Identité nationale: pour Michel Piron, député UMP, «on est dans un vrai foutoir»

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A l'UMP, les langues se délient pour critiquer publiquement le débat sur l'identité nationale. Des députés le font désormais sans plus prendre de pincettes. Entretien avec le député Michel Piron, qui regrette: «Quand on pose de mauvaises questions, on obtient de mauvaises réponses.» Interrogé sur les raisons qui ont poussé Eric Besson à lancer ce débat, l'élu UMP lâche: «Je n'en sais rien, je ne suis pas psychanalyste.» A Bergerac, tout le conseil municipal a signé l'appel de Mediapart «Nous ne débattrons pas».

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Michel Piron, député UMP et conseiller général de Maine-et-Loire, ne supporte plus le débat sur l'identité nationale. Début décembre déjà, lors d'une réunion du groupe UMP à huis clos à l'Assemblée, il avait pris la parole pour dénoncer «une question mal posée». Cette fois, il s'insurge publiquement. Ni «villepiniste», ni chiraquien, Michel Piron se dit simplement «du côté des sociaux de la majorité». Entretien.
Le débat sur l'identité nationale vous paraît-il opportun?
Quand on pose de mauvais questions, on obtient de mauvaises réponses. Avec ce questionnaire [préparé par le ministère de l'immigration], on est dans un vrai foutoir. Je regrette qu'on ne réfléchisse pas avant de lancer des débats pareils...
Au fond, la seule question identitaire qui vaille, c'est «qu'est-ce que l'homme?» Or pour moi, c'est une question universelle, pas nationale... En ces temps où l'on redécouvre toute l'humanité d'Albert Camus (Nicolas Sarkozy ayant proposé de transférer au Panthéon les cendres de l'écrivain, mort il y a bientôt 50 ans), comment peut-on ouvrir un débat aussi douteux? Pour éviter les crispations, j'aurais préféré qu'on se demande: «Qu'est-ce que la Nation?» Pour moi, c'est tout simplement la République. A partir de là, les élus auraient pu s'interroger sur les politiques mises en œuvre à l'école, dans les quartiers, à travers l'urbanisme, pour apprendre à être français...
Qui tenez-vous pour responsable de ce «foutoir»? Eric Besson? Nicolas Sarkozy?
Je n'en sais rien. Je n'en fais pas une affaire personnelle, je me contente de lire un questionnaire, tout juste bon à déclencher des discussions de comptoir.
Vous savez bien, justement, qu'Eric Besson a déclaré le 4 décembre que «les réflexions de comptoir (font) partie de l'identité nationale»...
Au comptoir, j'y suis de temps en temps et je ne parle pas de cela. Il y a les réflexions de comptoir et la philosophie de comptoir...
Vous n'avez pas participé au débat organisé par la préfecture dans votre circonscription. Une question de choix ou d'agenda?
J'étais pris, mais j'aurais pu me libérer. Donc, c'est un choix. Et je l'assume. Quand une question est si mal posée, on peut toujours essayer de rectifier le tir en participant à ces débats mais on ne touche que quelques dizaines de personnes... Or il y a les dizaines de milliers d'autres, qui ne viennent pas, et qui se sentent pour le moins interloquées par la manière dont les questions sont posées... Avec ceux-là, maintenant, qu'est-ce qu'on fait? Je ne vois pas l'intérêt d'accroître les tensions et les crispations. On a replacé sur le devant de la scène une thématique qui semble désormais, si l'on en croit les sondages, mettre en exergue les positions extrêmes, voire les favoriser.
Selon vous, pourquoi ce débat a-t-il été lancé?
Je n'en sais rien, je ne suis pas psychanalyste.