Anne Mansouret: au PS, «tout le monde savait»

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La mère de Tristane Banon, cette journaliste qui a accusé en 2007 Dominique Strauss-Kahn de l'avoir agressée sexuellement, affirme à Mediapart que plusieurs dirigeants socialistes de l'époque, comme François Hollande et Laurent Fabius, avaient été alertés à l'époque.

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Pas un moment du long entretien qu'elle accorde à Mediapart son regard ne tremble ni n'hésite. Anne Mansouret, conseillère générale et régionale socialiste en Haute-Normandie, est directe et diserte. Elle accuse Dominique Strauss-Kahn d'avoir agressé sexuellement sa fille et affirme qu'elle avait prévenu les principaux dirigeants socialistes, comme François Hollande ou Laurent Fabius.

Il a fallu l'arrestation spectaculaire de Dominique Strauss-Kahn pour briser le silence. Dès dimanche, Anne Mansouret met l'affaire sur la place publique. Elle accorde coup sur coup trois interviews (France-3 Région, Paris-Normandie, Rue 89), et provoque la stupéfaction du monde politique en affirmant brutalement qu'elle regrette d'avoir dissuadé sa fille de porter plainte.

Sa fille s'appelle Tristane Banon. Jeune journaliste et écrivaine, elle a accusé, en 2007, au beau milieu d'un talk show nocturne, Dominique Strauss-Kahn de l'avoir agressée sexuellement cinq ans plus tôt. Mais à l'époque, le témoignage fait à peine quelques vagues. Aucune plainte n'a été déposée. Et l'affaire est vite oubliée.

Elle a certes été évoquée dans certains médias en 2008, quand DSK est mis en cause pour avoir eu une relation adultère avec une responsable du FMI. Mais sans suite. Les livres sur l'ancien directeur général du FMI n'en font pas davantage mention, à l'exception du Roman vrai de Dominique Strauss-Kahn, qui met largement en doute le témoignage de la jeune femme. L'ouvrage sur les mœurs des politiques, Sexus politicus, y fait aussi référence, mais sans nommer Tristane Banon.

Pourtant, au-delà de la véracité ou non des faits – faute d'enquête et de procès –, une chose est certaine: le parti socialiste était au courant. En 2002, Anne Mansouret avait en effet averti ses camarades, notamment le premier secrétaire de l'époque, aujourd'hui candidat à la primaire, François Hollande. «Il a été formidable, d'une gentillesse... Il a téléphoné personnellement à Tristane, il a été superbe», décrit l'élue normande.

Le bras droit du député de Corrèze, Stéphane Le Foll, confirme: «Je n'ai pas eu directement à gérer cette affaire. Mais je sais que cela a été évoqué, François a essayé de le faire de façon très respectueuse. Il avait appelé Tristane Banon, il n'a pas cherché à imposer quoi que ce soit, il l'a écoutée et a essayé de la rassurer. C'était lui en direct qui gérait.»

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Cette enquête a débuté lundi matin, à la lecture des déclarations d'Anne Mansouret. Notre recherche s'est révélée particulièrement ardue. Au sujet des agressions sexuelles, avérées ou présumées, le silence est en général de mise.

Ce fut encore plus difficile après le traumatisme qu'a constitué pour le PS l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn. Nous avons contacté de nombreuses personnalités socialistes qui ne nous ont pas répondu : François Hollande, Laurent Fabius, Guillaume Bachelay, Marc-Antoine Jamet. Nous sommes d'autant plus reconnaissantes aux rares personnes qui ont bien voulu retourner nos appels et éclairer par leurs témoignages précieux le silence du PS sur l'affaire Tristane Banon. Certains interlocuteurs nous ont reproché de vouloir accabler le directeur général sortant du FMI.

De notre côté, nous n'avons pas essayé de savoir s'il était innocent ou coupable de ce dont on l'accuse aux Etats-Unis ni même en France en fouillant son passé, mais d'attirer l'attention sur les réactions du PS au moment de cette «affaire Tristane Banon».

L'entretien avec Anne Mansouret s'est tenu mercredi 18 mai à Pacy-sur-Eure pendant 1h40. Il a été enregistré avec son accord.

Sollicitée également, Tristane Banon n'a pas donné suite.

Vendredi après-midi, en déplacement suivi par les journalistes, François Hollande a démenti "avoir eu connaissance de fait de cette gravité là (voir ici).