En AG, les étudiants de Nanterre maintiennent le blocage

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Les antiblocages donnent de la voix

Au fond de l’assemblée, les antiblocages se font remarquer. Ils applaudissent avec vigueur quand l’un des leurs se saisit du micro pour exposer leur réprobation face à ce mouvement. Ils ont décidé de participer aux AG pour donner de la voix et essayer d'infléchir le vote plutôt que de rester à l'écart. Une poignée d'enseignants les soutiennent.

Au début, les animateurs à la tribune ont expressément signifié qu’il ne fallait pas huer qui que ce soit, y compris si les propos tenus déplaisent. Mais lorsqu’un étudiant évoque « la démocratie bafouée », le « débat volé » et l'ineptie à ses yeux de la convergence des luttes, quelques cris de protestation s’élèvent.

« C’est pas un bureau des plaintes ici », s’agace un étudiant après le passage de plusieurs contestataires du blocus. Ces derniers, souvent issus de la fac de droit, ont usé de tous les arguments possibles pour convaincre l’auditoire. Un autre étudiant, lassé de ces procédés, se désolidarise de ses camarades et lâche : « Nous ne souhaitons pas être assimilés à ces étudiants en droit égoïstes qui ne pensent pas à la justice. »

Une autre propose un vote électronique. Un jeune homme avec un brin de morgue, rétorque à l’assistance qu’elle n’a pas lu la loi ORE en détail. « Si ça parlait de sélection, de quoi avez-vous peur ? Nietzsche disait que l’égalité est la revendication des esclaves. » Puis convoque l’esprit de Voltaire : « Ce n’est pas dans les jardins de Nanterre qu’on refait le monde, mais en cultivant son jardin. »

Charlotte, étudiante en licence de droit français et allemand, se dit contre la loi mais opposée au blocage. « Vous parlez d’avenir mais si on ne passe pas nos examens, on n’en aura pas ! » Gros succès de cette saillie chez les antiblocages, soudés au fond de la pelouse car « ils ont peur », persifle un pro-blocage. « Faites des manifs, mais laissez-nous travailler ! », conclut-elle. C’est exactement ce qui est prévu ensuite, même si l’AG s’étire en longueur. Nanterre s’est joint à la manifestation interprofessionnelle du jour.

À Nanterre. © FZ À Nanterre. © FZ

De petits apartés animés entre pro et antiblocages éclatent çà et là. Une jeune fille et un jeune homme s’écharpent à l’écart. La tension est manifeste, et la première se plaint de se faire « agresser » par ceux qui sont opposés à la grève.

Georges, un étudiant en droit opposé au blocage, explique qu’il aimerait un débat de fond entre plusieurs étudiants aux positions opposées, afin de livrer toutes les clés de compréhension de ce qui se noue autour de cette loi. Il fustige l’absence de représentativité de « ces comités de je ne sais pas quoi autoproclamés ». Impossible selon Léna, une étudiante fortement mobilisée, car il existe trop de « nuances » parmi les étudiants. « Il y a des pro-blocages contre la loi ORE, d’autres contre la loi mais opposés au blocage. D’autres sont pour la loi ORE mais soutiennent le blocage, car cela leur donne du temps pour mieux réviser », assure-t-elle.

Un autre exprime sa joie de voir ses camarades réfléchir ainsi pour « changer les choses » collectivement. « Et avant ça, personne ne connaissait Balaudé, on a appris un truc », ajoute-t-il. L’intéressé, héros involontaire de la matinée, est présent pour entendre les piques dont il est l’objet. Entouré de plusieurs agents de sécurité, il s’est inscrit pour le tour de parole, comme n’importe quel participant.

Il commence par faire un clair mea culpa : « Je regrette infiniment les circonstances de l’intervention policière et j’en déplore les conséquences. Je comprends la colère et l’émoi », a-t-il immédiatement avancé (lire notre article sur le sujet des interventions policières dans les universités). Il a aussi promis qu'il pèsera « de tout son poids » pour que les charges contre les sept étudiants interpellés soient abandonnées. Il a aussi plaidé pour que se tiennent les examens, avant tout pour les étudiants en contrôle terminal, qui « n’auront pas de seconde chance ». Lui aussi soutient la tenue d’états généraux de l’université. Désespérément, le président aura essayé de retisser le lien rompu avec les professeurs et les étudiants. Dans la foule, malgré la consigne de respecter les intervenants, plusieurs « Balaudé démission » ont fusé.

D’autres lui répondront ne pas vouloir céder au « chantage » à l’examen. Victor, du NPA et de l’Unef, figure de proue de la contestation à Nanterre, lui aussi arrêté le 9 avril, décide de répondre à « Jean-François, du deuxième étage, bâtiment B ». Pour l’étudiant, la présidence a d’ores et déjà perdu la bataille. « La direction, elle est dans cette AG », clame-t-il. Il lui intime de se positionner « pour la relaxe » des jeunes, et ensuite de quitter son poste.

Plus loin, Jean-François Balaudé s’explique encore auprès de quelques journalistes et appelle inlassablement à « ouvrir le dialogue ». Lequel semble au point mort, comme les commissions d’examen des dossiers. « Elles sont constituées », assure-t-il, mais il n’est pas capable d’expliquer comment elles vont pouvoir fonctionner dans le temps imparti, puisque les universités disposent tout juste d’un mois pour boucler le processus. « Si on suspend Parcoursup, on n’aura aucun étudiant », avertit le président, alors que l’université est aujourd'hui saturée. Balaudé met en avant la rallonge financière qu’il a pu obtenir du ministère : 300 000 euros. Une goutte d’eau au regard du budget annuel de 190 millions d'euros de l’université.

Arrive le vote. À l’issue du comptage, organisé en groupes mêlant pro et anti, les étudiants décident que leur prochaine AG se tiendra le 2 mai. La poursuite du blocage est adoptée à 1 087 voix pour, 342 contre et 24 abstentions.

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