L'écologie politique selon Cécile Duflot

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Dans un entretien à Mediapart, la secrétaire nationale des Verts fait le bilan de l'écologie politique et de sa place à gauche. Elle aborde aussi l'évolution d'Europe Ecologie et souligne le «bon climat» de travail avec Martine Aubry.

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Quel avenir pour l'écologie politique? Après Martine Aubry, Cécile Duflot a accepté de se prêter à l'exercice du grand entretien pour faire le point sur la gauche avant l'échéance de 2012, faisant écho à notre journal «Et maintenant 2012. Vingt questions à la gauche», publié le 31 mars.

Alors que les tensions entre Verts et non-Verts au sujet de l'évolution organisationnelle d'Europe Ecologie ont provoqué une «réunion de crise» pour apaiser les esprits, vendredi 16 avril (lire ici), la secrétaire nationale du parti Vert fait le point sur le remue-méninges interne (lire notre article) qui secoue le processus d'affirmation de l'actuelle troisième force politique française (12% au dernier scrutin régional), auquel elle a contribué dimanche dernier en adressant une lettre aux militants (lire ici). Mais la nouvelle présidente du groupe «Verts/EE» au conseil régional d'Île-de-France évoque aussi le bilan des régionales, sa vision de l'approche écologiste sur les questions économiques, institutionnelles et sociales, ou la place d'Europe Ecologie dans la gauche française…

 

L'après-régionales a été occulté par le débat interne au sein d'Europe Ecologie sur la structuration future du mouvement. Avant de l'évoquer, quel bilan faites-vous de la place de l'écologie politique au sein de la gauche, par rapport à la séquence politique qui s'ouvre d'ici 2012?

C'est vrai qu'on n'a pas eu le temps de savourer nos résultats aux régionales. L'hypothèse selon laquelle le succès aux européennes était une bulle a été battue en brèche. La dynamique de rassemblement a été poursuivie et s'est amplifiée, aussi bien vers le centre que vers la gauche de la gauche, la société civile ou même des déçus du PS. Le rapport de force avec les socialistes est intéressant, car on a résisté malgré un fort mouvement de balancier électoral vers la gauche. Ce score de 12% correspond à l'espoir raisonnable qu'on avait formulé.

Ensuite, il s'est passé entre les deux tours quelque chose d'historique à mon sens, car on a réussi à assumer un accord avec le PS qui rendait compte de nos divergences. Sans que cela n'altère notre capacité à travailler en commun. Ce n'est pas parce qu'on est moins nombreux en termes d'élus qu'on ne peut pas peser dans ce projet partagé. C'était une des raisons de ma rupture avec la gauche des Verts dans le passé: on ne peut plus se contenter d'accords simplement électoraux, car ce n'est pas crédible aux yeux des électeurs. Si les choses se sont si bien passées, c'est aussi que nous avons fait un bon score, mais pas trop bon, et que les socialistes ne se sont pas senti en péril.

Je pense que ce sera une des questions essentielles d'ici 2012, sommes-nous prêts à ouvrir un réel débat sur le projet et assumer les convergences et divergences qui peuvent exister à gauche sur le productivisme, sur la croissance, sur l'énergie, etc.? Pour moi, c'est notre tâche d'ici là.

 

Cela dit, on voit dans de nombreuses municipalités de fortes tensions qui s'expriment entre écologistes et socialistes, comme à Montreuil, Toulouse, Aulnay-sous-Bois, Noisy-le-Sec...

C'est très compliqué de faire une analyse globale d'événements locaux, car il y a des contextes particuliers et souvent le facteur humain l'emporte sur le facteur politique. Pour avoir longtemps œuvré à l'intérieur des Verts pour apaiser les tensions, je suis bien placée pour savoir que certains problèmes tiennent souvent plus du relationnel que de divergences purement idéologiques. Mais il y a encore une conviction profonde chez beaucoup de socialistes d'être légitimes par essence à diriger, c'est presque consubstantiel à l'engagement militant au PS... Et en même temps d'avoir un certain mépris pour l'écologiste qui exerce des responsabilités, quand bien même nous avons déjà prouvé notre capacité à transformer les politiques. Mais peut-être qu'avec l'arrivée de nouvelles générations, chez nous comme chez eux, les choses pourront changer.

 

Vous êtes devenue présidente du groupe «Europe Ecologie/Les Verts» au conseil régional. Pourquoi pas de vice-présidence sur une thématique spécifique? Vous avez démissionné de votre poste d'adjointe à Villeneuve-Saint-Georges pour ne pas cumuler, mais allez-vous abandonner votre emploi et devenir une professionnelle de la politique?

C'est un de mes soucis du moment. Mon congé sans solde s'arrête le 1er mai et il faut que je décide. Ce n'est pas simple non plus pour mon patron, car je n'ai pas la même existence médiatique qu'il y a six mois. Mais si j'arrête mon boulot, je n'ai plus de mutuelle ni de sécurité sociale, et j'ai des enfants. En ce qui concerne la présidence du groupe, honnêtement, si je ressens l'envie personnelle d'avancer sur des dossiers, je suis aujourd'hui un point d'équilibre au sein de nos cinquante élus. Il va falloir être attentif à faire appliquer notre accord électoral avec le PS et montrer à quoi ça sert d'avoir autant d'élus écologistes durant ces quatre prochaines années. Nous avons d'énormes chantiers dans les quelques mois qui viennent sur la rénovation énergétique des logements, l'amélioration des transports en commun, le pass navigo à tarif unique ou la création d'emplois issus de la conversion écologique.

 

Vous préférez avoir une vue d'ensemble que d'être dans l'exécutif?

Exactement. Cela tord aussi l'idée à ceux qui étaient sûrs que je voulais être députée européenne hier, première vice-présidente de Jean-Paul Huchon aujourd'hui, ou candidate à la présidentielle demain. Je pense être une bonne patronne, dans le sens où j'essaie de donner envie à tout le monde de faire ensemble, plutôt que de donner dans l'autoritarisme. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas assumer seule certains points de vue, mais après de longs temps de discussion. C'est par exemple ce que j'ai fait avec ma lettre aux militants.

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L'entretien a eu lieu mercredi 13 avril dans le bureau de la présidente du groupe «Verts/EE» au conseil régional d'Île-de-France, alors que le climat général à Europe Ecologie n'était pas des plus serein, chacun se répandant dans la presse, parfois de façon peu amène, pour contester la vision de l'autre sans s'appeler directement au téléphone. Au départ visiblement fatiguée et stressée par les critiques internes à «EE», Cécile Duflot s'est finalement détendue au fur et à mesure de l'interview, qui a duré une heure et demie.

Cet entretien, enregistré, a été relu par la secrétaire nationale des Verts et son entourage, notamment en raison de l'organisation d'une «réunion de crise» vendredi 15 avril, où les protagonistes d'Europe Ecologie ont clarifié leurs désaccords. Après discussion consensuelle, les seules modifications ont été portées sur le style («le langage direct de Cécile passe parfois mal à l'écrit») ou pour approfondir certaines réponses (notamment sur les retraites et, à la marge, sur les questions d'organisation interne).