Mediapart refoulé de la convention FN de Lille

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Ce samedi 18 février, Mediapart s’est rendu au Grand Palais de Lille pour couvrir les deux jours de « convention présidentielle » de Marine Le Pen. Et s'est vu opposer un refus catégorique d'assister au rendez-vous. Le motif ? Notre choix de ne pas inviter Marine Le Pen lors de nos émissions Mediapart 2012, mais aussi, plus généralement, notre traitement du Front national.

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De nos envoyées spéciales à Lille

Ce samedi 18 février, Mediapart s’est rendu au Grand Palais de Lille pour assister aux deux jours de « convention présidentielle » de Marine Le Pen. Selon les organisateurs, plus de 2.000 militants sont attendus à ce rendez-vous. Nous souhaitions couvrir ce meeting, comme nous couvrons, depuis plusieurs semaines, ceux des autres candidats (François Bayrou à Dunkerque, Jean-Luc Mélenchon à Besançon, Eva Joly à Roubaix).

 © Rachida El Azzouzi © Rachida El Azzouzi

Malgré nos échanges avec plusieurs responsables du Front national, mercredi, et les déclarations de Marine Le Pen au micro de France Info jeudi, nous avions tout de même souhaité faire notre travail de journalistes en assistant aux différents ateliers organisés ce week-end et en rencontrant les militants sur place afin d’analyser et d'expliquer la campagne en cours.

Nous nous sommes donc présentées ce matin, munies de nos cartes de presse, comme l’avait requis le directeur de la communication de Marine Le Pen, Alain Vizier, dans un communiqué adressé hier à tous les journalistes.

Après avoir franchi le sas de sécurité, nous avons décliné nos identités auprès de la responsable des accréditations, laquelle nous a répondu : « Mediapart ? Non, vous ne rentrez pas. » Nous insistons en la questionnant sur les raisons d'un tel refus. « Ce sont des instructions qui m’ont été données plus haut, indique-t-elle. Vous avez fait des déclarations comme quoi vous n’intervieweriez jamais Marine Le Pen, donc vous ne rentrez pas. Il n’y a pas à discuter, vous ne rentrez pas. »

Sur ces mots, l’attachée de presse nous explique qu’elle va appeler M. Vizier pour qu’il nous « le dise lui-même », nous faisant comprendre qu’il le ferait sur un ton beaucoup moins sympathique. Nous avons effectivement M. Vizier au téléphone, qui nous confirme l’interdiction, avant de raccrocher prestement.

Nous discutons avec des confrères témoins de la scène puis retournons insister auprès de l’attachée de presse en lui expliquant que le principe de « réciprocité » que les cadres du FN invoquent depuis mercredi dernier ne s’applique pas, que nous ne sommes pas un parti politique, mais un journal, avec des choix éditoriaux qui nous appartiennent et que nous avons, par ailleurs, expliqués à plusieurs reprises (lire ici et ).

Que nous reproche exactement la présidente du Front national ? De ne pas l'avoir invitée dans le cadre de notre émission spéciale Mediapart 2012 où nous avons choisi de donner la parole aux candidats de l'alternance (ou de l'alternative) progressiste et démocratique : François Bayrou, Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon et François Hollande. Par ailleurs, nous rappelons à l'attachée de presse que Marine Le Pen n'a jamais été boycottée par notre site et que nous traitons le FN dans nos colonnes depuis la création de Mediapart, au travers de nos analyses, reportages et enquêtes.

Nous évoquons également les différentes déclarations de la présidente du parti sur la liberté de la presse, et notamment celle concernant la presse web : « Je veillerai jalousement à ce que la liberté puisse continuer à exister sur Internet, ce vaste espace où les intelligences et les vrais échanges trouvent aujourd'hui refuge », déclarait en effet Marine Le Pen, le 19 novembre 2011, à l'Equinoxe à Paris.

Nouvelle fin de non-recevoir : « De toute façon, votre site traite mal Marine Le Pen, vous tenez des déclarations très très très défavorables. » Fin de la non-discussion. Un agent de sécurité nous prie alors fermement de regagner la sortie. Nous insistons une dernière fois en contactant par téléphone Alain Vizier et le directeur de cabinet de Marine Le Pen, Bruno Bilde. A peine déclinons-nous notre identité que ce dernier nous raccroche au nez.

Interrogée à son arrivée au Grand Palais, la présidente du FN a justifié son refus de nous accréditer : « Ils nous censurent, nous les censurons aussi. Mediapart n'est pas un institut de presse, c'est un institut militant. S'il était un institut de presse, il saurait que la liberté de la presse, ce n'est pas la liberté de censurer. » Pourtant, il n'y a pas si longtemps encore, le Front national reconnaissait implicitement la qualité de notre couverture. Marine Le Pen a ainsi cité sur France Inter notre enquête sur les pressions subies par les maires qui avaient parrainé le FN en 2007 (Parrainer le FN : des maires disent «plus jamais»). Et un de nos reportages (En Moselle, «la peur du FN n'existe plus») fut également cité à la tribune du meeting de Metz, le 11 décembre dernier.

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