Municipales : l’air frais venu du Havre

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Face au maire UMP Édouard Philippe (44 ans), la gauche présente deux candidats aux profils inédits : une communiste de 45 ans, Nathalie Nail, qui entend renouer avec l’histoire rouge de la ville, et un ancien président d’université noir de 49 ans, Camille Galap, vainqueur inattendu d’une primaire ouverte socialiste.

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La “politique autrement” existerait, on l'a peut-être rencontrée. Au Havre, le scrutin municipal offre aux électeurs de cette sous-préfecture de Seine-Maritime de quoi ne pas bouder les urnes, elle qui a été marquée quarante ans durant par un duel entre communistes et gaullistes héritiers de la Résistance, le chiraquien Antoine Rufenacht succédant en 1995 au PCF André Duroméa, élu en 1971.

Aujourd’hui, les principaux postulants à la mairie sont trois sémillants quadras. Face au jeune maire UMP Édouard Philippe (44 ans), proche d’Alain Juppé, qui a succédé au baron chiraquien Antoine Rufenacht, la gauche présente deux candidats aux profils inédits : une communiste de 45 ans, Nathalie Nail qui entend renouer avec l’histoire rouge de la ville, et un ancien président d’université noir de 49 ans, Camille Galap, vainqueur surprise d’une primaire ouverte socialiste et qui espère créer la surprise.

 

L'hôtel de ville du Havre © S.A L'hôtel de ville du Havre © S.A

 

Tous sont désireux d’écrire une nouvelle page de l’histoire tourmentée de cette ville rasée pendant la Seconde Guerre mondiale, reconstruite, avant de s’étendre dans les années 1950-60, annexant de petites villes voisines. Se divisant entre huit quartiers bas et hauts, mal reliés entre eux et à l’identité bien affirmée, Le Havre doit composer depuis une trentaine d’années avec les restructurations industrielles de l’économie portuaire et automobile, et perd sans cesse des habitants (aujourd’hui, ils sont 175 000, dont un peu plus de 110 000 électeurs inscrits).

Malgré les tentatives de rénovation urbaine et de dynamisation économique de la municipalité de droite de ces dernières années, la fracture reste forte entre centre-ville, quartiers périphériques bourgeois et quartiers populaires en décrépitude. Si l’embellie récente du centre-ville côté port ou l’instauration d’un tramway allant jusqu’à la plage sont saluées par ses opposants, ceux-ci ne manquent pas de rappeler dans le même temps que 22 % de Havrais vivent en dessous du seuil de pauvreté, et que la ville compte 13 % de chômage.

Dans une ville qui penche encore majoritairement à gauche – elle a voté à 58,6 % pour Hollande au second tour de la présidentielle de 2012 –, le jeu politique local a l’indéniable mérite de la clarté politique. Ici, pas de dissidences, de débauchage d’élus sortants sur des listes concurrentes ou de débat uniquement centré sur la propreté. Si les trois candidats cèdent à la logique municipaliste de ne pas afficher clairement leur étiquette et ne convient aucun soutien de figures nationales de leurs organisations, au nom de leur sens de « l’intérêt général allant au-delà des partis », tous assurent « ne pas mettre (leur) drapeau dans la poche sur le terrain ».

De fait, ils incarnent chacun trois lignes bien distinctes, quant à leur vision de la gestion municipale, et contribuent ensemble à repolitiser un scrutin d’habitude souvent déconnecté des clivages profonds gauche/droite. Panorama de trois candidats un brin atypiques dans leurs partis (un UMP juppéiste très modéré, une communiste n’arborant pas le logo Front de gauche, un socialiste contournant l’appareil fabiusien local), qui font des municipales du Havre une vraie bataille électorale de fond, et donnent un visage attractif de la rénovation en politique.

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J'étais en reportage au Havre les 6 et 7 mars. Outre un suivi en leur compagnie d'actions de campagne, chacun des trois candidats m'a accordé une grosse heure d'entretien.