A Nice, l'UMP est rattrapée par l'affaire Guérini

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La mise en examen pour trafic d’influence dans l’affaire Guérini, de l’homme d’affaires Christian Nau inquiète depuis trois mois l’UMP de Nice. Car ses liens avec ses chefs, dont Eric Ciotti, sont connus. Et Christian Estrosi a autorisé l’ouverture de plusieurs maisons de retraite de Christian Nau à Nice.

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« Nous sommes aujourd’hui une pièce rapportée d’une affaire Guérini qui n’est pas la nôtre », a fait savoir Christian Nau, à Nice Matin, après sa mise en examen pour « trafic d’influence » à Marseille, en janvier. À travers lui, c’est effectivement un chef d’entreprise membre de l’UMP qui a soudain fait son apparition dans l’affaire du PS marseillais. L’événement inquiète depuis trois mois l’UMP niçoise qui connaît les liens de M. Nau avec ses chefs locaux. Questionné par Mediapart, l’homme d’affaires ne cache pas son dépit, et son isolement. « Maintenant, je suis dans la merde : dans Nice, on me tourne le dos, plus aucune banque ne me parle, se plaint M. Nau. Je ne suis pas la filière Guérini de la Côte d’Azur. »

Promoteur spécialisé dans les maisons de retraite à travers ses sociétés Beaulieu Patrimoine et Senior santé, Christian Nau, 60 ans, est mis en cause pour avoir versé 400 000 euros à un intermédiaire afin d’obtenir l’agrément départemental à l’ouverture d’une résidence médicalisée à Vauvenargues (Bouches-du-Rhône). « J’ai parlé à un type qui était le porteur d’eau de M. Guérini, poursuit Christian Nau. Des types qui vous proposent de vous aider dans un département que vous ne connaissez pas, il y en a plein. Quand l’État le fait, c’est des gens biens, quand c’est moi, c’est des voyous. »

Christian Nau © Nice Matin/Philippe Lambert Christian Nau © Nice Matin/Philippe Lambert

Mais c'est à Nice, avec le soutien du conseil général des Alpes-Maritimes, que ses sociétés ont prospéré. Christian Estrosi a en effet accordé l’agrément du département pour l’ouverture de deux maisons de retraite de Christian Nau à Nice, en mai 2007. Eric Ciotti en a lui même inaugurée une, en mars 2009. MM. Ciotti et Estrosi ont depuis oublié l’événement – filmé ici – où l’on voit encore MM. Nau et Ciotti s’embrasser de bon cœur. Les cabinets des deux responsables de l'UMP ont en effet indiqué à Mediapart que le député UMP et maire de Nice, comme M. Ciotti, n’avaient « plus aucun contact avec M. Nau depuis le début des années 2000 ». Des images pourtant prouvent le contraire :

Christian Nau et Eric Ciotti lors de l'inauguration de la résidence «Sergentino», mars 2009 Christian Nau et Eric Ciotti lors de l'inauguration de la résidence «Sergentino», mars 2009

Olivier Bettati, vice-président du conseil général des Alpes-Maritimes et adjoint au maire de Nice, chargé des PME et des collines niçoises, a lui même emmené, le promoteur à l’île Maurice, en 2011, pour qu’il y vende son concept de marina. Nau est aussi le patron du port privé de la Baie des Anges, situé à Villeneuve-Loubet. La mise en examen de leur protégé a fait l’effet d’une bombe dans les couloirs du conseil général des Alpes-Maritimes. « Je suis allé le voir pour lui dire qu’est-ce qui se passe ?, rapporte Olivier Bettati. Il avait une grosse opération chez moi, je voulais quand même avoir des explications. Il était effondré. Il m’a dit “J’ai fait ce que j’ai fait dix fois, vingt fois en France”. »

« Il y a cinq six ans, il a voulu ouvrir des maisons de retraite dans les Bouches-du-Rhône, poursuit Bettati. Il est allé voir le responsable des maisons de retraite au conseil général. Il a pris un cabinet d’architecte, connu et reconnu sur la place de Marseille. Le type lui dit qu’il faut faire travailler les entreprises du coin, c’est ce qu’on dit à chaque mec qui coule du béton. Après, pour arranger le truc, on lui dit : “Il faut faire du lobbying”. Ben ok, je fais du lobbying, je paye une facture, elle est enregistrée. Et maintenant on lui dit : “Monsieur, le type du conseil général, il est en prison”. Mais à l’époque, il donnait des autorisations. Le pauvre... Après, il l’a eue, sa maison de retraite. »

L’agrément qui tardait à venir lui a été accordé le 3 novembre 2009 par Jean-Noël Guérini. M. Nau fait verser 400 000 euros par la société Orion, une entité luxembourgeoise de son groupe, à la société de l’intermédiaire, Patrick Boudemaghe, Splendid enterprise, à Gibraltar. « C’était un lobbying pour que le dossier soit examiné à la session suivante, explique Me Pascal Klein, l’avocat de M. Nau. Pour activer le processus. »

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