Procès Clearstream: l'enjeu démocratique

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L'affaire Clearstream ne se réduit pas à l'affrontement de deux personnalités, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. L'admettre, ce serait cautionner la privatisation de la justice à laquelle a donné lieu ce dossier, au service d'une seule des 228 victimes de la falsification de listings de la chambre de compensation luxembourgeoise. Tout au contraire, cette histoire simple que le pouvoir a sciemment embrouillée concerne bien plus que cela: la démocratie, tout simplement. La démocratie entendue comme une haute conception de la justice, garante des libertés individuelles et collectives.

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Quand le peuple renonce à comprendre, c'est qu'il abdique déjà sa souveraineté. Tel est le premier ravage démocratique de l'affaire Clearstream: son apparente opacité qui invite au renoncement civique. Or la vérité, c'est que cette histoire de fous, selon la juste formule de Frédéric Charpier, est en réalité une histoire simple, comme je l'ai expliqué récemment dans Marianne. C'est l'histoire dérisoire d'un escroc qui veut se refaire à sa sortie de prison en 2002, en prétendant d'abord permettre la capture d'Oussama Ben Laden, puis en inventant "l'affaire des affaires" avec les listings falsifiés. Et c'est l'histoire stupéfiante d'un petit monde des services du renseignement, à la frontière de la politique et de la police, qui, au plus haut niveau de sa hiérarchie, accorde du crédit au faussaire, l'introduisant au cœur du secret d'Etat et le cautionnant ainsi dans ses inventions.