Déchu, Philippot quitte le Front national

Par
Déchu de son rôle de chargé de la stratégie et de la communication mercredi, Florian Philippot a claqué la porte du FN ce jeudi. La présidente veut croire que « le Front s’en remettra » ; les ennemis frontistes de l’ex-numéro 2 se réjouissent.
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

« On m’a dit que j’étais vice-président à rien. Écoutez, je n’ai pas le goût du ridicule et je n’ai jamais eu le goût de ne rien faire, donc bien sûr, je quitte le Front national. » Ces mots, prononcés ce jeudi matin sur France 2, sont ceux de Florian Philippot, « numéro 2 » du Front national démissionnaire de son parti. « Je prends acte de sa décision. Ce n’est pas pour moi une surprise », a déclaré quelques heures plus tard la présidente du FN. La veille, tout en le maintenant à son poste de vice-président, Marine Le Pen l’avait déchu de ses attributions de chargé de la stratégie et de la communication.

Cette nouvelle ravit ses adversaires au sein du Front national, qui s’en donnent à cœur joie depuis mercredi soir sur les réseaux sociaux. « Le FN va enfin connaître l’apaisement face à un extrémiste sectaire, arrogant et vaniteux qui tentait de museler notre liberté de débattre », a tweeté ce matin le vice-président chargé du projet, Louis Aliot.

« J'y ai attendu Florian pour un café, mais il […] a dû préférer le prendre avec Jean-Luc » © Compte Twitter de Stéphane Ravier « J'y ai attendu Florian pour un café, mais il […] a dû préférer le prendre avec Jean-Luc » © Compte Twitter de Stéphane Ravier
La veille, Stéphane Ravier, sénateur des Bouches-du-Rhône, avait raillé Florian Philippot sur ses inclinations gauchisantes. Pascal Gannat, président du groupe FN au conseil régional des Pays de la Loire, s’est amusé à exhumer un tweet de 2015 que Florian Philippot avait rédigé à la suite de l’éviction de Jean-Marie Le Pen de son propre parti.

 © Compte Twitter de Pascal Gannat © Compte Twitter de Pascal Gannat

« J'ai vu beaucoup de gens partis chez Mégret à l'époque sur une offre politique très radicale, qui sont revenus récemment et qui ne sont pas mes amis », a déclaré l’ex-frontiste. Voilà plusieurs semaines qu’une partie des cadres, tenants d’une ligne identitaire rassemblés autour de Nicolas Bay et de Louis Aliot, s’en prenaient à Florian Philippot par médias et réseaux sociaux interposés. On l’a tenu comptable de l’échec de la présidentielle et des législatives, on lui a reproché son arrogance et on l’a accusé de vouloir faire cavalier seul avec son association Les Patriotes, dont Marine Le Pen lui avait demandé de quitter la présidence. « On avait le sentiment depuis des mois que Florian Philippot se crispait, refusait totalement ce débat ou en tout cas il voulait le cadenasser avec sa petite association », a raconté Nicolas Bay, cité par Le Monde.

Invitée ce jeudi matin de l’émission « Questions d’info » sur LCP, Marine Le Pen a expliqué que s’il le lui avait demandé, elle « aurait accepté [que Florian Philippot reste à la tête des Patriotes] parce que je pense que c'est aussi la vie politique. On fait un bout de chemin ensemble et parfois on peut aussi faire un bout de chemin en parallèle. Mais il a choisi le positionnement un peu de victimisation, alors que j'ai le sentiment que le débat que j'ai voulu de refondation du Front national, il avait du mal à l'intégrer et même il s'en extrayait de manière très claire ».

Quelques départs notables

Quelques militants et cadres frontistes ont d’ores et déjà annoncé leur départ après la démission de Florian Philippot : Joffrey Bollée, son directeur de cabinet, le comédien Franck de Lapersonne, Lilian Noirot, responsable de la fédération FN de Saône-et-Loire, Philippe Murer, conseiller économique et environnemental de Marine Le Pen, le très proche Maxime Thiébaut, vice-président des Patriotes et surtout Sophie Montel, lieutenante de Florian Philippot qui avait été débarquée pendant l’été de la tête du groupe FN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté.

Depuis plusieurs semaines déjà, les indices d’une mise au ban du vice-président du FN se multipliaient : après l’éviction de Sophie Montel actée par la venue en personne de Nicolas Bay, c’était celle, ce mardi, de son conjoint Robert Sennerich remplacé à la tête de la fédération FN du Doubs, jusqu’à la fronde de mercredi après-midi. 12 des 46 élus FN du conseil régional de Grand Est – où siège Florian Philippot – dénonçaient la gestion du groupe par celui-ci, son absentéisme, ses compétences (voir ici).

Pour Maxime Thiébaut, numéro 2 des Patriotes, cela ne fait aucun doute, cette éviction est le fait de « l’aile identitaire, qui n’a rien à voir avec ce que le FN est devenu depuis six ans. C’est l’aile mégrétiste qui a manœuvré méthodiquement contre Florian Philippot depuis des mois ». Pour ce très proche de Philippot, « il y avait un faisceau d’indices quant à la rediabolisation du FN depuis plusieurs semaines. On entendait certains parler d’union des droites, refuser de parler des questions économiques, pour se focaliser sur l’islam radical, l’immigration et plus aucun autre sujet », raconte-t-il à Mediapart. La polémique sur les Patriotes ? « Totalement un prétexte. Après, ça aurait été : “Tu ne vas plus à Colombey pour rendre hommage au général de Gaulle, puis tu ne manges plus uniquement des plats français [référence à la polémique du couscousgate qui a secoué le FN ces derniers jours – ndlr], puis tu arrêtes de parler d’Europe, etc.” » Cible de toutes ces attaques, Florian Philippot aurait espéré un temps que Marine Le Pen « garde raison ». Après l’affront de mercredi soir, il a finalement décidé de « ne pas se faire humilier », des mots de Maxime Thiébaut, en poussant la porte de son parti.

Florian Philippot et Marine Le Pen © Christian Hartmann / Reuters Florian Philippot et Marine Le Pen © Christian Hartmann / Reuters

« Tous ceux qui ont pris cette route-là et mené une aventure solitaire ont disparu », a encore déclaré Marine Le Pen, faisant référence à la scission de décembre 1998 qui avait conduit Bruno Mégret à quitter le FN avec fracas, entraînant avec lui la moitié des cadres du parti. « Le Front s’en remettra sans difficulté », a ajouté la présidente du FN. Difficile toutefois d’entrevoir les conséquences à venir de la perte du principal « chargé de com’ » du FN en cette période de refondation, ouverte au début de l’été dans la perspective du congrès de mars 2018. Ce jeudi matin encore, Florian Philippot disait craindre que de « mauvaises conclusions » n’aient été tirées du débat raté de l’entre-deux-tours de la présidentielle, « qu’on se dise : “Peut-être qu’on n’y arrivera donc jamais et on va faire autre chose. Et on va redevenir un peu comme avant pour gérer une rente électorale” ». Selon lui, le Front national « ne se donne plus les moyens de gagner » et ladite refondation à l’œuvre ne va pas dans « le sens de la modernité mais plutôt le sens d’un retour en arrière et donc d’un rétrécissement », qui mènera, inéluctablement, « à une audience électorale de plus en plus faible ».

Florian Philippot n’a pas dit ce qu’il comptait faire désormais. « Je ne me suis jamais placé dans une optique de compter les troupes, de scission, ou de quoi que ce soit. Mais je sais que j’ai beaucoup d’amis. […] Mon engagement politique reste absolument intact, j’ai mes mandats – député européen, conseiller régional – et je continuerai à me battre pour mon pays », a-t-il encore déclaré sur France 2. Maxime Thiébaut, lui, se veut prudent quant à la suite : « On a une place à jouer dans le cadre d’un grand rassemblement des patriotes. Pourquoi pas avec Nicolas Dupont-Aignan… Même avec Marine Le Pen, si elle entend raison. […] On a plus de deux ans devant nous avant les élections européennes, il faut qu’on arrive à présenter une offre », ajoute-t-il. Qui vivra verra.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale