Scotland Yard envisage un fichage génétique dès l'école

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Le directeur de la police scientifique préconise le fichage génétique des écoliers jugés turbulents dès l'âge de 5 ans. Une déclaration qui fait écho au débat français.

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La science-fiction est trop sérieuse pour être laissée aux policiers. A Scotland Yard, le directeur de la police scientifique préconise le fichage génétique de certains écoliers. Dès 5 ans et s'ils sont turbulents. Il l'a dit à l'Observer du 16 mars : « Avec une méthode permettant d'identifier les individus avant qu'ils commettent un délit, on aura un grand avantage à repérer ces jeunes gens », a estimé Gary Pugh. « Le plus tôt sera le mieux. » Il y a déjà 4,5 millions d'échantillons génétiques dans la banque de données génétiques du Royaume-Uni (la plus grande d'Europe).
En France, le saut conceptuel – de « l'enfance en danger » aux « enfants dangereux » – a été fait de manière décomplexée. « Il faut agir plus tôt, détecter chez les plus jeunes les problèmes de violence. Dès la maternelle, dès le primaire, il faut mettre des équipes pour prendre en charge ces problèmes », avait dit le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy (Le Parisien, 2 décembre 2005). Un peu auparavant, un rapport de l'Inserm avait prôné « le repérage des perturbations du comportement dès la crèche et l'école maternelle ». Les « colères et actes de désobéissance » y étaient perçus comme « prédictifs » de la délinquance. Un an plus tard, un colloque de l'Inserm avait fait machine arrière (l'affaire est racontée dans un chapitre du livre du magistrat Serge Portelli, qui n'a été publié que sur Internet).
Dans l'Hexagone, nous n'avons pas Scotland Yard mais nous avons le Fnaeg. Le Fichier national automatisé des empreintes génétiques, vous y êtes peut-être ? Au départ, dans la loi Guigou de 1998, il rassemblait les empreintes génétiques des personnes mises en cause pour infractions à caractère sexuel. De glissement en glissement, de lois en règlements, il centralise désormais les traces ADN de la plupart des délinquants potentiels du pays. Manifestants interpellés et voleurs de poules compris, simples suspects ou condamnés. Pas moins de six cent mille inscrits, en 2007, selon la Commission nationale de l'informatique et des libertés.
Au printemps dernier, deux gamins avaient été arrêtés par les gendarmes dans le nord de la France. Ces deux frères venaient de voler des jouets dans un supermarché et avaient été repérés par les caméras de surveillance. Les gendarmes voulaient prélever leurs empreintes génétiques. Leur père avait refusé et sonné l'alerte auprès des défenseurs des droits de l'homme. Grâce au tollé, leur ADN n'avait pas été fiché. Les deux enfants avaient huit et onze ans.