Le SMS d'un kamikaze du Bataclan est au cœur de l'enquête

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Les policiers en charge des investigations sur la tuerie du Bataclan ont découvert dans le portable de l’un des trois terroristes un plan détaillé de la salle de spectacle parisienne et un SMS envoyé avant l’attaque meurtrière, disant en substance : « On y va. »

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Les téléphones commencent à parler. Les enquêteurs en charge des investigations sur la tuerie du Bataclan ont découvert dans le portable de l’un des trois terroristes un plan détaillé de la salle de spectacle parisienne et un SMS envoyé juste avant l’attaque meurtrière, disant en substance : « On y va. »

Selon des informations rendues publiques, mercredi 18 novembre, par Le Monde, le message exact contenu dans le SMS est : « On est parti on commence. » « C'est grâce à ce téléphone que les enquêteurs remontent la piste jusqu'à l'un des points de chute des commandos à Alfortville. La recherche sur la géolocalisation dudit téléphone indique que son propriétaire y était passé avant les attaques », indique le quotidien sur son site.

Les policiers n’ont pas encore établi, selon les sources de Mediapart, l’identité du destinataire du texto ni lequel des trois terroristes du Bataclan était propriétaire du portable, même s'il ne fait aucun doute que le téléphone, découvert dans une poubelle à côté du Bataclan, appartenait bien à l'un d'entre eux. Mais ces deux éléments sont très importants pour l'enquête. Ils confirment, d’une part, la préparation méthodique de l’attaque meurtrière et laissent imaginer, d’autre part, une éventuelle coordination de la tuerie par une personne extérieure.

Un survivant du Bataclan, après l'assaut des forces de l'ordre © Reuters Un survivant du Bataclan, après l'assaut des forces de l'ordre © Reuters

En l’état des investigations, il a été établi l’existence de trois équipes distinctes ayant agi, vendredi 13 novembre, à Paris et à Saint-Denis, pour commettre la plus sanglante série d’actes terroristes que la France ait connue – le bilan provisoire s’élève à 129 morts et 352 blessés, dont 90 dans un état grave. Cette campagne d’attentats a été revendiquée dès le lendemain par l’État islamique.

L’existence d’un éventuel coordinateur extérieur laisse plusieurs hypothèses ouvertes. S’agit-il de l’un des sept kamikazes morts après les attentats qui aurait eu un rôle de « directeur des opérations » plus important que les autres ? S’agit-il de Salah Abdeslam, terroriste toujours en fuite et cible d’une traque policière en France et en Belgique ? Ou alors existe-t-il un autre terroriste dans la nature ? Cette troisième option n’est pas exclue par les enquêteurs. 

Démarré vendredi à 21 h 40, soit vingt minutes seulement après un premier attentat-suicide commis aux abords du Stade de France pendant le match France-Allemagne, l’assaut terroriste visant le Bataclan a fait, à lui seul, au moins 89 morts, selon un bilan toujours provisoire. Les équipes de la BRI et du RAID n’ont investi la salle de spectacle qu’à 00 h 20 pour mettre fin à la prise d’otages meurtrière, dont les descriptions horrifiées émergent petit à petit.

Les trois terroristes du Bataclan ont tous été tués. Certains, équipés de ceintures d’explosifs, se sont fait sauter. Deux d’entre eux, Ismaël Mostefaï et Samy Amimour, ont été formellement identifiés, a annoncé le parquet de Paris, qui coordonne l’enquête judiciaire. Le nom du troisième kamikaze n’est quant à lui pas connu pour le moment.

La coordination de la tuerie du Bataclan par une personne extérieure est renforcée par un témoignage diffusé par Le Figaro. Un client du restaurant Cellar, situé dans le XIe arrondissement, à une rue du Bataclan, affirme avoir vu le soir des faits une Polo noire immatriculée en Belgique, véhicule identifié par l’enquête comme étant celui des terroristes. « Ils se sont garés juste devant moi alors qu'il n'y avait pas beaucoup de place. J'ai trouvé ça bizarre. Le conducteur avait du mal à tourner le volant comme s'il savait à peine conduire. Je suis allé les voir pour leur dire qu'ils étaient mal garés. Ils n'ont pas ouvert la fenêtre et m'ont regardé méchamment. On aurait cru des morts-vivants, comme s'ils étaient drogués », raconte-t-il.

Il ajoute : « J'ai bien vu le visage du conducteur et celui du passager car ils ont commencé à tapoter sur leur smartphone, ce qui a fait que cela éclairait leur visage. C'est le passager qui a commencé à utiliser son portable. » Cela pourrait donc confirmer que des échanges ont bien eu lieu avant l’attaque avec une personne extérieure. Le témoin cité par Le Figaro affirme par ailleurs avoir tenté de joindre « 80 fois au minimum » la police après avoir appris que des bombes explosaient au Stade de France. Mais les appels sont restés sans réponse, assure-t-il.

Les deux terroristes du Bataclan qui ont été identifiés étaient connus des services antiterroristes. Ismaël Omar Mostefaï, 29 ans, identifié grâce à des empreintes papillaires prélevées sur un bout de doigt arraché, était originaire de Courcouronnes (Essonne). Marié, père d'un enfant, il vivait à Chartres (Eure-et-Loir). Visé depuis 2010 par une “fiche S” – pour « sûreté de l’État » – émise par les services de renseignement pour son risque de radicalisation islamiste, il aurait effectué un séjour en Syrie entre l’automne 2013 et le printemps 2014.

Le second, Samy Amimour, 28 ans, était originaire de Drancy (Seine-Saint-Denis). « Il est connu de la justice antiterroriste pour avoir été mis en examen le 19 octobre 2012 pour association de malfaiteurs terroriste (projet de départ avorté vers le Yémen) et placé sous contrôle judiciaire », a indiqué le parquet. Après avoir déclaré le viol de son contrôle judiciaire à l'automne 2013, la justice a délivré un mandat d'arrêt international en 2014. Il est allé lui aussi en Syrie, base arrière de l’État islamique, cible depuis 48 heures de plusieurs frappes militaires françaises et russes.

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Mediapart a terminé cet article lundi 16 novembre. À la demande expresse des autorités, nous avons accepté de différer sa publication afin de ne pas compromettre l'enquête en cours.

ACTUALISATION : Dans une première version de l'article, une mauvaise formulation entre le premier et le second paragraphe pouvait créer la confusion. Le SMS a bien été émis du téléphone retrouvé.

J'ai actualisé l'article, mercredi 18 novembre, à 8 h 40, après les informations du Monde précisant le contenu exact du SMS.