A Montpellier, la nouvelle gare, déserte, est un fiasco

Par Benjamin Téoule (Le D'Oc)

Depuis son ouverture le 7 juillet dernier, rien ne va. Avec sept trains par jour, dont seulement deux TGV, l’équipement honore son surnom de « gare fantôme ». Le coût du projet s’élève pourtant à plus de 100 millions d'euros. Ses opposants dénoncent une gare « excentrée du centre-ville » et « inutile ».

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En ce début septembre, le soleil tape encore fort sur le bitume montpelliérain. Mais l’unique arrêt de bus qui dessert la nouvelle gare TGV Sud de France, ouverte le 7 juillet, n’est pas assez grand pour accueillir les voyageurs. Les valises débordent de l’abri et les personnes patientent debout en plein cœur d’Odysseum, un centre ludo-commercial situé au sud-est de la capitale héraultaise. Après un quart d’heure d’attente sous la chaleur, précédé d’un trajet d’une vingtaine de minutes en tramway depuis la gare Saint-Roch du centre-ville, la trentaine de passagers peut enfin monter dans la navette. Le véhicule de la Tam (Transports de l’agglomération de Montpellier) est surchargé. 

« Je suis parti de Sète [à 33 km de Montpellier – ndlr] à midi en TER pour rejoindre la gare Saint-Roch. Là, j’ai dû prendre le tramway puis le bus », soupire une maman accompagnée de ses deux enfants, qui va embarquer dans le Ouigo de 16 h 15 vers la région parisienne (Marne-la-Vallée et Roissy-Charles-de-Gaulle). Pourquoi alors s’infliger une telle galère ? « C’est l’argument du prix. Avec le Ouigo, on peut trouver des tickets à partir de 16 € l’aller, précise-t-elle. Le père des enfants ne vit pas encore ici, donc c’est compliqué. »

Et si elle avait fait appel à un taxi pour réduire son temps de trajet entre les deux gares montpelliéraines, elle aurait dû payer 20 € la course (30 € après 19 heures), soit quasiment le prix unitaire de son voyage vers la capitale. C’est l’un des problèmes majeurs de la gare Sud de France : exurbanisée, excentrée du centre-ville de Montpellier, elle ne possède aucun raccordement aux correspondances du TER, ni aucune liaison directe en transports collectifs depuis la gare Saint-Roch.

Résultat : depuis son ouverture le 7 juillet dernier, rien ne va. Avec sept trains par jour, dont seulement deux TGV, l’équipement honore son surnom de « gare fantôme ». Le coût du projet s’élève pourtant à 135 millions d'euros ; il pourrait même dépasser les 180 millions d'euros.

Un seul arrêt de bus dessert la nouvelle gare TGV Sud © Le d'Oc Un seul arrêt de bus dessert la nouvelle gare TGV Sud © Le d'Oc

Face à toutes ces complications, certains préfèrent se déplacer à la gare TGV en voiture. Là encore, des difficultés persistent. L’accès au seul parking se réalise en sens unique. Ce qui peut provoquer d’importants embouteillages. D’autant que rien n’a été prévu pour faciliter le voyageur, contraint, au milieu des véhicules, d’enjamber un talus avec ses valises pour rejoindre la gare. Du coup, une équipe de la police municipale intervient afin de réguler le trafic.

Depuis son ouverture le 7 juillet, c’est pratiquement chaque jour le même foutoir. Les touristes ou tous ceux qui ne connaissent pas Montpellier débarquent dans un véritable no man’s land. Pour sortir de l’enceinte ferroviaire et rejoindre l’esplanade principale, ils doivent descendre un large escalier, bagages à la main ou sur le dos, car l’escalator n’assure que la montée… Autour d’eux : de vastes champs. Ils n’en reviennent pas : « Mais où est la ville ? On nous avait dit que Montpellier, c’était un peu comme Bordeaux », s’interrogent trois étudiantes qui finiront par regagner leur destination finale en stop. La gare Sud de France a en effet été construite entre deux autoroutes, contribuant à grignoter les terres agricoles du Pays de l’Or, à six kilomètres de la célèbre place de la Comédie.

Passé 16 h 30, une fois le flux de voyageurs exfiltré du site, la gare Sud de France se transforme en un décor bien singulier. Celui d’une gare fantôme. Dans la journée, entre 6 heures et 23 heures, à peine sept trains sont affichés au départ, dont seulement deux TGV vers Paris Gare-de-Lyon. Loin des espérances de Réseaux ferrés de France (RFF) qui pendant longtemps espérait le passage de plus de 30 TGV par jour. Par conséquent, l’immense hall, moderne et lumineux, est vide la plupart du temps. 

La nouvelle gare est surnommée la gare fantôme © Le d'Oc La nouvelle gare est surnommée la gare fantôme © Le d'Oc

Sur place, on ne peut pas acheter de billets à du personnel de la SNCF. Il faut utiliser les bornes automatiques. Il n’y a aucun kiosque à journaux, pas de brasserie, ni commerces ou autres boutiques de souvenirs. Normal : hormis quelques agents d’une société de sécurité et de la SNCF, il n’y a vraiment personne. Les terrasses extérieures sont désertes. Les quais qui séparent les voies aussi. Tout comme les salles d’attente. Ou les tables qui permettent de brancher du matériel électrique, notamment pour charger son téléphone ou son ordinateur.  Au centre de la gare, un piano attend un musicien. En vain.

À côté, un petit Relay H propose la vente de boissons, de chips et de confiseries. Mais il n’est accessible qu’entre 9 h 30 et 10 h 30, 12 heures et 13 h 15, et de 14 h 30 à 16 h 30. Dans les allées, un photographe shoote son modèle qui pose dans un environnement lunaire. Pour atteindre les toilettes, on passe devant un distributeur d’histoires courtes.

Pas certain que l’automate ne raconte l’histoire du fiasco de cette gare qui n’a même pas encore été inaugurée, la ministre des transports, Élisabeth Borne, ayant annulé son déplacement au dernier moment. Histoire certainement d’éviter un sujet ultra-sensible qui a coûté si cher. Son prix s’élève à 135 M€ d’argent public. Un budget réparti entre l’État, la SNCF, la Région Occitanie et la métropole de Montpellier. Le conseil régional a, lui, décidé de geler sa participation de 33 M€. Pour les voyageurs, « le compte n’y est pas », estimait alors la présidente socialiste Carole Delga, en octobre 2016.

Mais la note pourrait grimper davantage. La prolongation du tramway jusqu’à la gare est évaluée à plus de 47 millions d'euros. Soit une facture totale de 182 millions.

Interrogée lundi sur RMC et BFM à propos de cette « catastrophe », la ministre Élisabeth Borne a répondu laconiquement : « La gare, elle est là, il faut que le tramway arrive, il faut que la desserte de cette gare arrive. »

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