Acte XVIII: dans toute la France, des convergences entre «gilets jaunes» et manifestants pour le climat

L’acte XVIII de la mobilisation des « gilets jaunes » a été marqué en région par de nombreuses manifestations communes avec la « Marche du siècle » pour le climat. À Lyon, Caen, Montpellier ou Bordeaux, les deux mouvements se sont rapprochés.

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Le « grand débat » national s’achève, mais l’apaisement n’est pas pour demain. Alors que le président de la République « s’offrait » ce week-end une « pause » à la station de ski de La Mongie, dans les Hautes-Pyrénées, « pour se ressourcer (il a annoncé son retour à l'Élysée en fin de journée), la mobilisation des « gilets jaunes » s’est poursuivie dans toute la France, ce samedi 16 mars, avec plus de vigueur. Au-delà des incidents parisiens, cette journée a montré combien les mécontentements, parfois éloignés ou opposés, peuvent se rejoindre dans le rejet de la politique gouvernementale.

Alors que les chiffres disponibles montrent que les participants au « grand débat » sont majoritairement âgés, aisés et urbains et que l’on ignore encore la forme que prendra sa restitution, une grande partie de ceux qui refusent la politique du gouvernement ont préféré poursuivre la mobilisation dans les rues. À 14 heures, le ministère de l’intérieur estimait à 14 500 le nombre de manifestants, soit 7 500 de plus que la semaine passée à la même heure. Mais ce chiffre est avant tout parisien, puisque les manifestations commençaient surtout l’après-midi en région. Du reste, sur ces 14 500 manifestants, on en décomptait 10 000 à Paris, où il y a eu de nombreux heurts entre les forces de l’ordre et les manifestants, notamment ceux issus des mouvances autonomes et des black blocs.

Mais surtout, le décompte était très difficile, car la convergence avec la « Marche du siècle » pour le climat a été forte. Selon les organisateurs de cette marche, elle aurait réuni pas moins de 350 000 personnes, dans 220 villes de France. À Paris, les organisateurs estiment le nombre de manifestants à 107 000, la police à 30 000. Le cabinet Occurrence, lui, a décompté 45 000 personnes dans la capitale (et près de 5 000 pour la marche des solidarités contre les violences policières).

La mobilisation a été aussi importante dans de nombreuses villes moyennes, comme en Bourgogne, où des marches ont eu lieu à Chalon-sur-Saône, Auxerre, Mâcon, ou en Alsace, où plusieurs centaines de personnes se sont mobilisées à Colmar ou Mulhouse, mais aussi dans l’ouest et le centre de la France : 1 200 personnes se sont ainsi réunies à Orléans.

Mais dans les villes plus importantes, ces cortèges et ceux des gilets jaunes ont défilé ensemble. Le fait mérite d’être souligné, car il va à l’encontre de l’idée souvent avancée selon lequel les gilets jaunes et les défenseurs de l’environnement s’opposeraient. Ce samedi, beaucoup de manifestants en jaune ont rejoint la Marche du siècle. C’est notamment le cas à Lyon, où les gilets jaunes ont rejoint sur les quais de la Saône les marcheurs pour le climat, formant une manifestation de près de 10 000 personnes dans la capitale des Gaules. Même scénario à Bordeaux, où les deux cortèges se suivaient de peu et regroupaient environ 3 000 personnes chacun, d’après Sud-Ouest.

À Montpellier, où le Midi libre comptait jusqu’à 10 000 marcheurs pour le climat et 2 000 gilets jaunes, les deux cortèges ont quitté ensemble la place de la Comédie. Les défilés ont également convergé à Caen où, selon Ouest-France, 5 000 personnes ont manifesté ensemble après s’être donné deux points de rendez-vous distincts. À Strasbourg, on pouvait aussi constater la présence importante de gilets jaunes dans la manifestation pour le climat, qui a regroupé 5 000 personnes, selon les Dernières nouvelles d’Alsace. À Nantes, enfin, on comptait entre 3 000 et 4 000 personnes, dans un cortège regroupant les deux mouvements.

À Dijon, la préfecture avait demandé à la Marche pour le climat de reporter la manifestation au dimanche 17 mars pour éviter une convergence avec les gilets jaunes. Ces derniers étaient 600, selon la police, dans la capitale bourguignonne, où ils ont défilé dans l’après-midi. À Toulouse, où il n’y avait pas non plus de Marche pour le climat, quelque 4 000 Gilets jaunes ont défilé, avec, en fin d’après-midi, quelques échauffourées avec la police. Ce cortège a également rencontré, par hasard, le maire de la ville, Jean-Luc Moudenc (LR), très critique envers le mouvement, ce qui a donné lieu à quelques insultes et jets de projectiles vers l’édile.   

Les petites villes n’ont pas non plus été à l’écart de la mobilisation des gilets jaunes, notamment en Normandie, où des actions ont été menées sur les marchés et sur certains ronds-points. Selon Ouest-France, on comptait ainsi une centaine de manifestants à Flers, dans l’Orne. À Agneaux, dans la périphérie de Saint-Lô, et à Bayeux, dans le Calvados, des gilets jaunes ont ainsi occupé à nouveau des ronds-points près de centres commerciaux. On peut également lire notre reportage à La Roche-sur-Yon, en Vendée.

Enfin, ce samedi a également été marqué par un mouvement de colère des forains, protestant contre de nouvelles réglementations. Si, à Paris, l’action des forains, qui ont ralenti le périphérique avant de se regrouper cours de Vincennes, est restée loin des Champs-Élysées, on a parfois assisté à des convergences. Cela a été le cas en Nouvelle-Aquitaine, où une opération « escargot » a été organisée dès 10 heures par un cortège constitué de gilets jaunes, de « motards en colère » et de forains. Partie de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), cette opération a ralenti le trafic sur l’autoroute A20 jusqu’à Cahors (Lot), sur une centaine de kilomètres.

Dans l’Isère, une opération du même type a également ralenti fortement la circulation sur l’autoroute A43 en direction de Lyon, après avoir bloqué la circulation dans la matinée entre Saint-Quentin-Fallavier et Bourgoin.

En fin d’après-midi, des premiers heurts avec la police étaient enregistrés en région également. C’était le cas à Caen où, vers 17 heures, des affrontements ont éclaté avec la police dans le quartier de la gare, selon Ouest-France. Une banque a également été attaquée à Bordeaux, en fin de manifestation, tandis qu’à Dijon, des affrontements entre gilets jaunes et forces de l’ordre ont eu lieu devant la préfecture en début de soirée. 

Le gouvernement tente de son côté de concentrer son propos sur les violences parisiennes. Mais, en réalité, ce samedi 16 mars montre que la diversion du « grand débat » n’a guère été efficace et que la convergence entre les combats pour « la fin du mois » et contre « la fin du monde » est une réalité.

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