur de ce dernier, cinq autres choisissaient de s’abstenir.

Parmi eux, deux des sept candidats à la primaire de la droite et du centre : Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet. Sans surprise, les deux anciens ministres ne sont donc pas venus grossir les rangs de la nouvelle « Manif pour tous », organisée ce dimanche 16 octobre, à Paris – et qui a réuni 24 000 personnes selon la préfecture de police, 200 000 selon les organisateurs. Les autres ambitieux de 2017 – Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé, Alain Juppé et François Fillon – n’étaient guère plus présents. Hormis Jean-Frédéric Poisson du Parti chrétien démocrate de Christine Boutin (PCD), tous avaient trouvé une bonne raison pour sécher le rendez-vous. Même le président par intérim de LR, Laurent Wauquiez, qui était pourtant des premières manifestations, a cette fois-ci préféré passer son tour, « ne se sentant pas le droit d’engager le parti », comme l’affirme son entourage à Marianne.

« La conviction est dans la constance », ironisait Hervé Mariton, deux jours avant le rassemblement, quand on lui faisait remarquer que peu d’élus LR défileraient à ses côtés dimanche. Figure de proue de la contestation anti-mariage pour tous, le député fait partie des rares, rue de Vaugirard, à continuer de réclamer l’abrogation de la loi Taubira. Ce qui ne l’empêche pas – comme son collègue Philippe Gosselin, autre défenseur du slogan « un papa, une maman » – de soutenir Alain Juppé à la primaire, pourtant contre cette idée. Un choix d’autant plus étonnant que le maire de Bordeaux s’est également prononcé dès 2014, dans Les Inrocks, en faveur de l’adoption par les couples de même sexe.

« Nous nous retrouvons sur beaucoup d’autres sujets, assure le député de la Drôme à Mediapart. Alain Juppé considère que la famille est un sujet important. Je travaille d’ailleurs à des propositions concrètes pour enrichir son projet. » Et l’élu de citer ses plus fortes inquiétudes en la matière : la gestation pour autrui (GPA) et la procréation médicalement assistée (PMA) – pourtant clairement écartées par le gouvernement socialiste –, mais aussi la prétendue « idéologie du genre », qui a, selon lui, cours « au sein même du système éducatif ».

Hervé Mariton. © Reuters Hervé Mariton. © Reuters

Si la présidente de « La Manif pour tous », Ludovine de La Rochère, affirme que le mouvement « rassemble très largement, un collectif large, plus large que jamais », on ne peut pas franchement dire qu’il mobilise encore les ténors de la droite. Quelques jours avant la manifestation du 16 octobre, ils étaient en effet peu nombreux à dire qu’ils participeraient au cortège. Dimanche, à peine a-t-on pu apercevoir les sarkozystes Claude Goasguen, Philippe Goujon et Guillaume Peltier, le député de Corse Camille de Rocca Serra, soutien de François Fillon, ou encore le désormais très solitaire Henri Guaino.

« On peut avoir été contre la loi Taubira, on peut encore être contre la loi Taubira et ne pas être homophobe, s’est justifiée Valérie Pécresse, lors d’une séance plénière du conseil régional d’Ile-de-France. J’ai été contre la loi Taubira. […] Mais je suis la première à reconnaître qu’il n’est plus humainement possible, qu’il n’est pas possible de revenir sur cette loi. C’est ma position personnelle. Je ne manifesterai pas ce week-end. » Pour autant, la présidente de la région Île-de-France a pris soin de donner des gages au mouvement, notamment en plaçant à la tête de la commission famille de la collectivité Caroline Carmantrand, cofondatrice du mouvement « Les mères veilleuses ».

Dimanche, cette dernière a défilé aux côtés du collectif Sens commun, dont elle est membre. Cette émanation politique de « La Manif pour tous », rattachée à LR dès sa création en avril 2014, revendique 280 élus sur tout le territoire. C’est à travers elle que les ténors de la droite continuent de choyer l’électorat catholique et ultraconservateur, qu’ils craignent de voir partir définitivement à l’extrême droite. Pour s’attirer les bonnes grâces de ce collectif, Nicolas Sarkozy, alors patron de l’opposition, a même offert à ses représentants des places dans l’organigramme de LR et des investitures pour les législatives de 2017. En vain.

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Mise à jour : Cet article a été amendé dans la soirée de dimanche, après la manifestation.